Chronique

Bruno Angelini

Alone Together !

Bruno Angelini (p, electronics)

Label / Distribution : Illusions

Tout se déroule avec une immense décontraction dans ce disque, le temps y semble comme suspendu. Bruno Angelini ne précipite rien, il conçoit un rapport intime avec l’espace-temps et réinvente des mélodies où se propagent les ombres tutélaires de McCoy Tyner et Bill Evans. « Alabama » devient l’incarnation de la pureté spirituelle chère à John Coltrane et cette réappropriation du standard évite toute forme de redondance.

« Meditations on Integration » de Charles Mingus se déploie sans surcharge par ses coloris nuancés qui passent de la tendresse à l’intensité dramatique, la virtuosité nous emporte instantanément. Plus enclin à l’intériorisation des sentiments, « Strange Fruit » révèle l’extrême sensibilité dont fait preuve Bruno Angelini, son langage baigne ici dans une atmosphère envoûtante. Ces nouvelles interprétations de compositions devenues intemporelles sont agrémentées de fragments électroniques subtilement construits. Les mélomanes curieux y trouveront leur compte ; cette musique ne se livre pas d’emblée, il faut l’apprivoiser afin d’en savourer le moindre détail comme avec cette pièce dépouillée écrite par Dave Holland, « Equality » .

Cet album dédié à la mémoire de Philippe Carles et Gérard Terronès s’exhibe pleinement après plusieurs écoutes successives à l’image de certaines œuvres impressionnistes. Ce qui frappe avant tout, c’est la liberté d’écriture du pianiste qui réinvente l’héritage de mélodies qui ont marqué le jazz. En solitaire, Bruno Angelini nous livre un joyau poétique ; sous ses doigts le piano prend des couleurs vives.