Entretien

Laurent Assoulen

Retour sur Reasonances, et sur le rapport entre olfaction et audition - ou comment lier la musique au parfum…

26 avril 2007. Rendez-vous est pris à 17h30 dans un café des Champs-Elysées, quelques heures avant le concert de Laurent Assoulen à la Cité des Arts.

Moue à la Ben Affleck, tee-shirt bleu ciel, le personnage est un charmeur (il tentera de donner à la serveuse un pourboire… en chanson). Un café, un Perrier et l’entretien peut commencer. Plus timide quand il s’agit de parler de sa musique, Assoulen est un artiste superstitieux dès qu’on lui parle de son album en gestation, mais un homme résolument optimiste qui « croque le vie à pleines dents » comme le veut l’expression consacrée. La partie officielle de notre entretien se terminera d’ailleurs sur sa joie de jouer cet l’été en Israël et en Palestine. La phrase « Si les mots étaient des notes, il n’y aurait pas de guerre » en sera la conclusion, avant que la gaillard ne rencontre dans la rue une camarade de karaté. Car il faut le préciser : Laurent Assoulen n’est pas un pianiste chétif, mais un musicien costaud et pas du genre morbide.

  • Dès ton premier disque tu tentes l’aventure en solo, ce qui est assez rare ; d’habitude les pianistes commencent en trio ou axent leur album sur la technique, la virtuosité et l’improvisation. Est-ce une décision réfléchie ou la force des choses qui t’ont poussé vers cette voie ?

Les deux : comme je travaillais par ailleurs, je n’avais pas souvent l’occasion de jouer en trio. Du coup j’ai développé le solo par manque de temps. Et puis c’est vrai que ça apporte beaucoup plus de liberté ; mais je savais, d’un autre côté, que c’était une vraie prise de risque. Beaucoup de musiciens m’ont dit : « Comment ? Un premier album en solo ? ». Effectivement, les pianistes sortent souvent leur premier album en trio. Sans doute à cause de la prise de risque : seul, tu n’es pas « rattrapé » par les autres ! Il y a un vrai souci dans le fait de tenir le tempo dans les morceaux (« Zebulon », par exempl,e où les gens me disent « On a envie de danser… »). Maintenir une rythmique en piano solo, ce n’est pas évident. Il faut travailler beaucoup sa main gauche, assurer un tempo souple et régulier qui devient mécanique, afin de l’avoir en tête. Si on n’a plus avoir à se préoccuper de la main gauche, la droite improvise…

  • Ça te plairait de passer en trio, sur le prochain album par exemple ?

Je fais des concerts en trio, mais pour le prochain album, je suis en train de réfléchir à l’idée, au concept. Il faut voir… J’aimerais bien faire plusieurs duos, c’est-à-dire inviter plusieurs musiciens : avec mes nouvelles compos, c’est l’esprit du dialogue que je veux donner au deuxième album… Et puis faire le troisième en trio, même si ça peu paraître « évident » dans l’évolution, j’ai l’impression, sans pour autant connaître parfaitement le « marché du disque », que ça n’a pas été fait. Premier album en solo, deuxième album : que des duos et troisième album en trio. Parfois l’évidence est évitée, enfin, je ne sais pas…

  • Et si c’est en duo, quel genre d’instrument envisages-tu d’utiliser ?

Plein de mariages : piano/flûte traversière, piano/percussions, piano/contrebasse, piano/sax, piano/accordéon…

  • Justement sur ton My Space, tu as mis un extrait de concert en trio avec un duo batterie (Matthieu Chazarenc) et percussions (toi à la darbouka)…

Exact. Il arrive que, dans certains concerts, en piano solo, je joue aussi de la darbouka. Ce n’est pas évident de coupler les deux et beaucoup plus difficile qu’en duo (avec le batteur) mais tout aussi amusant !

Laurent Assoulen par Olivier Berthelot

  • Pour en revenir à Reasonances, sorti il y a quelques mois maintenant : je trouve que sa grande qualité réside dans le travail sur la mélodie, un juste milieu entre classique et jazz. Comment composes-tu ? La mélodie te vient-elle directement ? Ou bien, au contraire, c’est pour toi un accouchement au forceps ?

