Scènes

Avishai Cohen Trio à Aix

Avishai Cohen au Grand Théâtre de Provence à Aix, le 18 octobre 2011.


Avishai Cohen au Grand Théâtre de Provence à Aix, le 18 octobre 2011.

La salle a exulté et s’est levée comme mille et un seul. Un trio emballant jouant une musique plaisante, accessible, variée. Mais tout aussi exigeante, riche, et souvent inattendue. Avishai Cohen étreint sa contrebasse dans un jeu très corporel – le corps de l’instrument et le sien. Tous deux s’enlacent en amoureux, jeux d’archets, de cordes pincées et de bois frappé. Il ne la lâche pas une seconde, ou à peine ; lui qui s’agite, pénétré de rythmes et de mélodies rapportées de sa jeune histoire (il est né en 70) et profonde aventure musicale et culturelle. Il a appris, voyagé, s’est frotté aux maîtres, l’est devenu de lui-même, sans forfanterie.


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Photo G. Tissier

Avishai Cohen ou le jeu nourri, généreux, sourcé aux mamelles de sa région natale (Israël) aux frontières incertaines, chamboulées par la diaspora. Bref, la vie qui va et ses incertitudes, confrontées à l’expérience et par là même enrichie. Aussi fut-il d’abord jeune pianiste, puis bassiste électrique (fasciné par Jaco Pastorius) et, pour un service de deux ans, astreint à la fanfare militaire et… armé pour l’Amérique. New York où il se frotte aux Latinos (avec le Panaméen Danilo Perez) puis aux sonorités alors si typées d’un certain Chick Corea, dont il rejoindra le groupe. Formidable école pour ce jeune Israélien qui se sent pousser des ailes et des élans de compositeur. Il trace alors son sillon auprès de grands noms du jazz : Alicia Keys, Bobby McFerrin, Roy Hargrove, Herbie Hancock, Nnenna Freelon, Claudia Acuna, Paquito D’Rivera… Il se produit également avec le London Philharmonic Orchestra, l’Israel Philharmonic Orchestra et le Boston Pops Symphony.

À Aix-en-Provence, autour de son dernier album en date, Seven Seas, il s’est livré comme pour un aboutissement durant presque deux heures où ont culminé, de bas en haut, de la quasi-chansonnette, du chant hébreu et judéo-andalou, des bribes de blues matinées de boogie-woogie ou apparenté, du negro spiritual (superbe « Motherless Child »)… et par dessus tout du jazz, du beau du bon, du qui transcende assez les genres pour ne pas enfermer ce grand musicien, libre et ouvert aux vents fous de la musique.

Avishai Cohen, cb et chant ; Omri Mor, p ; Amir Bresler, dm – tous deux à la bonne hauteur du premier…