Entretien

Michel Goldberg

Un nouveau départ…

Michel Golberg, saxophoniste réputé pour ses qualités de sideman et sa méthode d’apprentissage du saxophone, fait un bilan de sa carrière à la veille d’un nouveau départ.

Paris. Mardi 7 février 2006.

Michel Goldberg joue (ou a joué) régulièrement avec : Georges BROWN, Georges ARVANITAS quartet, Gérard BADINI « Super Swing Machine », Dee Dee BRIGDGEWATER big band, MILKY SAX (featuring Arturo SANDOVAL), Michel LEGRAND Big Band (Carnegie Hall et tournée Japon 1996), « Peter IND’S Bass Clef International » (Peter IND, Tony BARNARD, Rod YOUNGS), etc.

Il a joué occasionnellement avec Michel BARROT, Philippe BAUDOIN, Lionel BELMONDO Big Band (featuring DEE DEE BRIGDGEWATER), Éric BARRET, Charles BELLONZI, François CHASSAGNITE Quintet, Dominique DI PIAZZA, Ludovic DE PREISSAC, ELLINGTONMANIA (François BIENSAN), Glenn FERRIS, Marc FOSSET, Didier GORET Big Band, Manu GRIMONPREZ, Daniel GOYONNE, Pierre (« Tiboum ») GUIGNON, Ahmet GÜLBAY, Michelle HENDRICKS, Olivier HUTMAN, IRAKLI (Louis AMSTRONG Mémorial Orchestra), Oliver JOHNSON, LUMIÈRE Big Band (Laurent CUGNY), Serges LAZARÉVITCH, Jean-Loup LONGNON Sextet, Arnaud MATTEÏ, John PIZZARELLI, Michel PORTAL, Jean-Luc ROUMIER, Gildas SCOUARNEC, T.S.F., Pascal SALMON, Saxomania (Claude TISSANDIER), Bruno TOCANNE, René URTREGER, Joe Lee WILSON, etc.

Il pratique aussi d’autres musiques que le jazz : SALSA avec Eddie MARTINEZ, Musique Antillaise avec Michel ALIBO, Musique Africaine avec Rido BAYONNE, musique Klezmer (groupe KLe-Z) et musique funky avec MAGMA, etc.

  • Pourquoi être devenu saxophoniste ?

Entre autres raisons, parce que c’était assez facile il y a trente ans. Une anecdote : il y a trente-et-un ans, j’ai loué ma première clarinette - pour essayer, et pour le plaisir. Le loueur d’instruments m’a dit « Vous allez vous faire des couilles en or ». Personne ne dirait plus ça aujourd’hui, mais paradoxalement, cette difficulté à devenir professionnel semble vécue comme un défi qui va jusqu’à stimuler les musiciens en devenir.

  • Quels ont été les moments forts de ta carrière ?

Ils sont purement liés au hasards de la vie : je n’ai jamais couru après les opportunités.

Ma première rencontre marquante, a eu lieu en 1975 (ou 76). Je faisais la manche à la fontaine Saint Michel, à Paris. Un Noir américain est venu vers nous entre deux morceaux. Il nous a dit qu’il n’avait plus d’argent pour payer la consigne de l’aéroport ou il avait laissé sa batterie depuis quelques jours. C’était George Brown (batteur de Sonny Rollins, Wes Montgomery, Dizzy Gillespie, John Coltrane entre autres) qui venait de débarquer à Paris. À la suite de cette rencontre, j’ai joué avec lui tous les jours pendant plus d’un an ; inutile de dire qu’il m’a beaucoup appris. A l’époque, on jouait tous les soirs et on répétait tous les après-midi, ce qui permettait de se consacrer à un seul groupe. C’est aujourd’hui quasiment impossible pour la plupart des musiciens.

La deuxième rencontre marquante fut avec le pianiste Georges Arvanitas (lors d’une jam session improbable dans un grand hôtel parisien). Suite, à cette jam, il m’a proposé d’enregistrer un CD en, sa compagnie (et nous avons fait de nombreux concerts avec son quartet).

