Chronique

Cédric Chatelain & Pierrick Hardy

Maori

Cédric Chatelain (hautbois, ss, as, fl, cl), Pierrick Hardy (g)

Label / Distribution : Abalone

Il est toujours émouvant d’évoluer dans un monde qui paraît nouveau, imprévisible. Ce monde, ce sont les seize compositions de Maori, signées Cédric Chatelain et/ou Pierrick Hardy, qui tentent de l’esquisser, de le décrire, d’en tracer les frontières. Pour cela, Chatelain a recours à une grande diversité d’instruments à vent (hautbois, saxophones alto et soprano, clarinette et flûte) dont le grain et la texture lui permettent de construire les atmosphères variées tandis que de son côté, le guitariste reste plus volontiers acoustique. Ce contraste dans la palette sonore, conjugué à une répartition conventionnelle des rôles mélodique (aux vents) et harmonique (aux guitares), est le reproche principal que l’on peut faire à ce disque : contrairement à un autre duo guitare-sax tel celui de Knutsson et Norberg qui tentait d’utiliser les instruments à contre-emploi, il reste, à ce niveau, globalement formaliste.

Cependant, si cette orientation peut créer une légère frustration, Maori n’en est pas moins passionnant du point de vue de l’écriture. Essentiellement constitué de pièces assez lentes, que l’on ne qualifiera pas pour autant de ballades compte tenu de la tension qui y règne parfois, le répertoire fait la part belle aux mélodies empreintes d’onirisme et de poésie, à l’image des titres mêmes : « Cincle Plongeur », « La Dormeuse », « Derrière le ventre », « Calme indien »… Cédric Chatelain prend le temps nécessaire à l’exposition et au développement des thèmes riches et épurés à la fois, en s’autorisant une superbe utilisation du silence et de l’espace. Les musiciens ont l’intelligence de mettre en œuvre ce choix d’interprétation au sein de morceaux généralement assez courts (souvent de l’ordre de trois minutes), ce qui leur confère de la densité. Quelques titres plus enlevés et rythmés (« Cincle Plongeur », « Vallis ») relèvent l’ensemble, telles les épices subtiles d’un plat imaginaire.