Chronique

Advancing on a Wild Pitch

Disasters Vol.2

Moppa Elliott (b), Charles Evans (bs), Sam Kulik (tb), Danny Fox (p), Christian Coleman (d).

Label / Distribution : Hot Cup Records

Ne demandez pas au chroniqueur d’expliquer en quoi cette figure du base-ball a pu inspirer le contrebassiste Moppa Elliot pour le titre de son disque, si ce n’est qu’il est question ici d’une zone de danger sur le terrain social des communautés populaires de la région des Appalaches et, quelque part, de prise de risques musicaux.

De fait, le leader, bassiste électrique il y a près d’un quart de siècle au sein de l’ensemble de free jazz à succès Mostly Other People Do The Killing, aux côtés du saxophoniste Jon Irabagon, a convié des habitués d’un jazz tangentiel à s’exprimer dans une esthétique principalement hard bop.

Les titres sont d’une efficacité dansante avec un pianiste aux voicings bondissants, une contrebasse qui virevolte, un batteur au swing infaillible et deux vents qui s’en donnent à cœur joie - l’assemblage baryton/trombone conférant au tout un côté résolument canaille. Ils n’en sont pas moins parsemés d’expérimentations subreptices : accélérations de tempo que l’on ne voit pas venir, blues en 12/8, solos de piano déconstruits, trombone qui flirte avec des archaïsmes vocaux et codas brusques. Double prise de risque musicale donc : des musiciens qui ont grandi dans le free jazz flirtent ici avec une forme de tradition qu’ils se plaisent à trahir pour mieux la revivifier. Les rares digressions libres du contrebassiste en font le digne héritier d’un Charlie Haden.

Le propos musical est ici au service d’une topographie des luttes sociales et environnementales dans ce Mid-West désormais trumpisé. Le premier titre, « Powelton Village », évoque par exemple l’assaut donné par la police à une maison squattée par des militants du mouvement afro-américain MOVE en 1978 : les policiers, révulsés par le succès populaire du lieu, ont accidentellement tué l’un des leurs pendant l’attaque et accusé les militant·es, pourtant non armé·es, qui se sont vu infliger une centaine d’années de prison chacun·e. D’autres titres font référence à une catastrophe ferroviaire, un nuage toxique, un empoisonnement de l’eau… les ravages du capitalisme étasunien dénoncés par un front de classe très jazz et inversement.

par Laurent Dussutour // Publié le 28 septembre 2025
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