![]() Publié le 17 mars 2008
Sous le Pavé, le jazz
Deux concerts improvisés qui disent combien la musique peut modeler l’espace et le temps. 10 février 2008 : le Théâtre du Pavé laissait "Carte Blanche" au collectif d’artistes toulousain SonoFages en première partie d’un concert de François Rossé et Michel Etxekopar.
SonoFages, d’abord. Nusch Werchowska jongle au piano entre demi-teintes et révoltes atonales, Elisa Trocme joue de fragments mélodiques généreux et de déchirures palpitantes. Le clair-obscur incarné par Claire Mialhe, la vocaliste, toute de noire couverte et longs cheveux sur les épaules, et Ciâ la danseuse, vêtue de blanc léger et tête rasée, dessine une partition d’enfermement et d’arrachement. La voix va de la plainte au cri et du gémissement aux mots qui disent l’amour-haine, l’étouffement et la douleur. La danse ondule et se tord au ras du sol et des murs, semble vouloir s’en extraire ou s’y fondre, étreint le chant ou l’inarticulé. L’espace scénique pesant, carcéral presque, est habité par quatre âmes éperdues en quête de libération dans un temps contracté. Un bref entracte et, champ-contrechamp, la scène devient chemin de transhumance. "Mendiko bidea, beti berdina, beti berria" : le chemin de la montagne est toujours le même et toujours nouveau. Sonnailles de brebis, chants d’oiseaux, flûtes, txistu et ttunttun, xirula, alboka... l’espace entre dans le théâtre. L’espace physique, dessiné par deux improvisateurs folâtres et bucoliques ; l’espace temporel, vertigineux : penser qu’il y a trente mille ans, un grand-père d’Isturitz a fabriqué une flûte en os de vautour pour qu’en 2008 Michel Etxekopar en joue sur une scène toulousaine !
Un rappel a réuni les six improvisateurs sur la même scène. Drôle de jeu collectif entre deux univers si dissemblables. N’ayez crainte : c’est le rire qui l’a emporté.
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