Scènes

À Vaulx Jazz 2008 - Un avant-goût...

La 21è édition fait la part belle aux voix féminines : Mina Agossi, Térez Montcalm, Rad, Buika et quelques autres sont du voyage.


Mina Agossi, Térez Montcalm, Rad, Buika et quelques autres sont du voyage de cette 21è édition qui démarre avec l’un des crooners qui sait le mieux les chanter : Guy Marchand...

On devrait inventer des distinctions pour les hommes et les femmes tous-terrains, qui savent mener de front des talents multiples ou contradictoires. Exemple, Guy Marchand, qui n’hésite donc pas à ouvrir A Vaulx Jazz, en crooner émérite qu’on ne présente évidemment plus. Si, tout de même. S’il a aligné quelques tubes qui l’ont largement fait sortir de l’ombre (L’« Appassionata »…) Guy Marchand aime trop passer d’un art à l’autre pour se faire durablement reconnaître dans un domaine en particulier. Il faut donc bien se convaincre que sur la minuscule planète des crooners au long cours, de préférence venus du jazz, Guy Marchand est bien l’une des grandes figures/voix/talents/ qui soient donnés d’entendre.

Sa venue a tout d’un gag. A lui en effet d’ouvrir une deuxième édition d’A Vaulx Jazz avant tout dédiée aux voix féminines. D’un bout à l’autre du festival, en effet, les chanteuses marqueront de leur empreinte pratiquement chaque soirée. Outre Buika se succèderont Rad, qu’on avait pu déguster lors du dernier Rhino Jazz Fesival, Mina Agossi, cette fois aux côtés d’Archie Shepp, Térez Montcalm, très attendue, Jeanne Added, pierre angulaire de la formation de Vincent Courtois et dans un genre plus « maousse-costaud », Diunna Greenleaf, chargée de rappeler à l’assistance que le blues de Houston ne se déguste pas à la petite cuiller.

A ce carré magique, on ne manquera pas d’associer Sophie Deshayes au sein du SD Quintet, en pré-concert de la soirée de clôture. Et de donner toute sa place à l’espiègle Marine Pellegrini, qui officie au sein de Pink Petticoat. De sa voix un brin cassée-nasillarde, la jeune femme impose immédiatement une intimité dont elle révèle, au fil des chansons, des facettes diverses. Attachante, mutine, en en jouant quelque peu, Pellegrini a néanmoins un art de convaincre qui s’impose d’emblée, mettant dans son talent, dans les paroles de ces chansons qui ne paient pas de mine, une énergie qui métamorphose l’ensemble. A ce sujet, on appréciera son scat sur la groseille et son univers d’enfance en Ardèche. Ça ne manque pas d’adresse. A ses côtés, le trio joue avec précision et retenue, sans ajouts inutiles qui puissent contrarier l’écoute.

Autre chanteuse qui marquera cette édition, Rad. Une voix chaude, à l’aise dans un répertoire dont les intonations ne s’éloignent guère des Tina Turner et autres Etta James, tout en nuançant à l’extrême. On ne peut que se laisser aller à ce son « made in west », mélange de mélodies simples, de rythmes carrés et de ritournelles sentant bon le sable chaud et l’optimisme à tout crin. La jeune femme, peut-être un peu trop blottie derrière son piano, est de plus accompagné par du très beau monde. Car seront sur scène les mêmes qui s’étaient quelque peu déchaînés en octobre au Rhino Jazz. A commencer par Ray Obiedo, magistral guitariste dont la liberté d’intervention fait merveille, Billy Johnson à la batterie, ou enfin Eric Leeds, saxophoniste déjà vu aux côtés de Prince, qui sait intervenir de façon de plus en plus incisive. A l’évidence, les cinq musiciens présents connaissent sur le bout des doigts la technique qui permet de faire lever une salle. Contraste entre des morceaux menés tambour battant et les jolies ballades que sait susurrer la chanteuse. Contraste aussi entre ces morceaux où l’on se serre les coudes pour ne pas laisser un millimètre d’incertitude, et les solos de plus en plus spontanés que prennent les musiciens. Sans aucun doute, au Centre Chaplin, ce concert surprendra pour une large part.

Mais l’édition qui s’annonce mélange comme à l’habitude d’autres genres. Il s’agit d’abord de deux rendez-vous presque coutumiers avec deux grands souffleurs : Louis Sclavis, entouré de ceux avec qui il a toujours su faire reculer des limites musicales, Aldo Romano et Henri Texier, rejoints ici par Guy Le Querrec, photographe, pour une quête africaine qui a suscité trois disques unanimement salués. Et bien sûr Michel Portal, présent lors de la dernière soirée avec une sacrée formation.

Enfin, let’s not forget Jacques Schwarz-Bart, Vincent Courtois donc et une soirée captivante autour d’un hommage à Art Blakey avec d’anciens sidemen estampillés Jazz Messengers. Et enfin, enfin, l’étonnant Andy Emler Megaoctet avec tout un tas de beau monde et le retour de Laurent Dehors. Vous vous souvenez, l’an passé, le grand orchestre déjanté de l’ultime soirée ? C’était lui.