Chronique

Didier Levallet

Swing String System

Didier Lockwood (vln), Jean Yves Rigaud (vln), Jean Charles Capon (cello), Dis Van Hecke (cello), Christian Escoudé (g), Siegfried Kessler (synth), Bernard Lubat (d), Didier Levallet (b)

Label / Distribution : Frémeaux & Associés

En 1978, Didier Levallet a mis fin à l’aventure du collectif Perception. Une certaine époque se termine (exit le free qui s’essouffle) et les bouleversements libertaires cèdent la place à une conception plus classique du jazz, et comme cela est précisé dans le titre, au swing.


Dans ce groupe à la formule inusitée et qui fit sensation à l’époque, Lubat, Levallet, Escoudé sont naturellement les « gardiens » d’une tradition, tandis qu’à leur côté Lockwood et Kessler jouent les vilains garçons tout pétris de fusion qu’ils sont.
La réussite de cette musique, pour une partie, est due à son élégance et sa finesse qui prolongent d’une certaine manière un double héritage historique. Celui d’une musique française début de siècle, auquel Levallet emprunte non sans humour le classicisme de l’écriture (Coup d’œil en arrière) et celui de la spécificité hexagonale quant au choix des cordes - on pense naturellement à Grappelli et Django.
Bref, deux sources pour s’écarter du modèle américain, et pour l’enrichir d’une thématique originale. Il n’est tout de même pas totalement oublié : Sing me softly the blues en rappelle les racines.


Et il y a le drumming rayonnant de Lubat pour forcer définitivement l’admiration. Il n’y a qu’à entendre la manière dont il se taille la part du lion sur Siegfried par exemple, taisant par moments ses rythmes pour mieux les affoler quelques mesures plus loin. Le soliste se trouve alors pris dans un éclatement perpétuel d’idées qui rejaillissent sur son jeu.
L’idiome du jazz n’en est que mieux mis à nu et le swing redevient enfin un mot qu’on n’a plus honte de prononcer.