Entretien

Guillaume Orti

Entretien avec Guillaume Orti au Conservatoire de Rouen à l’occasion d’une Master Class. Au menu, Octurn, Benzine…

Le saxophoniste Guillaume Orti, qui s’exprime rarement, nous a fait le plaisir de nous accorder un entretien à l’occasion d’un stage d’une semaine avec de jeunes musiciens du Conservatoire de Rouen, mi-février 2010. L’occasion de revenir avec lui sur ses multiples projets, du Bénin à la Corée en passant par le baroque…

  • Vous êtes à Rouen quelques jours pour effectuer un travail avec la classe de jazz du Conservatoire ; ce travail de passeur est important pour vous ?

Guillaume Orti © Franpi Barriaux

Très important. C’est une démarche que je fais régulièrement, notamment à Auxerre, pour des grands élèves saxophonistes, qui n’ont pas de prof régulier de saxophone. J’aime bien arriver pour un module de stage avec un répertoire choisi, ou sur l’improvisation totale, en fonction des demandes… Sur ce stage rouennais, on a choisi un morceau d’Aka Moon, écrit par Fabrizio Cassol il y a plus de 10 ans, et des « XP » de Magic Malik écrits pour Octurn il y a cinq ans. J’aime bien transmettre cette façon que l’on a de travailler ces musiques, de remettre en pâture tout le matériel écrit, tout le langage musical inclus dans la composition, et d’improviser avec… Tout les improvisateurs font ça, évidemment ! Mais là, des systèmes bien particuliers sont mis en place, comme sur les « XP », inhérents au répertoire de Malik. Je n’arrive jamais avec des arrangements tout faits et je dirige le moins possible… C’est intéressant — pas forcément pour que les stagiaires se mettent à jouer cette musique-là, mais pour leur montrer que chacun peut développer son propre système… Quelque part, on est toujours son propre autodidacte, et ça permet à chacun de trouver une autonomie de prise de parole en fonction de là où il en est, peu importe le niveau…

  • L’agglomération rouennaise sera une destination privilégiée, puisque vous venez jouer à Petit-Quevilly avec Kartet le 6 mars 2010, le lendemain du concert au Triton des Lilas. C’est un nouveau répertoire ?

On est toujours sur le répertoire de The Bay Window, mais il y a des choses de prévues dans quelques mois : en octobre prochain nous serons en résidence à Montreuil, au Conservatoire. On va travailler entre nous une dizaine de jours, des interventions pédagogiques sont au programme. Cette résidence sera l’occasion de monter plein de nouveaux morceaux… et à être prêts à les enregistrer. Kartet a vingt ans ! c’est à vingt ans et demi que verront le jour de nouveaux morceaux.

  • Pour rester dans l’actualité, un disque de Benzine, le groupe de Franck Vaillant avec la participation de la chanteuse coréenne Soobin Park, est sorti. On peut en parler un petit peu ?

Franck a écrit la musique et énormément travaillé les rythmiques coréennes. C’est lui qui l’a invitée. La rencontre a été très forte, ils ont tout de suite trouvé des points d’accroche et on a enregistré aussitôt.

  • Avec Benzine on a l’impression qu’à tous les quatre, vous développez des choses très différentes dans les deux albums…

Guillaume Orti © Franpi Barriaux

J’aime beaucoup le côté étonnant de l’écriture de Franck. On peut certainement y trouver plein de références, mais il y a aussi quelque chose de très personnel, qui vient peut être de son statut de compositeur autodidacte. Il fait comme ça lui vient, mais ce sont des choix qui donnent des couleurs spéciales et c’est très intéressant.

Qu’en est-il de votre collaboration avec Octurn ? Vous avez signé quelques titres mais vous ne jouez pas…

C’est vrai, ni Laurent Blondiau ni moi ne sommes sur Seven Eyes. En revanche, nous avons fait une création nouvelle avec Octurn, écrite par Bo Van der Werf et moi. C’est « Octurn + Guests », centré sur les tuyaux, avec trompette, tuba, sax ténor et baryton, et un seul claviériste, en l’occurrence Jozef Dumoulin, plus Michel Massot et Jeroen Van Herzeele…… Nous ne l’avons pour l’instant joué qu’une fois, au festival Middelheim d’Anvers en 2009. Mais avec Octurn, on prépare dans un an une rencontre avec un ensemble baroque, la Fenice, dirigé par Jean Tubery, également directeur de l’Ensemble vocal de Namur. Ça fait un moment qu’on a ça dans les cartons, mais c’est lorsqu’on a rencontré la Fenice que ça a bien connecté. Il se trouve que la Fenice est en résidence près de chez moi, ça fait une bonne circulation… C’est un défi, mais l’idée générale de cette rencontre est de confronter les langages, avec le pendant d’Octurn en instruments anciens (cornets, basson, sacqueboute, théorbe, etc.).

Avec Octurn on est sans arrêt en train de s’inventer ou de remettre en jeu des codes communs… Dans l’histoire de la création musicale, tous ces systèmes, ces codes sont utilisés depuis des années, personne n’invente tant que ça, finalement. Ce qui est nouveau, c’est d’improviser avec ces langages… Des gens ont-ils déjà improvisé avec ? Ça on ne sait pas, ils n’ont pas enregistré ! On sait juste que l’improvisation a disparu de la musique écrite occidentale à un moment donné, et personne ne sait comment elle était avant.

Ça m’intéresse de fouiller dans cette voie-là, et c’est ce qu’on va faire avec La Fenice et Jean Tubery, spécialiste de l’ornementation. L’idée va être que les deux groupes jouent la même musique originale, écrite par nous ou sur la base de digressions de thèmes du répertoire du XVIème et XVIIème siècle qu’ils nous apporteront. On va travailler tout ça avec enthousiasme.

Guillaume Orti © Franpi Barriaux

Vous retrouvez Laurent Blondiau avec Mäâk’s Spirit en avril, je crois ?

Oui, un projet au Bénin avec un groupe de percussionnistes vaudou à Abomey, ancienne capitale du royaume du Dahomey. C’est un projet ambitieux avec 6 à 8 percussionnistes béninois et quatre soufflants (Laurent Blondiau, Joeren Van Herzeele, Michel Massot et moi). On va jouer acoustique, et ils viendront en Europe en novembre. On va essayer d’éviter la configuration frontale de la scène pour jouer dans des configurations différentes, ailleurs…