Chronique

Tuck & Patti

Chocolate Moment

Tuck Andress (g), Patti Cathcart (voc)

Voilà un disque qui pose l’éternel problème du renouvellement de l’artiste. Nous avons ici un duo brillant, ayant à son actif sept enregistrements originaux, deux compilations ainsi que deux albums solos de Tuck Andress. Le couple est donc pour le moins rodé, détenteur d’une formule ayant fait ses preuves : le duo guitare chant - on se souviendra avec émotion des magnifiques prestations de Joe Pass et Ella Fitzgerald dans cette catégorie. On retrouve donc ici tous les ingrédients qui font de Tuck & Patti une valeur sûre depuis quinze ans : sonorité exemplaire de guitare estampillé Gibson 1953 (un bon cru), voix chaleureuse et ronde qui semble faite pour vous sussurer des chansons d’amour au creux de l’oreille, bref, typiquement le disque que l’on glisserait dans la platine tout en dégustant un whisky raffiné en compagnie d’Uma Thurman (par exemple). Somme toute, une image du paradis sur terre.

Et pourtant… pourtant l’alchimie n’opère pas. Et malheureusement, ce n’est pas parce qu’il manque Uma Thurman. Mais le disque a un trop fort goût de déjà entendu : au-delà même du son, la moitié des titres sont des ballades relativement insipides (Love Flows Like a River, Wildflower, Knowing) dont on s’abstiendrait volontiers tant elles sont prévisibles et dénuées de recherche. Tuck & Patti sont à leur meilleur niveau lorsqu’ils se risquent aux harmonies jazz (Reverie) ou aux rythmes des Antilles (Rejoice), voire quand Tuck Andress lance un hypothétique clin d’œil à Wes Montgomery dans un instrumental sophistiqué (Interlude in the Key of P).

Ce n’est pas un disque raté, loin de là, les deux artistes ont un niveau suffisamment significatif - ainsi qu’une complicité et une entente hors du commun, faut-il rappeler qu’ils sont également mari et femme à la ville - pour garantir une qualité certaine. Mais c’est précisément parce que l’on connaît leur potentiel que l’on s’avère plus exigeant. On espèrerait que le duo s’aventure dans des zones plus risquées, délaisse le terrain connu, se hasarde dans les chemins de traverse, car le but de l’artiste ne doit pas être de se complaire dans le confort et la sécurité de la formule qui fonctionne. Même si celle-ci est de qualité.

Chocolate Moment, peut-être. Mais dans ce cas nos papilles rêvent d’être surprises, cacao amer et gingembre, chocolat et basilic, chocolat et poivre rose… alors que l’on se contente d’un chocolat chaud à la canelle. Délicieux mais commun.