Encore un exemple de rencontre fortuite : en 1999 (période ou j’était professionnellement au creux de la vague) je jouais en concert dans une MJC près de Cergy-Pontoise. Dans la salle, se trouvait Peter Ind (contrebassiste britannique ayant enregistré avec Lennie Tristano, Kenny Barron, Wayne Marsch, Lee Konitz entre autres), qui s’était retrouvé là après s’être égaré en cherchant des paysages impressionnistes (Pontoise, Auvers-sur-Oise)… Il m’a immédiatement proposé un concert, à la suite duquel nous avons enregistré un album (à Londres).

  • Pourquoi être resté si longtemps sideman ?

On apprend beaucoup en étant sideman car cela demande un effort d’adaptation constant, mais dépersonnalise un petit peu (surtout un soliste). Cela ne m’a donc pas permis de trouver ma voix (ma voie ?) de façon directe mais j’y ai beaucoup appris. Ayant aujourd’hui moins de travail comme sideman, je pense qu’il est temps de devenir le leader d’un groupe. À ce propos, j’ai fait la première répétition de mon propre quartet hier (coïncidence ?) !

  • Pourquoi avoir créé l’ARPEJ ? D’où te vient ce goût pour la pédagogie ?

J’ai créé l’ARPEJ en octobre 1983 après deux ans de préparation parce que j’ai le goût de la pédagogie (goût que je n’explique pas). Avant l’existence de cette école, j’enseignais déjà le jazz de manière informelle.

Je ne regrette rien, notamment (par les temps qui courent…) le revenu correct et régulier qui m’a permis d’être financièrement indépendant de contraintes esthétiques ou professionnelles. Par ailleurs, l’enseignement de la musique propose aux élèves une discipline qu’implicitement on s’impose à soi-même.

J’ai également écrit une méthode de saxophones en deux volumes - la première en langue française fournie avec un support audio (20 000 exemplaires vendus depuis 1987). Je rencontre beaucoup de jeunes musiciens qui ont débuté avec ; il y a peu de temps encore, j’ai croisé le saxophoniste Gaël Horellou qui m’appelle « professeur » alors que c’est un crack. Cela me fait toujours plaisir.

En dehors de cette École, j’ai toujours aimé organiser, fédérer. Ainsi, j’ai été membre du premier conseil d’administration de l’Union des Musiciens de Jazz (UMJ), que j’ai quittée à cause de divergences de point de vue). L’ARPEJ est cofondateur de la Fédération Nationale des Ecoles d’Influence Jazz (FNEIJma dont l’ARPEJ a démissionné - là aussi pour des divergences concernant l’orientation). Sans parler de mon engagement syndical comme militant du SNAM (syndicat des musiciens CGT).

  • Que deviennent les élèves d’ARPEJ ?

Un centre de formation - quel que soit son domaine - a pour mission de donner un niveau de qualification à ses élèves, pas de les insérer professionnellement. À l’ARPEJ, on s’en soucie néanmoins à deux titres : par respect des individus et pour ajuster notre enseignement à la demande professionnelle.

  • Pourquoi t’être installé en Bretagne, à Saint-Malo ?

Je me suis installé en Bretagne il y a neuf ans ; j’ai voulu bénéficier d’une certaine qualité de vie (maison de famille). C’était tellement mieux pour mes enfants. Mon fils (Dexter) a pu y apprendre le piano et la batterie en jouant tous les jours à la maison, ce qui aurait été plus difficile à Paris. Ma fille, qui joue du trombone comme une bête, aurait eu aussi quelques ennuis avec ses voisins de palier.

J’enseigne aussi au conservatoire de Saint-Malo où j’ai une liberté totale (un Directeur qui me fait confiance).

J’ai fondé une association, Jazz Up, dont le but est de mobiliser les musiciens locaux, de médiatiser, d’accroître le public, de communiquer, de créer des réseaux, de canaliser la pratique amateur vers des pratiques non-marchandes. Je suis convaincu que l’avenir de la diffusion culturelle passe par ce type d’initiative locale.

