Chronique

Song Yi Jeon Nonet

The Earthy Suites

Label / Distribution : songyimusic.com

L’engouement dont avait bénéficié l’album Then Comes The White Tiger, enregistré chez ECM en 1994, a permis à beaucoup d’amateurs de jazz de découvrir ce vocable qui apparaissait sur la pochette, SamulNori. Avec son groupe Red Sun le saxophoniste Wolfgang Puschnig confrontait avec bonheur les musiques improvisées et ce quartet de percussions fondé en 1978 par Kim Duk Soo. C’est au tour de Song Yi Jeon de rendre hommage au Samulnori qui s’inspire de la musique rituelle coréenne et dont le découpage des syllabes s’établit comme suit : Sa signifie « quatre », mul signifie « choses » et nori, « jeu ». Les instruments traditionnels utilisés sont le jing, un grand gong, le kkwaenggwari, un petit gong, le janggu, un tambour d’origine chinoise en forme de sablier et le buk, un baril tambour. Chacune de ces percussions symbolise un élément naturel : ​​le vent, la pluie, le tonnerre et les nuages. Cette forme artistique renouvelle un héritage ancestral fait d’un mélange de musiques religieuses et populaires issues du monde agricole qui ont bien failli disparaître à la suite de l’occupation japonaise et de la guerre de Corée.

Une fervente polyphonie vocale ouvre la chanson folklorique « Seya Seya Parangseya » (« Oiseau, ô oiseau bleu »). Cet air rend hommage à la révolte paysanne de Donghak, au XIXe siècle, contre une dynastie corrompue et l’impérialisme étranger. Le développement orchestral s’y amplifie, souligné par le contrechant de la guitare électrique de Fabio Gouvea. Mais ce sont les arrangements prodigués par Song Yi Jeon qui vont prendre une ampleur considérable dans les deux longues pièces de l’album. La superposition des samples tirés de l’album After 10 Years : SamulNori Master Drummers / Dancers of Korea, 1978–1988 épouse le scat de la voix et les riffs acérés des cuivres. Le pianiste Noé Sécula ponctue la progression harmonique ; les trombonistes Moritz Renner et Yosef Itskovich soulignent l’intensité musicale. Les dissonances ne sont pas en reste et exercent un pouvoir fascinant sur le déroulement de cette « Suite One » irradiée par le saxophone soprano de Baptiste Stanek et la sobriété du contrebassiste Roberto Koch.

L’élaboration de cette écriture inédite ne perd jamais de vue l’essence même des traditions séculaires. La poétique des textes évoque ce que fut le Pan Gut, Pan étant la place du village où les paysans se rejoignent abreuvés de musiques percussives associées aux danses qui célèbrent les récoltes du riz, et Gut qui fait référence au déroulement de la cérémonie conduite par un chaman. Avec la « Suite Two », les extensions des vocalises de Song Yi Jeon apportent une variété de climats et concluent en beauté ce disque unique, opposé à tout conformisme.

par Mario Borroni // Publié le 11 janvier 2026
P.-S. :

Song Yi Jeon (voc, comp, arr, effects), Baptiste Stanek (ss), Max Treutner (ts), Moritz Renner (tb), Yosef Itskovich (btb), Fabio Gouvea (g), Noé Sécula (p), Roberto Koch (b), Marton Juhasz (d)