Chronique

Stevie Wonder

1962

Label / Distribution : Frémeaux & Associés

Grâce à cette anthologie de Frémeaux et Associés, on replonge avec délices dans les deux premiers albums de Stevie Wonder de 1962, à la limite si poreuse entre jazz et soul. C’était une époque où il n’était que le Little Stevie, âgé de onze ans et déjà phénomène de la Tamla Motown sous la férule de Berry Gordy pour des bluettes (« La la la la la ») et des succès (« I Call It Pretty Music, But The Old People Call It The Blues »). Si l’histoire est connue à partir du moment où Stevie Wonder reprend les rênes de sa destinée avec l’album Signed, Sealed And Delivered en 1970, incluant une reprise des Beatles (« We Can Work It Out »), il est bon de replonger dans les débuts du double génie de la pop music et de la black music.

On verra, sans surprise, une longue tradition jazz dans sa musique, qui s’estompera dans les années 70, même si « Sir Duke » sur son plus grand album, le cinquantenaire Songs In The Key Of Life, est un hommage à Ellington. Sur la première partie de cette anthologie, on retrouvera avec plaisir « Manhattan At Six », d’une efficacité redoutable en flûte et percussions ; une joie de jouer qui nous ferait presque oublier le plus gros défaut de Stevie : l’harmonica. Un péché plus que véniel quand on se dandine sur les cuivres et l’orgue de « Wondering », d’une efficacité sans pareille. Le tout a des allures de scoop éventé mais est fait de joie renouvelée, Stevie Wonder est aussi un grand instrumentiste.

Le deuxième album, Tribute To Uncle Ray, dédié à Ray Charles, prend une dimension supplémentaire avec la voix de Stevie offrant un « Allelujah (I Love Her so) » resté parmi les scies dont on ne se lasse jamais, à l’instar de « Come Back Baby » qui rappelle quel chanteur de blues il sait être. Certes, avec « Sunset », on sent bien que la marque Motown est apposée : rien n’est imprévu et tout est efficace ; il faudra attendre 13 ans pour se prendre la claque de « Superstition ». Mais regarder dans le rétro et s’offrir un peu de Pastime Paradise [1] n’a jamais nui à personne.

par Franpi Barriaux // Publié le 28 septembre 2025
P.-S. :

[1Qui est la plus belle chanson de tous les temps, aucune vaine discussion tardive, voire alcoolisée ne m’en a jamais fait démordre.