Scènes

Urban Jazz Orchestra au Caire

Julien Doumenjou (kb), André Ségone (b) et Tamer Nassar (dm) au CFCC d’Héliopolis, le 7 novembre 2006.


En face du square pelé, le petit immeuble blanc des années 70 entouré d’un jardinet c’est le centre culturel français d’Heliopolis. La terrasse sur le toit, bordée de cannisses, c’est le lieu du concert. Julien au piano électrique, André à la basse et Tamer à la batterie, c’est Urban Jazz Orchestra.

Urban Jazz Orchestra est un trio formé par Julien Doumenjou, pianiste installé au Caire depuis quelques mois. Le bassiste du trio, André Ségone, est connu des amateurs de jazz cairotes car il est fréquemment sollicité par les groupes locaux [1] et accompagne les musiciens de passage. Pour l’instant moins célèbre que ses confrères Yehia Khalil, Salah Ragab ou Ahmed Rabie, Tamer Nassar est l’un des rares batteurs et musiciens égyptiens à s’être frottés à la musique d’avant-garde, notamment au sein du trio de John Dikeman (sax) et Miles Jay (b), deux américains également résidents au Caire.


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Julien Doumenjou © PLM

Quant à Doumenjou, élève de Luc Saint James, il ne se cantonne pas au jazz : son goût pour la chanson et les comédies musicales l’a conduit à travailler intensément sur le théâtre musical ou le cinéma, en tant que compositeur, arrangeur, musicien chanteur et réalisateur. Deux projets entre autres l’ont fait connaître du public : le groupe Jefferson avec Vincent Artaud (et un disque, Sweet Rendez-Vous) et Tralala, autour de quatre voix (Christian Abart, Kate Combault, Olivier Ruidavet et Doumenjou) qui re-interprètent des chansons françaises des années trente aux années soixante.

Le répertoire du concert d’Heliopolis ne tournait pas autour du chant mais de morceaux empruntés à la soul-funk, à l’instar des « Isn’t She Lovely » et « Sir Duke » de Stevie Wonder, au jazz-funk (« Moanin’ », « Watermelon Man »), à la bossa-nova (le « Wave » de Carlos Antonio Jobim) et au be-bop avec « Now’s The Time » ou « Donna Lee ».


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André Ségone © PLM

Avec 17° et un petit vent pernicieux, difficile de démarrer sur les chapeaux de roue, même sur « Moanin’ »… Le trio enchaîne avec Wonder pour monter en puissance. Dans l’ensemble les trois musiciens ont un bon groove, mais le son manque d’ampleur et de clarté. Le Yamaha numérique aurait sans doute gagné à être poussé davantage. En fait, c’est dans les rappels (en particulier sur « Now’s The Time » et « Donna Lee ») que le groupe trouve son meilleur équilibre sonore.


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Tamer Nassar © PLM

Les morceaux sont courts et construits selon la forme classique thème - solo/thème. Nassar soutient ses deux comparses avec une bonne volonté parfois un peu brouillonne. Ségone est à l’aise tant en walking qu’en slap ; il reprend à le pianiste à l’unisson et ses solos sont la plupart du temps dans les aigus grâce à ses deux cordes supplémentaires. Doumenjou alterne block-chords et variations plutôt délicates, mais fermes, inspirées et bien bâties. Un jeu qui rappelle un peu celui d’Alain Jean-Marie.

Urban Jazz Orchestra fait passer un bon moment grâce à sa musique de qualité, sympathique et entraînante, comme il y en a trop peu au Caire…