C’est très particulier, l’inspiration Par exemple, sur mon téléphone portable j’ai une fonction enregistrement… je marche et tout à coup hop ! une mélodie m’arrive en tête, une idée… alors je chante [il marmonne une mélodie]. Puis je rentre à la maison et je la reproduis au piano ! Mais je ne me pose pas en me disant « voilà je vais composer ». C’est vraiment des « flashs » qui viennent je ne sais d’où, ou des idées (« tiens si je reprenais ça sur un autre rythme ? ») [Pause] La création ? On pourrait en parler des heures…

  • Sur « Camel in New York » par exemple, comment as-tu fonctionné : est-ce une histoire qui t’est venue ?

J’étais en Israël le jour de commémoration de la Shoah, à Jérusalem. On entendait des chants juifs. Dans les villages arabes, limitrophes, on entendait le muezzin en même temps. Il était autour de 23h, ce devait donc être l’heure de la cinquième prière chez les musulmans. J’ai imaginé les notes se retrouvant dans le ciel et se disant « Salut comment ça va ? Ça va, et toi ? » etc. « Nous sommes les mêmes, et nous nous assemblons différemment, voilà tout ! On n’a aucune raison de se disputer ! Il n’y a pas de fausses notes, de toute façon, il n’y a que des dissonances ? »…

Puis, j’ai pensé à ce qui se passe entre l’Orient et l’Occident. J’ai tout mélangé dans ma tête. Du coup, dans l’intro, cela a donné une tonalité totalement orientale où j’ai intégré l’hymne américain ! L’ironie c’est que ça fonctionne ! Il fallait donner un titre : « A Camel in New York ». Tout simplement. Deux symboles avec une tonalité humoristique. C’est ce chameau qui se balade dans les rues de New York. [Il imite l’animal] Il est cool, voire baba cool ! Son oreille se dresse, interpellée par de la musique venant d’une petite ruelle. Un big band de jazz, musiciens en costumes blanc, smart, classe, genre Duke. Il regarde un instant, il écoute et continue sa marche. Et tout New York défile autour de lui sans le préoccuper, et sans préoccuper New York ! Voilà, c’est vraiment des scènes ou des images de vie que j’aime mettre en musique.
Dans le prochain album, j’ai composé un thème pour mon père, décédé l’année dernière : « Dad On A Cloud ». J’ai fait aussi un morceau sur LE premier rendez-vous lorsqu’on est ado. Lorsqu’on part de chez soi, que l’on s’est préparé pour ce premier rendez-vous, et que l’on va connaître ce moment d’intimité unique avec la personne qu’on a regardée pendant des jours, des semaines, dans la cour d’école. C’est ce qui se passe dans notre tête, sur le chemin : plus on approche, plus on a le cœur qui bat, plus cette notion d’indépendance se réveille en soi : « Je vais vivre un moment, seul à seul, avec cette personne, pour la première fois, dans un café ou au cinéma… ». C’est un morceau très joyeux. Ça s’appelle, tout simplement, « First Date » !

  • Souvent, chez la majorité des pianistes solistes, une moitié de l’album est consacrée à des reprises de standards. Pour ta part, tu as fait le choix de mettre une majorité d’originaux ; comment envisages-tu l’exercice de la « reprise » ?

J’en ferai dans le deuxième, deux ou trois reprises (une chanson pour enfant, un morceau pop…). Pour l’instant, je ne reprendrai pas de standards du jazz. I Plein de gens le font déjà, c’est inévirable. Alors tu commences par faire des choses qui viennent de toi, pour ne pas faire comme tout le monde.

Laurent Assoulen par Olivier Berthelot

  • A l’écoute de ton premier album, ce qui marque également c’est cette volonté d’être léger, enfantin. Est-ce quelque chose que tu revendiques, ton originalité, ta façon de voir le jazz, ou est-ce le hasard de l’inspiration ?

En fait mon inspiration - c’est peut-être un peu bête et évident comme remarque mais… c’est la vie ! Je suis quelqu’un d’assez nostalgique. Je crois que nous musiciens, aimons garder précieusement cette part d’enfance, non ? Ayant travaillé dans le parfum pendant plusieurs années et essayé de retranscrire les émotions relatives au sensitif (cette odeur, « ça me rappelle ci ou ça… »), j’ai donc mis, en effet, ce point d’orgue sur ma musique : les souvenirs…

  • Les pianistes en solo se prennent souvent au sérieux (voir Keith Jarrett) ; toi tu as la volonté d’aller à contre-courant de cette tendance…

