Portrait

Texier roule en Twiga

Le Texier nouveau est arrivé : un nouveau quintet, au nom peut-être provisoire, le Twiga Quintet. Portrait.


Photo Michael Parque

Une union entre nouveaux (le saxophoniste Vincent Lê Quang, le batteur Gautier Garrigue) et anciens compagnons de route (Sébastien Texier et Manu Codjia), un répertoire qui allie retour vers les grands thèmes du Sky Dancers Sextet, plongées vers les premiers titres enregistrés en solo dans les années 70, et une nouvelle composition : des mélodies lumineuses, des improvisations inventives. Un album en préparation, des concerts…

Soliste hors pair, compositeur à l’écriture immédiatement reconnaissable, mais aussi homme généreux et citoyen du monde jusqu’au bout des ongles, Henri Texier s’explique sur ce nouveau projet.
« Le nom Twiga veut dire girafe en langage Swahili, groupe ethnique du Kenya. Je l’ai choisi car les girafes sont en voie de disparition dans l’indifférence quasi générale… En même temps je ne suis pas certain de conserver ce nom… »
Parmi les musiciens de ce projet, on trouve Vincent Lê Quang, saxophoniste soprano et ténor. On a pu l’entendre aux côtés de Daniel Humair (album Seasoning), il a aussi croisé la route de Jean-Paul Celea (cb) ou Jeanne Added (voc). Professeur au Conservatoire de Paris depuis 2007 et compositeur adepte du soundpainting, il a créé le projet « Suite » en 2005 avec Vincent Peirani (acc) et le quatuor Ébène. Il a participé aux albums Air Libre du guitariste Jean-Philippe Muvien, avec Daniel Humair, Roses and roots de Ricardo Del Fra et Liberi sumus en trio avec Henri Texier et Aldo Romano.
« J’ai rencontré Vincent Lê Quang lors d’une invitation d’Aldo Romano à donner un concert en trio totalement improvisé au Triton justement. Ce concert a été enregistré et a, depuis, fait l’objet d’un album. Je n’avais jamais vu Vincent. Immédiatement, j’ai ressenti une très grande affinité avec lui et j’ai aimé sa manière de jouer et d’aborder la musique. J’ai donc naturellement pensé à lui pour ce nouveau projet en imaginant que sa sonorité ferait un très bel alliage avec celles de Sébastien et de Manu Codjia. »


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Henri et Sébastien Texier dans Sky Dancers par Gérard Boisnel

L’autre soufflant est donc Sébastien Texier (as, cl, cl alto), présent dans toutes les formations de son paternel depuis l’Azur Quintet avec Glenn Ferris et Bojan Z (album Mad Nomad de 1995). On le retrouve donc au sein du Strada Sextet, Red Route Quartet, Nord-Sud Quintet, Hope Quartet et Sky Dancers Sextet.
Ils sont accompagnés par Manu Codjia, guitariste, déjà présent au sein du Strada Sextet (album Vivre), mais aussi le Red Route Quartet et le Nord-Sud Quintet avec Francesco Bearzatti (ts).
« En parlant de Manu, depuis qu’il ne fait plus partie de mes groupes réguliers, je n’ai jamais rompu le contact avec lui et il a participé à quelques projets avec moi dont une tournée en Amérique du Sud et au dernier album des 30 Ans de Label Bleu. Pour le projet ”Twiga”, j’ai imaginé immédiatement de le faire avec lui car finalement c’est le musicien, à part Sébastien, que je sens le plus proche de mon univers. Tout ce que Manu a joué avec moi, je l’ai vraiment aimé… Et ça continue ! »
Enfin, la batterie est tenue par Gautier Garrigue. Né en 1987 et diplômé du Conservatoire de Perpignan, il s’installe à Paris en 2007, il côtoie Eric Barret (ts), Sébastien Llado (tb), Michel Portal (as, bcl), Roberto Negro (p) et le trompettiste David Enhco, avec qui il enregistre l’album Horizons.
« Quant à Gautier Garrigue, c’est une histoire assez amusante : depuis quelque temps je lis son nom dans les revues de jazz et, trouvant ce nom très poétique, je le remarquais de plus en plus. Puis j’ai constaté que Gautier jouait avec des musiciens qui semblaient vouloir faire des musiques intéressantes… Enfin j’ai aperçu une annonce de disque auquel il participait avec Manu Codjia en invité. J’ai appelé Manu qui m’a dit que Gautier jouait vraiment très très bien et qu’il irait vraiment bien avec mes musiques… »
Henri Texier, comme à son habitude, réunit donc les générations autour de lui : « Aussitôt j’organisais une session de rencontre et l’entente fut immédiate : nous étions en équilibre ».
Une belle équipe qui permet de multiples alliances sonores : saxophones alto et ténor (« Sacrifice »), alto et soprano (« He Was Just Shining »), ténor-clarinette (« Quand tout s’arrête »), soprano-clarinette alto (« Sand Woman »), ténor-clarinette alto (« Hopi »).

Le répertoire comprend d’ailleurs une nouvelle composition, « Sand Woman » avec une belle alliance sonore entre soprano et clarinette alto.
« “Sand Woman” est l’unique composition nouvelle de ce projet. D’ailleurs je ne cherche pas spécialement, pour l’instant, à imaginer de nouvelles musiques pour ce nouveau groupe mais plutôt à faire revivre des anciennes compos qui permettent à chacun de jouer le plus possible et dans les meilleures conditions. Ce sera le but essentiel de ce nouveau band, jouer, jouer, le “jouage”, le “jouage”. Très récemment j’entends beaucoup de musiciens qui “composent”, “composent” et qui n’improvisent plus, qui ne jouent plus… Je trouve cela bien triste et ennuyeux… l’improvisation c’est quand même l’essence de la musique de jazz, sa liberté, non ?? »

La reprise de grands thèmes du Sky Dancers Sextet (« Navajo Dream » joué en solo, « Hopi », « Mic Mac », « Dakota Mab » et ce « He Was Just Shining » dédié à Paul Motian), la reprise de « Sacrifice » enregistré en trio, avec Sébastien et Tony Rabeson, sur l’album Remparts d’argile en 2000. Enfin, de subtils arrangements de compositions enregistrées, dans les années 70, en solo : « Amir » et « Quand tout s’arrête » (album Amir de 1976 : solo avec contrebasse, oud, flûte, piano et percussions), « Les là-bas » (album Varech de 77 : cb, oud, fl, bombarde et percussions), « Blues urbain » (A cordes et à cris de 1979 : cb, b, oud, perc). Une suite de mélodies inoubliables et de solos échevelés. Toutes ces anciennes compositions refont donc surface.
« L’idée ne vient pas de moi. C’est Armand Meignan, le directeur du festival Europa Jazz du Mans, qui m’a proposé de faire un concert pour le 35e anniversaire du festival et, par la même occasion, le 40e anniversaire de ma première maison de disque JMS/Sphinx pour laquelle j’ai enregistré mes albums en solo dans les années 70…
Je me suis dit que cela serait rigolo de reprendre ces compositions qui, pour certaines, n’ont jamais été jouées par un orchestre… Et comme il y a deux ans, j’ai fait la création du Sky Dancers Sextet au même festival du Mans, j’ai pensé qu’il serait chouette de réunir un groupe différent et d’en profiter pour rejouer avec Manu Codjia que je considère comme un très grand musicien, et pour en rencontrer de nouveaux. »