Chronique

Siegfried Mandon

MO’drums

Siegfried Mandon (dm), Barend Middelhoff (ts), Rémi Vignolo (b)

Label / Distribution : Ella productions

Si dans les premières formations New Orleans le piano n’avait pas sa place, force est de reconnaître que cet instrument a rapidement imposé sa douce tyrannie... Il aura fallu attendre les « combos cool » et surtout le free jazz pour que des formules sans piano redeviennent monnaie plus ou moins courante. Et c’est précisément cette voie qu’emprunte MO’drums. Le premier morceau de l’album s’intitule d’ailleurs : « Can You Hear The Piano ? ». Le trio a également mis à son programme le superbe « Mob Job », une composition d’Ornette Coleman, autre adepte du « sans piano », enregistrée avec Pat Metheny sur le fameux Song X...

A la base, MO’drums est un duo constitué de Siegfried Mandon à la batterie et du saxophoniste ténor hollandais Barend Middelhoff. A l’occasion de ce premier disque, le duo a demandé au remarquable Rémi Vignolo de se joindre à eux.

Mandon fait partie de ces batteurs qui refusent la facilité - relative - de l’accompagnement et veulent que la mélodie des tambours se fasse entendre, haute et subtile : ceux qui l’ont écouté en compagnie d’Alain Jean-Marie ou de Serge Forté ont pu s’en rendre compte. Middelhoff n’est sans doute pas encore très connu en France, mais cela ne saurait tarder car aux Pays-Bas il fait déjà figure de « colosse ». Présenter Vignolo est désormais inutile étant donné sa popularité dans les milieux du jazz...

Hormis « Mob Job », déjà mentionné, et « Alice In Wonderland » de Fain et Hillard, Middelhoff est l’auteur de cinq thèmes, dont « Rouse For Ending » (à la mémoire de Charlie Rouse), co-signé avec Mandon. Le batteur, pour sa part, apporte une composition au titre humoristique, jouée en solo : « I Want To Be George Clooney ».

La section rythmique reste sous tension du début à la fin. Vignolo est toujours à son aise, quels que soient l’esprit de la mélodie ou le tempo du morceau, et ses solos justifient le déplacement... Grand amateur de nuances, Mandon alterne « régularité bop » et « polyrythmie free » avec un égal bonheur. Son sens de l’à-propos fait merveille. Ce qui explique sans doute son hommage à Elvin Jones dans les notes de pochette. Enfin, on comprend que Middelhoff soit célèbre en son pays ! Quelque part entre Dexter Gordon pour la nonchalance, et Sonny Rollins pour les envolées, le ténor batave possède un gros son particulièrement agréable, des idées à revendre et une mise en place exceptionnelle.

Bravo messieurs : voilà un album qui fait plaisir : du bop, du hard, du cool, du blues, du free... Qu’importe ? La musique est là, bien vivante !