Jacky Terrasson a de l’humour ! Pareil pour Martial Solal, Ahmad Jamal, Chick Corea, Monty Alexander, Peterson… Mais en effet ça me soûle de voir des concerts où le musicien fait la gueule (et le public aussi) genre : « Hum ! Ce mi bémol était intéressant… ». Il faut certes être sérieux - la musique est une chose sérieuse dans son étude, sa pratique ; mais en même temps ça ne l’est pas ! Le but c’est d’un côté de (se) faire plaisir, mais aussi, de l’autre, la recherche ou comment mettre en avant ce que l’on a au fond de soi, exprimer son intérieur à ciel ouvert, ce que l’on est. Mais il est plus facile d’improviser en utilisant les phrasés d’autres pianistes que l’on a travaillés que de créer de la mélodie, du mélodieux… En fait, ce qui est très dur, c’est de pouvoir s’évader dans des improvisations et de se dire : « Là, ça me ressemble ». Il y a peu de pianistes en France dont on puisse dire « Il a son style ». Pour beaucoup, on dit « ils sont supers », ils jouent « comme x ou y ». Mais des mecs comme Bojan Z, on ne va pas dire « il joue comme », c’est du Bojan Z voilà ! C’est tellement difficile d’avoir cette marque de fabrique ! Donc je me dis qu’il est quand même un peu plus risqué, dans un premier temps, de tout baser sur la technique de l’improvisation, plus que sur la mélodie, la beauté du son et la couleur des notes…

  • Chick Corea, par exemple, que tu citais à l’instant, a aussi fait des albums plutôt expérimentaux : ce serait une chose qui pourrait, à l’avenir, t’intéresser ?

Je ne crois pas, pour l’instant. Après, il y a des périodes de vie, des rencontres… Quand tu entends Chick Corea avec Bobby McFerrin sur l’album Play, c’est bourré d’humour, ils s’éclatent ! Corea en concert fait chanter les gens alors que Brad Mehldau, jamais ! Jarrettnon plus… Lui, il entend un mec éternuer et il se lève ! Mais ça ne l’empêche pas de remplir les salles, de faire des concerts extraordinaires parce que c’est beau, tout simplement..

  • On peut être déçu par le personnage qu’il s’est créé avec le temps…

Je crois qu’il devient un peu parano… Par exemple, il ne serre pas les mains ! Va savoir… Mais là on entre dans la psychanalyse… Va savoir ce qui lui est arrivé quand il était petit, est-ce que sa mère lui tirait les mains super fort… j’en sais rien ! Ou bien a-t-il peur qu’on la lui arrache ?

  • Quel a été ton premier choc pianistique, quel musicien t’a donné envie de jouer du piano ?

Celui qui m’a le plus réjoui et influencé dans un premier temps c’est Oscar Peterson ! Il rend heureux, basta ! [Il se met à chanter]. Tu as juste envie de bondir et de danser… Pour ce qui est de l’inspiration c’est Petrucciani : chez lui on sent une lumière, presque un côté angélique — « Je suis là pour un bref passage, je donne le maximum avant de partir ».

  • Pourquoi le jazz ? Choix esthétique ou engagé ?

Surtout pour la liberté, mais c’est un choix naturel. Tu es porté vers cette musique parce que tu cesses d’être un interprète. Parfois, dans l’improvisation, on vit des choses incroyables…

  • Sur ton album tu remercies deux pianos (ce qui n’est pas commun), notamment celui de la Fnac des Ternes ; tu peux t’expliquer ?

Je travaillais juste à côté. Le service com’ m’avait autorisé à utiliser le piano entre midi et deux. J’ai souvent joué et composé là-bas. Et l’autre piano, c’est là où est né l’album… par chance, c’étaient deux Steinway !

  • Autre remerciement dans le disque : Franck Avitabile. Quel genre de relation entretiens-tu avec lui : est-ce seulement de l’amitié ou t’aide-t-il aussi dans ton travail ?

Franck Avitabile me donne pas mal de conseils. On a fait le conservatoire ensemble. Il a plus de métier que moi donc je lui demande son avis régulièrement, en tant que pote bien sûr, mais aussi par rapport à son expérience. On a des goûts assez similaires et il est de très bon conseil !

  • À propos, quel regard portes-tu sur les pianistes contemporains ? De qui te sens-tu proche ?

