Romano, Sclavis, Texier et la Comète...
Louis Sclavis (cl, cl b, ss), Henri Texier (cb), Aldo Romano (bt)

African Flashback à La Comète (Chalons-en-Champagne)
Les Champenois ont bien de la chance, et pas seulement à cause de certaine boisson à bulles. Du côté de Chalons-en-Champagne en effet, et plus précisément vers la rue des Fripiers, où se niche la très belle salle de La Comète – Scène nationale, la musique est à l’honneur. Louis Sclavis, associé à cette dernière pour l’ensemble de la saison 2009-2010, intervient à plusieurs reprises au cours de l’année [1]. De belles têtes d’affiches y sont programmées, tels l’Overtone Quartet de Dave Holland, l’Orchestrion de Pat Metheny ou le trio acoustique de Gilberto Gil. Une ambition affichée, un souci de qualité qui a trouvé le 26 janvier 2010 un nouveau point d’ancrage avec l’African Flashback d’Aldo Romano, Louis Sclavis (encore lui !) et Henri Texier.
Le trio africain, venu sans son quatrième mousquetaire photographe Guy Le Querrec, n’a pas eu grand mal à susciter l’adhésion d’un public probablement conquis d’avance, et qui avait eu l’excellente idée de remplir une salle à l’acoustique impeccable. Il est vrai qu’avec le matériau disponible, issu de ses trois albums enregistrés entre 1995 et 2005 [2], nos trois compères ont su déployer un répertoire d’une grande homogénéité où le lyrisme toujours éclatant de Louis Sclavis a pu s’épanouir dès les premières mesures de « Daoulagad », jusqu’au final, une longue et envoûtante introduction en solo à la clarinette basse, prélude à des « Petits lits blancs » endiablés. Quatre minutes en respiration circulaire, captivantes car haletantes, qui rappellent le somptueux « Qumrân » du clarinettiste sur Ceux qui veillent la nuit (1994).
Henri Texier n’est pas en reste : habité par le chant des thèmes qui se succèdent assez rapidement [3], il fait corps avec sa contrebasse, en frappant parfois les cordes d’une baguette, la caressant délicatement, le temps d’une introduction à « Annobon », ou déployant toutes les rondeurs de sa sonorité aux intonations presque rock sur « Look The Lobis ». Aldo Romano, quant à lui, frappe sèchement peaux et cymbales, et l’on est toujours étonné d’observer l’immobilité absolue de sa tenue, dos droit, épaules raides. Son parti pris n’est pas celui de la nuance : il se jette à baguettes perdues dans la musique, par accélérations brutales, et occupe l’espace au risque, de temps à autre, de couvrir ses deux complices. Le trio, concentré sur sa musique et peu bavard pendant sa prestation, reviendra néanmoins interpréter deux de ses compositions : « Viso Di Donna » d’abord, suivi quelques instants plus tard de « Another For H.T. », dont on trouve l’original sur un album signé... Barret Romano Texier datant de plus de vingt ans !
Quatre-vingt minutes de musique virevoltante, imprégnée des pulsions de cette Afrique qu’Aldo Romano, Louis Sclavis et Henri Texier ont visitée à plusieurs reprises au début des années 90 et dont ils perpétuent l’esprit avec la même fidélité depuis le début de cette aventure.
NB : Un grand merci à Jean-Michel Talva pour la chaleur de son accueil !
Notes
[1] Un duo avec Vincent Courtois au mois d’octobre à l’église de Montmirail, une interprétation de sa composition originale pour Dans la nuit, le film muet de Charles Vanel, une exposition de photos, une master class au Conservatoire.
[2] Carnet de route, Suite africaine et African Flashback (Label Bleu).
[3] « Daoulagad », « Berbère », « Le long du temps », « Look the Lobis », « Annobon », « African Panther 69 », « Surreal Politik », « Three Children », « Standing Ovation (For Mandela) », « Les petits lits blancs ».


