Chronique

Youn Sun Nah

Lento

Ulf Wakenius, g ; Xavier Desandre-Navarre, perc ; Vincent Peirani, acc ; Lars Danielsson, cb

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Certains disques sont plus attendus que d’autres. En particulier lorsque le précédent a connu un engouement exceptionnel. Tel est le cas de Lento de la chanteuse coréenne Youn Sun Nah (en vente le 12 mars 2013) qui succède à Same Girl sorti fin 2010 et devenu Disque d’or, une rareté (hélas) dans le monde du jazz.

Après avoir peaufiné durant plusieurs années son duo « intimiste » avec le guitariste Ulf Wakenius pour atteindre une pureté et une profondeur inégalées, cette fois elle convie également Lars Danielsson (contrebasse), Vincent Peirani (accordéon) et Xavier Desandre-Navarre (percussions). Si la formule est « enrichie », la musique n’en reste pas moins fragile, pure et, surtout, inouïe. Que peut-on dire d’autre du titre qui ouvre l’album, « Lento » ? Une mélodie évidente (de Scriabine), un accompagnement minimaliste, et cette voix claire qui vous pénètre aussi sûrement qu’un vent glacial perce vos vêtements. La dernière chanson, la ballade « New Dawn » (Youn Sun Nah) nous procure le même effet.

Ce disque est sans doute à part dans la discographie de Youn Sun Nah. S’il est, d’un bout à l’autre, réussi, il contient un authentique chef-d’œuvre écrit par la chanteuse : « Lament ». Jamais, sans doute, le jazz vocal n’a atteint un tel niveau d’émotion. Le morceau, à la mélodie entêtante, est conçu comme un long crescendo de près de 4 minutes. La chanteuse excelle dans cet exercice qui consiste à doser minutieusement ses effets, sa puissance, sur autant de temps, jusqu’aux ultimes mesures. Son chant s’élève donc, tout au long, accompagné par Peirani, dont l’accordéon remplit l’espace tel un orgue, et Desandre-Navarre aux percussions quasi incantatoires. Quant à Wakenius et Danielsson, au second plan, ils déroulent un tapis de soie duveteux. Autre moment privilégié, « Momento Magico » (Ulf Wakenius), où le talent de Youn Sun Nah pour les vocalises éclate à nouveau, rappelant les performances dont elle est coutumière.

Signalons enfin, pour les mélomanes encyclopédistes, que l’ensemble du disque a été enregistré en une seule prise (comme, d’ailleurs, le précédent). Il faut une sacrée dose de folie, mais encore plus de talent, pour se permettre le luxe d’une telle économie.

par Antoine Garance // Publié le 4 mars 2013
P.-S. :

La sortie de Same Girl avait été suivie d’une tournée de presque deux ans et demi. Youn Sun Nah commence une nouvelle grande tournée mondiale le 14/03/13 à Lyon (toutes les dates ici).