De ceux que j’ai cités tout à l’heure, mais bien sûr l’inspiration est autre que pianistique. Ce que je pense du « parc » de pianistes ? J’en discutais il y a peu avec Franck [Avitabile]… J’aime voyager ; quand tu voyages, tu vas visiter certains lieux mais aussi te rapprocher des choses et des endroits que tu connais : les clubs de jazz par exemple… Tu te rends compte que les conversations sont les mêmes partout : « Tu connais untel ? Il joue monstrueux ! Et untel ? Ah il joue grave ! » etc. Chaque pays a son microcosme, et chaque microcosme des « stars » en leur pays. Et tu te rends compte qu’il y a des équivalents… en Espagne par exemple. Mais je pense quand même que dans chaque pays un ou deux pianistes se démarquent et sont reconnus partout. En France, peut-être Pilc et Terrasson, mais aussi Bojan Z, Giovanni Mirabassiqui est aussi une superstar en Europe… Il y a de tellement bons musiciens partout ! A New York, dans les clubs, tu vois des gamins de quinze-vingt ans qui sont extraordinaires et que personne ne connaît en France… !

  • Mais toi, personnellement, quel est ton dernier choc musical ?

Si je devais me sentir proche d’un pianiste, mais qui est décédé, ce serait Petrucciani, parce que je suis amoureux de la vie et que j’ai peur de la mort ; je suis dans le sentiment quand je joue. Sinon il y a Solobsession de Bojan Z. [Pause, il réfléchit, puis sur le ton de la confidence :] En fait, je n’écoute pas assez de musique ; je vais même t’avouer que je ne joue pas assez de piano : de mon expérience en entreprise, j’ai gardé la « gniac » pour faire la promotion de mon album, cette partie rationnelle : passer des coups de fil, aller à des rendez-vous… C’est vrai que je ne bosse pas assez mon instrument – sauf avant les concerts importants !

Laurent Assoulen par Olivier Berthelot

  • Sur ton site, il y a cette phrase de Hugo « La musique, c’est du bruit qui pense ». Cette phrase est-elle importante pour toi ? Es-tu quelqu’un qui réfléchit beaucoup sur la musique même si la tienne semble très instinctive ?

Ça dépend… « La musique c’est du bruit qui pense » c’est plus pour le côté humoristique de la phrase, qui est en accord avec la photo du site. C’est pour la cohérence. La notion de cohérence, je l’ai beaucoup travaillée dans le parfum. Quand tu travailles sur un parfum, tu dois lui donner un nom de code, le placer dans un univers coloré, avec des mots qui lui vont, le sublimer, etc. : c’est la cohérence entre l’odeur (virtuelle) et la forme qu’on lui donne par l’intermédiaire des mots, couleurs, etc. C’est la même chose pour trouver un titre d’un morceau. Quand tu lis le titre, il faut que tu te situes dans un univers auquel la musique va faire écho, tu sais où tu es. Par exemple, dans un « Chameau à New York », il y a des références. Quand tu prends les titres des standards de jazz, prends « What Is This Thing Called Love ? », thème et titre que j’adore - la mélodie veut-elle dire qu’il y a une chose qu’on appelle « amour » ?

  • Tu cherches donc une cohérence entre titre et mélodie ?

Voilà. Pour moi c’est très important, un titre cohérent. En peinture, par exemple, il y a de l’évidence : « Femme sur une chaise », ça fait rigoler mais c’est une femme sur une chaise et pas autre chose. Après tu as aussi des formes complètement abstraites et on va te dire « homme qui chante »…
[Il hésite.] Mais en musique, ce n’est pas évident… Si tu nommes un parfum qui sent la framboise « Sous le figuier », il y a un truc qui ne va pas ! Le créateur va dire « Il arrive que des framboises poussent dessous », mais alors pourquoi ne pas l’appeler « au-dessus du framboisier » ? Par exemple, j’ai appelé « Dad on a Cloud » le morceau que j’ai composé pour mon père à cause d’une remarque de mon petit neveu. Il y a une dimension aérienne, une impression d’horizon, une course sur les nuages, de la profondeur, tu pars loin…

  • Tu sembles donc avoir une conception très « visuelle » de ta musique ; ça te plairait de composer des musiques de films ?

Oui [enthousiaste] ! Ce qui est super, c’est quand les gens viennent te dire à la fin d’un concert « J’ai adoré votre musique, j’ai vu tellement d’images ! ». Ce qui me plaît encore plus, c’est quand ils disent sur « Chameau à New York » : « Je le voyais le chameau ! ». Là tu te dis : ce que j’ai fait est cohérent. Les gens ont été pris là où je voulais les emmener. Une fois j’ai fait un exercice : je venais de composer un morceau et le lendemain je l’ai joué en concert. J’ai pris ce risque et j’ai dit au public : « Je vais jouer un morceau que je viens de finir de composer et qui n’a pas encore de titre. Alors je vous propose de prendre chacun un papier et un stylo et d’écrire ce que vous verrez. » Ils ont quasiment tous vu la même chose : de l’eau (torrent, piscine, ruisseau, pluie…). Je l’ai donc appelé « Rain ».

