Chronique

Julian & Roman Wasserfuhr

Landed in Brooklyn

Julian Wasserfuhr (tp, bugle), Roman Wasserfuhr (p, vib), Donny McCaslin (ts), Tim Lefebvre (b, elb), Nate Wood (dm)

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

C’est à l’initiative de leur label, chez qui ils avaient déjà sorti Running en 2013, que les deux jeunes frères prodiges du jazz allemand ont choisi New York pour réaliser ce nouvel album. Mais au lieu d’atterrir à Manhattan, siège de prestigieuses institutions musicales comme le Village Vanguard ou l’Apollo Theater de Harlem, ils se sont installés dans un studio du bouillonnant Brooklyn, le System Two, qui a déjà hébergé, entre autres, Anthony Braxton ou Cassandra Wilson.

C’est également dans ce « quartier » de la ville qu’ils ont rencontré les musiciens qui vont les accompagner sur ce disque, des musiciens rompus au jazz mais aussi ouverts qu’eux peuvent l’être aux sonorités du rock, du funk ou de la soul. Donny McCaslin, au saxophone, et Tim Lefebvre, à la basse, se trouvaient au côté de David Bowie sur son dernier album. Il ne manquait plus qu’un batteur pour compléter la formation : ce fut Nate Wood, véritable homme-orchestre qui a tourné aussi bien avec Sting, George Harrison que Tigran Hamasyan. Comment s’étonner, alors, si l’on retrouve comme dans Gravity, l’album sorti aussi chez Act en 2011, une reprise de Sting : hier « Englishman in New York », aujourd’hui « Seven Days ». Sous le signe de la pop, un album annonçait déjà l’autre.

Ainsi, plongés dans ce quintette inédit et fraîchement formé, les deux frères ont pu se lancer enfin dans la composition. Ils nous proposent une musique nerveuse, toujours très clairement assemblée, que les cuivres dominent de leur voix tantôt plaintive, tantôt soulagée, mais parfois un peu trop nette pour emporter totalement l’émotion. Certes, dans cette mythique mégalopole il faut savoir atterrir, comprendre où l’on met les pieds, mais encore faut-il pouvoir aussi décoller.