Chronique

ACT

15 Magic Years

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Le « petit frère » du label ECM fête ses quinze ans d’existence. Pour l’occasion, ACT nous gratifie d’une compilation à l’image de son orientation artistique : éclectique, foisonnante et indubitablement douée pour naviguer entre projets commerciaux et prises de risques.

Soyons honnête toutefois, la prise de risque n’est pas le fait marquant de ce panorama au demeurant équilibré. On regrettera, certes, que des musiciens exigeants comme Christof Lauer ou Eric Watson n’y figurent pas, mais surtout, on pourra s’étonner de la démarche assez paresseuse (voire négligente) qui consiste à reprendre quatre morceaux de la précédente compilation The Best of ACT World Jazz 1992-2002.

Cette petite irritation surmontée, la compilation a quand même quelque chose de réjouissant : elle permet d’identifier la « patte » ACT. De même que le son ECM est souvent qualifié de planant, les disques ACT semblent toujours empreints d’une certaine délicatesse. Il peut s’agir de mièvreries - avec l’émergence récente de quelques chanteuses (Viktoria Tolstoy, Norah Jones et, dans une moindre mesure Rigmor Gustafsson), mais aussi de plages orchestrales très écrites qu’on prend un réel plaisir à écouter (Lars Danielsson, Tomasz Stanko/Jazz Baltica Ensemble, Joachim Kühn).

Quatre plages sont très typées « musique du monde » et mettent en lumière une autre composante du label ACT : le sens de l’ouverture et du métissage. Nous connaissions le fameux Mangustao de Nguyen Le et Huong Thanh, subtil croisement de la musique viêtnamienne et d’un jazz-rock de très bon goût. On découvre aussi l’exceptionnel joueur de kora Soriba Kouyaté (« Massanicissé ») et deux pièces d’inspiration flamenca (« Calima » de Gerardo Nunez) et latine (« Tangos » de Vince Mendoza [1]) où intervient Michael Brecker, plus rugissant que jamais.

Ce tour d’horizon s’achève avec les musiciens « maison » qui font le son actuel du label : Niels Landgren dans la tradition funk, voire blackxploitation, (le jubilatoire « Wade In Water » avec Eddie Harris) et Esbjörn Svensson. Le jeune trio Wollny/Kruse/Schaeffer semble quant à lui revivifier le phénomène E.S.T., linéaire depuis de longues années.

Voici donc une compilation « familiale » qui comblera chacun (attention clichés !), de la grand-mère amatrice de cordes à la benjamine fleur-bleue, en passant par le beau-frère gitan. L’oncle universitaire free jazzeux ne sera pas en reste et pourra toujours clouer le bec aux autres avec l’extrait de South, de David Binney.

par Julien Lefèvre // Publié le 19 février 2008

[1On laissera à l’appréciation de l’auditeur un mitraillage d’Al Di Meola dans la grande tradition 70’s.