Scènes

Médo(s), portrait filmé d’un fou furieux de musique

Les illusions prennent forme sur l’écran comme à la scène. Entendre que la magie d’un concert en direct n’a rien à envier à celle du cinéma. Dans tous les cas on nous raconte des histoires.


Les illusions prennent forme sur l’écran comme à la scène. Entendre que la magie d’un concert en direct n’a rien à envier à celle du cinéma. Dans tous les cas on nous raconte des histoires. S’approcher de la vérité exigerait que le réalisateur abandonne toute sympathie pour son modèle, qu’il creuse toujours plus profond les mobiles enfouis dans l’enfance.

Les facéties virtuoses de Médéric Collignon cachent un artiste écorché, fragile, qui s’est forgé un rôle de trublion fou furieux pour camoufler son extrême sensibilité. En nous étourdissant voudrait-il nous faire croire qu’il est plusieurs comme l’indique Médo(s), le titre du film de Josselin Carré ? Or Médo est unique, entier. Trompettiste lyrique, chanteur onomatopéique, compositeur reconnaissant, acteur comique sont les facettes du même personnage.

Sa rapidité à réagir au moindre accident, y compris ceux qu’il provoque lui-même, fait de « Médo » un jongleur extraordinaire, capable de rattraper toutes les balles, même les plus vicieuses. Son scat zappé ressemble au montage cinématographique, sorte de bande-annonce passée en accéléré. Au même âge il me rappelle Bernard Lubat dans les années 70, feu d’artifice incontrôlable. Virtuose du bout des lèvres, Médo ne rechigne pas à y mettre la langue, rappeuse, zappeuse, blagueuse. Le numéro est époustouflant. C’est un jeu très physique qui attaque pour ne jamais se retrouver sur la défensive. Autour du roi nu, son équipe ressemble à des statues de sel.

Si le film de Josselin Carré est un documentaire classique alternant témoignages et extraits de concert ou de studio, il fait la part belle à la musique. On échappe à la frustration des confetti que maints réalisateurs ont une fâcheuse tendance à disséminer dans leurs verbeux longs métrages. Ici Jacques Bonnafé, Boris Charmatz, Dgiz, Andy Emler, Philippe Gleizes, David Lescot, Thomas de Pourquery, André Minvielle, Louis Sclavis, Bernard Lubat, Frank Woeste, Yvan Robilliard, Maxime Delpierre, François Merville donnent la réplique à l’énergumène... Comme Claude Barthélémy que j’avais vu à Vandœuvre-les-Nancy en 1998 avec un orchestre formidable au sein duquel le jeune Collignon se distinguait entre tous.

Médo(s) a le mérite de fixer un moment d’un artiste au mieux de sa forme, quadragénaire à la veille d’une nouvelle révolution, du moins l’espère-t-il. On lui souhaite de tout cœur, car la tentation de se figer dans ce rôle de clown musical virtuose qui plaît au public est le pire des risques pour un artiste qui aime plonger la tête la première dans l’inconnu et renouveler les expériences pour renaître des petites morts qu’il s’inflige.

par Jean-Jacques Birgé // Publié le 17 mars 2014
P.-S. :

Avant première du film mardi 25 mars au Cinéma Étoiles, Porte des Lilas (Paris).

(Texte initialement paru sur le blog de l’auteur)