Une certitude s’impose dès la première écoute de cet album, la musicalité vise une forme d’universalité, les sons et les silences deviennent des vecteurs de volupté. Tobias Wiklund a fait le choix d’exprimer ses idées avec un cornet à pistons à l’instar des célèbres Nick La Rocca et Bix Beiderbecke. Mais c’est Louis Armstrong qui au préalable a influencé ce cornettiste suédois alors qu’il était encore enfant. Le célèbre trompettiste et vocaliste américain avait lui aussi débuté au cornet à pistons avant d’opter pour la trompette. La vibration de l’air occasionnée par le tube conique du cornet à pistons procure une sonorité veloutée qui se diffuse abondamment dans Inner Flight Music
Dix compostions originales explorent et décrivent la relation de l’homme à Dieu et à l’Univers. Cet éveil spirituel est conjointement associé à une musique qui transite entre la tradition et la contemporanéité. « Awakening » fait ressurgir la batterie de Jon Fält et la contrebasse inébranlable de Kansan Zetterberg, le cornet du leader et la clarinette basse de Nils Berg s’abandonnent dans les ponctuations habiles apportées par le piano de Johan Graden. « Ssssh » animé par le souffle fugace du cornet emmène la musique dans un climat où séduction et efficacité sont indissociables.
Toujours animée par une exceptionnelle créativité, la saxophoniste ténor norvégienne Hannah Paulsberg intervient chaleureusement sur les mesures impaires d’« Earth & Dust ». Le charme désuet de « Solens Strålar Ger Mitt Hjärta Vingar » procure un sentiment de nostalgie, la mélodie évolue tendrement mesure après mesure comme pour atteindre la résonance universelle de la sagesse. « Up We Go » réveille les sens, l’intervention dynamique de Tobias Wiklund est marquée par une attaque franche des notes staccato. Soutenue par le Comté de Stockholm, l’institution centenaire Blåsarsymfonikerna, qu’il faut traduire par The Swedish Wind Orchestra, inclut un second cornettiste Jonas Lindeborg. Cet orchestre produit de vastes nappes sonores fécondes dans « Subway Smiles » et « Child of Eternal Suns ».
L’envol de Tobias Wiklund se confirme dans ce troisième album réussi qui fait suite à Where The Spirits Eat et Silver Needle. Ce nouveau témoignage réalisé avec des musicien·ne·s scandinaves de renom reflète bien son style chatoyant imprégné par l’histoire du jazz.

