Chronique

Rachele Amore

Rarichi

Rachele Amore, Erica Ruggiero, Sara Tinti (voc), Vincenzo Bosco (p), Manuel Caliumi (as), Davide La Rosa (g), Sergio Mariotti (b), Francesco Benizio (d).

Label / Distribution : Aut Records

Dans l’impressionnant vivier des musiques non alignées en Italie, où le jazz trouve sa juste place, il faut souvent des guides expérimentés pour pointer vers des coins aux confins, où la beauté se porte bien. C’est la tâche que s’est assignée le jeune label Aut Records, pourtant installé à Berlin mais qui pointe souvent son œil de Bergame à Syracuse pour nous proposer de nouvelles pousses et de nouvelles essences. C’est le cas de la chanteuse Rachele Amore, dont la tessiture de mezzo permet toutes les aventures. Avec Rarichi, premier album qui dévoile un octet remuant où la voix occupe une large place, on la découvre ferraillant avec la batterie pleine de groove de Francesco Benizio et la guitare acide de Davide La Rosa dans « Climbing Chains ». Pas de rock cependant, à peine quelques poussées de fièvre, mais une verve lyrique accentuée par le trio de voix ; car en surplus d’Amore, même dans les morceaux plus séraphiques comme « Affanu » et le piano de Vincenzo Bosco, on retrouve aux chœurs Erica Ruggiero et Sara Tinti.

On pense beaucoup à Charming Hostess, un trio de voix ancien, propulsé par Tzadik. Dans l’agencement de la musique comme dans le choix de la théâtralité de l’orchestre, il y a cette même volonté de donner au disque une certaine flamboyance, non éloignée d’une pratique opératique. Ce n’est pas anodin si Amore étudie le chant lyrique en parallèle. Dans le magnifique « Alba », la gemme la plus brillante de cet album, il y a même dans le travail des voix un regard appuyé vers la musique ancienne, dans la pureté et la simplicité des harmoniques. Lorsque La Rosa reprend le travail de l’orchestre et lance le saxophone alto scorieux de Manuel Caliumi, aperçu aux côtés d’Andrea Grossi et dans le beau trio Hackout !, c’est un jazz contemporain et plutôt rugueux qui étend le propos, sous la férule de la contrebasse de Sergio Mariotti. Les atmosphères se rejoignent à l’infini grâce à une écriture congruente et lumineuse.

C’est une découverte exceptionnelle à laquelle le label Aut Records nous invite : il y a d’abord le très beau « Silence » où les trois voix jouent avec la contrebasse dans une complainte légère et mélancolique où l’alto a toute sa place dans un jazz devenu presque langoureux, aux antipodes de ce que le long « Suspiru », caverneux et très ouvert, nous propose, assez proche d’une ambient fiévreuse où les instruments-voix vous transportent dans une nuit caniculaire et psychotrope et où l’orchestre est tout entier dirigé vers un propos très onirique.

par Franpi Barriaux // Publié le 25 janvier 2026
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