Scènes

Soirée gastronomique francophone…

Dîner gastronomique français et musique afro-américaine à la sauce égyptienne…


« Ftour », festivals ou expositions, la cour du Centre Français de Culture et de Coopération du Caire est habituée à se déguiser au gré des saisons. Cette fois elle a revêtu la parure d’un club de jazz pour accueillir Florent Cornillet et son quartet pour le temps d’une soirée gastronomique…

Côté gastronomique, si la soupe de poisson était très réussie, en revanche la sauce aux champignons des magrets était cruellement aqueuse. Mais ne nous égarons pas, Citizen Jazz n’est pas le Guide Michelin, donc passons au concert…

Le programme était axé essentiellement sur des bossa nova, biguines et chansons françaises. Répertoire a priori « facile », mais adapté au lieu et à l’esprit de la soirée.

Deyaa Badr, le percussionniste, soutient efficacement les solistes et, grande surprise, ne prend pas l’éternel solo démonstratif de congas qu’on a l’habitude d’entendre dans ce genre de concert. André Ségone, bassiste venu du hard rock (Feed Back et Wiplash), actuellement membre de la formation jazz libanaise Karika, se montre aussi à l’aise en walking bass qu’en accompagnement latino (« Donne-moi un tibo »), et ses solos, classiques, sont bien construits. Hisham Galal met beaucoup de cœur dans son jeu de piano. Il balance bien, répond intelligemment au saxophone et joue des solos variés qui trouvent leur source du bop à la salsa. Malheureusement, le son du piano droit est un peu étriqué pour le plein air…


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Hisham Galal, André Ségone et Deyaa Badr © PLM

Florent Cornillet a suivi un parcours particulier, car, après des études scientifiques, il s’est formé au C.I.M. à Paris, puis a passé une licence de musicologie à l’université de Rennes II. Un voyage à Abidjan le convertit aux rythmes africains et il s’enrôle dans Ossofo. En plus de tenir le saxophone alto, Florent Cornillet écrit les arrangements des cuivres pour ce groupe afro-reggae, qui tourne en France (Printemps de Bourges, La Rochelle, Uzeste…) et enregistre plusieurs disques (Papa Ras Rod, Destiny, Ossofo). Toujours féru de nouveautés rythmiques et mélodiques, Florent Cornillet travaille avec le joueur de sitar Ishak Ali Kawa, puis fait un voyage d’étude au Rajakstan pour approfondir sa connaissance de la musique indienne.


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Florent Cornillet © PLM

De retour à Nantes, son port d’attache, Florent Cornillet monte le groupe Nomades qui enregistre un premier disque en 2001. Mais encore une fois, son appétit pour les découvertes musicales l’envoie au Caire où il s’est installé, pour le moment… De la star du jazz local, Yehia Khalil, à l’excellent guitariste égypto-canadien, Freddy Rizk, la maîtrise instrumentale et musicale de Florent Cornillet lui valent de nombreux engagements dans la capitale égyptienne. Armé d’une sonorité ample et d’un phrasé nerveux, l’altiste dynamite les bossa nova et les ballades, ce qui évite de sombrer dans la musique doucereuse à l’instar, par exemple, de « Sentiments of Love ». Alternance de phrases rapides et lentes, sens du swing, touches moyen-orientales, bonne gestion de la tension, les solos de Florent Cornillet sont judicieusement bâtis, à l’image de celui de « La Foule », chanson immortalisée par Edith Piaf. Dans l’ensemble, le jeu du saxophoniste rappelle de loin en loin celui d’Art Pepper.

De la musique sympathique, un altiste attachant, et un concert comme on aimerait pouvoir en écouter plus souvent au Caire, car on ne peut s’empêcher de regretter en chœur avec Edith Piaf :

« Je revois la ville en fête et en délire
Suffoquant sous le soleil et sous la joie
Et j’entends dans la musique les cris, les rires
Qui éclatent et rebondissent autour de moi… »