Chronique

Rickie Lee Jones

Pop Pop

Rickie Lee Jones (voc, g) ; Charlie Haden (b) ; Robben Ford (g) ; Dino Saluzzi (bandoneon) ; Walfredo Reyes (perc)...

Label / Distribution : Geffen Records

C’est en tombant nez à nez dans la rue avec Norah Jones que je me suis souvenu de ce disque. Je l’avais croisée une fois de trop, en quatre mètres sur trois comme d’habitude. J’étais vraiment fatigué d’avaler les couleuvres servies par les médias, comme quoi la preuve du regain d’intérêt du public pour le jazz résidait dans le nombre d’exemplaires vendus de Come Away With Me.

On se trompait de Jones. D’une part parce que l’étiquette Blue Note ne garantit pas le jazz, et d’autre part parce que dans le registre jazzy, acoustico-intimiste, il y avait depuis 1991 ce bijou précieux, apaisant comme une aurore de montagne : Pop Pop de Rickie Lee Jones. Un disque de standards intemporels dans des versions minimalistes exclusivement acoustiques, sans piano ni batterie.
Il faut entendre les morceaux comme « My One and Only Love », « Spring Can Really Hang You Up the Most » ou encore « The Ballad of the Sad Young Men » où se mêlent la contrebasse de Charlie Haden, le bandonéon de Dino Saluzzi, la guitare acoustique nylon de Robben Ford, ici dans un contexte inhabituel, et la voix cristalline, à la fois fragile et assurée, de Rickie Lee Jones...

Il faut entendre ces titres pour saisir la beauté d’une ballade. Le saxophoniste Joe Henderson est également de la fête, sur un « Dat Dere » rajeuni par des rires d’enfants ou sur « Bye Bye Black Bird ». Autres titres, autres ambiances : la palette des émotions musicales est large, et « Up from the Skies » de Jimi Hendrix, porté par la walking bass de Charlie Haden, exhale tout son swing, tandis qu’un hommage léger et insouciant est rendu à Peter Pan dans « I Won’t Grow Up ».

L’intérêt et l’originalité du disque résident dans la vision très personnelle qu’a Rickie Lee Jones de ces chansons, qui font partie du patrimoine américain, et dans sa capacité à entraîner avec elle des musiciens de jazz dans des relectures étonnantes, parfois risquées mais toujours réussies. On est ici à l’opposé du plan marketing calculé : dans la spontanéité et le souvenir des chansons entendues à la maison, chantées par un oncle de passage... Une merveille !