En 2005 , la ville de Saint-Malo m’a contacté pour les conseiller dans la programmation d’une manifestation musicale de quatre concerts d’été.


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M. Golberg © Pierre Dilichen

  • Quels sont tes projets pour l’avenir ?

J’ai créé un quartet sous mon nom à Paris avec Olivier Hutman au piano, Yoni Zelnik à la contrebasse et David Georgelet à la batterie.

Je me produis également avec un quartet en Bretagne (Dexter Goldberg au piano, Emmanuel Grimmonprez à la contrebasse et David Houal à la batterie). Mais je pourrais aussi bien emmener les Parisiens en Bretagne que les Bretons à Paris.

Je retravaille aussi sur mes livres et des projets éditoriaux. Et - ce n’est pas rien - j’ai à charge la direction pédagogique de l’ARPEJ qui m’accapare.

  • D’où te vient ton goût pour le jazz ?

J’ai commencé jouer et à écouter du jazz vers 16-17 ans au milieu des années 1970. J’ai été marqué par Dexter Gordon, Roland Kirk, Thelonious Monk, Charlie Parker, Eric Dolphy, etc. De fortes personnalités…

  • Es tu touché par des jeunes musiciens comme tu l’as été par ces Maîtres ?

Selon moi, l’émotion a perdu de l’importance au bénéfice de la technicité dans le jazz actuel. Cela ne m’intéresse pas d’assister à un numéro de trapèze volant où tout est maîtrisé, où je sais que le type ne tombera jamais parce qu’il ne prendra jamais de risque autre que calculé. Aujourd’hui, je ne cherche pas à être le meilleur saxophoniste au monde mais le meilleur Michel Goldberg possible.
Trois éléments sont essentiels à mon sens : le son, le rythme et la mélodie. On les trouve TOUJOURS chez les grands.

Par ailleurs, de nombreux musiciens recherchent l’innovation (qui est une abstraction notamment dictée par la critique musicale) alors qu’il faut faire un travail sur la singularité (notons que les grands innovateurs du jazz avaient tous une singularité exemplaire).

Enfin, de nos jours, la plupart des musiciens ne prennent pas la parole, ne s’organisent pas. Ils sont relativement égoïstes et individualistes (de par leur métier qui suppose un certain narcissisme). Une partie de la désaffection du public jeune envers le jazz vient du fait que cette musique ne véhicule plus de message (je ne prétends d’ailleurs pas que ma musique soit porteuse d’un message).

Mais je ne voudrais pas donner l’impression de regarder avec condescendance la scène musicale : bien entendu, de nombreux musiciens m’impressionnent et me touchent… Ils seraient d’ailleurs trop nombreux pour que je les nomme sans en oublier.

par Guillaume Lagrée // Publié le 31 juillet 2006
P.-S. :

Photos Pierre Dilichen

Discographie :

  • En soliste :

QUARTET - Georges ARVANITAS (C.D.CARRÈRE) ;
ASSIETTE ANGLAISE - Didier GORET (C.D. Média 7) ;
IN THE MEANTIME - Michel ZENINO SEXTET (C.D. I.M.F.P./OMD) ;
Peter IND’s Bass Clef International « live at the 606 club (Chelsea, London) » (CD Wave 42) ;
Klezmer latitudes Pygmalion records)

  • En sideman : une centaine de disques dont :

Mr SWING MEETS CLAUDE DEBUSSY - Gérard BADINI SUPER SWING MACHINE (C.D. Mantra/WMD) ;
PARIS SCAT (Philippe BAUDOIN (C.D. Média 7) ;
LETS SHARE CHRISTMAS - John PIZARELLI/Michel LEGRAND (C.D. BMG) ;
Michel LEGRAND + Stéphane GRAPELLI (C.D. Polygram) ;
MERCI (MAGMA)