
Napoleon Maddox & Sorg
Louverture
Napoleon Maddox (voc), Sorg (g, beat, prod).
Label / Distribution : Sans Sucre Records
Dès le premier titre, la voix de Napoleon Maddox s’agrège avec des mélismes du saxophone soprano de Jowee Omicil - qui se fait chanteur sur d’autres titres - agrémentés d’un trombone plaintif à souhait. Le ton crépusculaire, sans beat préalable, avec juste voix, saxophone et guitare en introduction fait écho à l’emprisonnement de Toussaint Louverture au Fort de Joux, dans le Jura, où il devait s’éteindre après huit mois de captivité, en 1803, après avoir conduit les esclaves émancipés de Saint-Domingue sur les voix de l’indépendance de la première république noire de l’histoire, Haïti. Lui succède un morceau sur un beat caraïbe, « The Letter », que le rappeur a écrit à partir des missives que Toussaint Louverture adressait notamment à Bonaparte (premier du nom), qui s’apprêtait à rétablir l’esclavage aux Antilles, tout en faisant référence à Public Enemy.
Le flow de Napoleon Maddox a quelque chose d’orchestral, guidant ce récit créole décolonisateur avec un art consommé du MC’ing. Sa voix, entre complainte et rage, devient chant sur le dernier titre, conçu comme une coda sans beat, parsemée d’arpèges de piano électrique et d’accords de guitare. Sorg mêle allègrement scratch, guitare blues (qu’il pratique avec maestria), basse énergique, batterie vitaminée et boucles de synthétiseur, sans jamais se départir d’un méchant sens du groove, rehaussé de chœurs aux effluves gospel. Plus qu’un hommage à une victime du colonialisme français, ce disque est un manifeste de créolisation, où l’art du jazz et du rap ne font qu’un, comme il se doit.

