Chronique

Soffio

Patrick Rudant (traverso, whistle, dizi, piccolo, flûte harmonique PVC), Eric Bijon (bandonéon, accordéon, surdo, épinette, piano)

Un « duo » à double sens : deux musiciens, deux musiques.

Première dimension musicale, une approche extrêmement détachée de la mélodie et du rythme, permise notamment par l’association des percussions et d’une flûte élémentaire constituée d’un simple tube en PVC percé d’un trou pour soufller. Avec un tel instrument, le jeu n’est pas mélodique mais purement harmonique, et est basé sur la résonance de la colonne d’air, sur le son donné par l’attaque du souffle.
En arrière-plan donc, des percussions mais là encore, sous le signe de l’originalité : globalement peu de rythmes très marqués mais au contraire des apparitions furtives et légères, roulements de doigts plutôt que frappes franches, comme sur le morceau titre qui ouvre le disque. Et parfois même une inversion inattendue des rôles : Eric Bijon, à l’accordéon, est discrètement présent sous forme de nappes de son propices à la mise en place d’une sorte de transe naturelle, tandis que Patrick Rudant distille savamment des effets percussifs à la flûte harmonique par sa seule manière d’attaquer le son.
Ainsi, cette approche, qui est réellement le « son Soffio », est-elle particulièrement réussie ; l’essence primitive de la musique improvisée que l’on entend ici parle à chacun d’entre nous car elle s’appuie sur les instincts premiers que sont la respiration - le souffle - et le contact tactile.

La seconde orientation musicale de Soffio est beaucoup plus mélodique ; Eric Bijon délaisse le surdo au profit du piano, de l’accordéon ou de l’épinette (petit clavecin), tandis que Patrick Rudant abandonne le PVC pour une flûte chinoise en bambou ou une flûte traversière baroque, assez petite et donc relativement aiguë. Peut-être parce que les titres harmoniques évoqués plus haut se sont adressés au plus profond de l’auditeur, l’émotion dégagée par les morceaux mélodiques semble plus intense encore, en particulier sur des pièces comme « Viendras-tu », mélancolique duo entre bandonéon et flûte irlandaise, le celtique et très enjoué « Noich » ou encore « Elysées », clin d’oeil à la musique électronique.

Au-delà d’une simple curiosité musicale à découvrir, ce disque autoproduit propose donc une musique très inventive, originale et sans compromis, tout en défrichant des pistes qui seront sans nul doute explorées dans le prochain album (en préparation).