  • Revenons à ton ancien métier : tu sembles le mettre en avant, c’est une chose que tu revendiques ?

C’est lié. Sincèrement, quand tu cherches les mots pour décrire une odeur, tu ne peux pas imaginer à quel point tu vas loin. Tout à coup l’odeur devient captable, palpable. Par exemple, DareDevil donnait une forme aux choses par le son, puisqu’il était aveugle. Et ma façon de te décrire le cèdre te permet de le sentir sans le sentir.

  • Le sens qui me paraît le plus dur à décrire, c’est l’odorat. Le décrire avec un autre sens, l’ouïe, est-ce cela ta démarche ?

En allant chercher loin au fond de moi la description des essences, j’ai vécu le même processus mental et émotionnel que dans la musique : la recherche d’images, la transposition d’un ressenti plutôt que la recherche du mi bémol !

  • Ta réponse va être évidente, mais finalement, si tu n’avais pas fait ce métier, ta conception de la musique et, par là même, ta musique auraient été totalement différentes ?

Oui. Avant de rentrer dans cette industrie, quand je faisais du jazz mes compos faisaient référence à tel ou tel univers musical. Puis j’ai essayé de recréer des images de vie sans m’attacher à un style particulie -, c’est pour cela que j’ai du mal à te donner des références. Mes références sont plutôt d’ordre technique : le phrasé, le toucher… J’essaye de ne pas « ressembler » et ce n’est pas évident !

  • Quelles odeurs ton album t’évoque-t-il ?

Je n’y ai jamais vraiment réfléchi… Mais fin mai je vais donner une conférence à l’Ecole du Parfum sur mon ancien métier, faire travailler les élèves sur mes compos, et ils vont en tirer des parfums. Un mois après, fin juin, j’irai évaluer les travaux. Ça va être génial ! Le « brief » (les cartes que je vais leur donner pour créer) : ils vont écouter, je ne vais pas leur donner le titre, ils vont dire ce qu’ils voient. De ce qu’ils voient, ils vont extraire des matières premières, et de ces matières premières, ils vont tirer des « accords olfactifs ». Ensuite, à eux de défendre l’idée. Ça va être assez drôle sur « Chameau à NY » ou « Rain ». S’ils voient la pluie je serai fou de joie.

  • Cela peut être intéressant, également, s’ils imaginent quelque chose de très différent : les interprétations diverses de son œuvre amusaient beaucoup Valéry par exemple…

C’est vrai que c’est marrant : ce que tu as voulu exprimer, et la perception qu’en ont les gens… Si pour « Rain » ils réalisent un accord boisé/sec ou encore minéral, ce sera à l’opposé de l’idée de base, de l’évocation première. Mais dans tous les cas, respectable. Tout ressenti doit être respecté.

  • Tu vis de ta musique, ou es-tu encore en phase de transition ?

J’ai la chance d’avoir travaillé dans le parfum (et j’ai tout fait pour y arriver) ; aujourd’hui j’essaye de rapprocher les deux. Pour un musicien, il est difficile de ne vivre qu’en faisant les choses qu’on aime faire. Il faut donner des cours, des « master-class », des soirées privées, etc. Rares sont ceux qui ne vivent que des concerts ! J’aimerais tendre uniquement vers ce qu’il y a de positif dans une vie de musicien, selon moi, c’est-à-dire les concerts… [Pause]
Je fais confiance à la vie… Mais si demain on me demande de choisir entre une tournée et une belle place dans une boîte de parfums, je choisis la tournée. Je vais essayer de lier mes deux passions. J’ai développé la composition sur des matières premières odorantes. Par exemple une entreprise m’a demandé de créer une musique sur la violette, le cèdre, etc. Ce sont des métiers où on se prend la tête ! Avec de vrais concepts ! Allier la musique au parfum, c’est très prenant.

  • Dernière question, justement, que peut-on te souhaiter pour les prochains mois ou les prochaines années ?

Beaucoup de concerts, des musiques de films, continuer à développer le mariage entre les odeurs et la musique et continuer à être inspiré par la vie !