Chronique

Niacin

Krush

John Novello (Hammond B3), Billy Sheehan (b), Dennis Chambers (d)

Label / Distribution : Intuition/DistArt

Quel (sous-)genre est aujourd’hui plus décrié dans le jazz que le jazz-rock ? Sans doute aucun.
Curieusement, deux disques remarquables sortent presque en même temps : celui de Kazumi Watanabe (Tricoroll) et ce Niacin (nom scientifique de la vitamine B3, semble-t-il !) derrière lequel se cachent Billy Sheehan (basse), John Novello (orgue Hammond B3) et le monstre des fûts, Dennis Chambers. Evidemment, ça dépote. Energie puissance 10 000. Le titre éponyme, qui ouvre l’album, en est la démonstration. Dans ce genre, comme toujours, les compositions en excès de vitesse donnent davantage d’ivresse que les ballades. Si l’on a le choix, mieux vaut rouler vite à bord d’un coupé cabriolet que se traîner dans un tracteur toutes vitres fermées (enfin, j’imagine, n’ayant jamais fait ni l’un ni l’autre).

« Tone Wheels » redescend un peu sur terre. Ce « power trio » échappe aux vieilles critiques qui reprochaient au genre (jazz-rock ou « fusion ») son côté Jeux Olympiques instrumentaux. Ici, pas de « solo-démo » interminable. La formule substituant l’orgue à guitare (instrument propice aux démonstrations les plus exagérées) renforce le son du groupe et sa cohésion. Pas de temps faible ici. « Stormy Sunday » porte bien son nom. « Low Art », plus apaisé, repose sur un groove impérieux de Chambers mais « Car Crashed Red » repart à tombeau ouvert. Il faut avoir la santé pour jouer de tels tempos. Même chose sur « Electrocity ». Le groove envoûtant de la basse de Sheehan prend aux tripes sur « Cold Fusion », un des meilleurs morceaux de Krush. Sur un drumming implacable, Novello multiplie les sons au point que l’on oublie que c’est un trio qui nous offre un tel festival. « Prelude & Funky Opus » poursuit également à toute allure. Pour un peu, on en aurait le souffle coupé. Et « The Gnarly Shuffle », un blues endiablé, puis le plus funky « Drifting », un rien néo-orléanais, poursuivent la route avec une énergie comparable.

N’allez pas croire que les trois « déroulent » pour finir en roue libre. Ce n’est pas leur genre. « Sly Voltage », « That’s The One » et « Triple Strength » (c’est le moins qu’on puisse dire !) clôturent le CD comme il a commencé : sur les jantes.