Scènes

Jazz à Vienne 2012 (5) - 5 juillet

La pluie fait des claquettes, la nuit finit en apothéose…


La soirée, comme la pluie, va crescendo. Débutant avec le big band rhône-alpin Bigre !, elle gagne en intensité avec Aldo Romano et le trompettiste italien Enrico Rava pour exploser dans le trop court dernier set du revenant Eddy Louiss, en synergie parfaite avec un Galliano lyrique frôlant le septième ciel.

Une nouvelle fois la pluie et l’orage viennent faire des claquettes jeudi 5 juillet, sur la scène du Théâtre antique. Malgré tout, près de 4 500 festivaliers prennent place sur des gradins humides. Et ce malgré un programme (trop) roboratif qui démarre avec les régionaux de « Bigre ! » Outre la présence des talents de demain, Stéphane Kochoyan, directeur de Jazz à Vienne, souhaite que figurent de manière encore plus marquée des formations de la région Rhône-Alpes, il est vrai fort riche en la matière. C’est donc Bigre ! une formation prometteuse et sans complexe, hybride et décapante, finaliste du Tremplin Jazz Rhône-Alpes 2011, qui joue ce rôle en déroulant son jazz fort métissé.


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Enrico Rava © Marion Tisserand

Lui succède un des plus vieux routiers du jazz français : Aldo Romano, 71 ans, les baguettes toujours alertes. Auteur de près de deux cents mélodies, donc doté d’un indiscutable talent de compositeur, il reprend quelques-uns de ses thèmes avec deux complices : le trompettiste italien aux accents latins Enrico Rava, 72 ans, et l’excellent pianiste Baptiste Trotignon, nettement plus jeune ! Un jazz très classique, de bon aloi, qui permet à la nuit de s’installer de manière bien construite, mais manque tout de même un peu d’enthousiasme.

Malgré la pluie qui redouble, il faudra attendre le dernier plateau, pour retrouver cet enthousiasme, accompagné d’un swing à couper au couteau avec les deux stars du soir, le grand organiste français Eddy Louiss qui, après une longue absence (six ans) pour cause de maladie, a retrouvé il y a deux ans son Hammond avec un plaisir communicatif. A 72 ans lui aussi, il n’a rien perdu de sa fraîcheur, de son style empreint de chaleur, d’émotion et d’humour. Il est accompagné par un Richard Galliano pétillant, d’un lyrisme qu’il ne cherche pas à réfréner. Ce qui, au milieu des éclairs et du tonnerre, pas de provoque de belles étincelles. Tous deux ont eu la riche idée de venir avec une section de quatre violoncelles, instrument encore trop rare sur les scènes jazz. Leurs accents graves se mêlent merveilleusement au phrasé chaleureux de l’orgue et au discours « new musette » du piano à bretelle. Le concert sera malheureusement écourté par la pluie et l’heure qui tourne. On aurait pourtant aimé prolonger la rencontre !


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Richard Galliano © Marion Tisserand

Il est presque une heure du matin quand les projecteurs s’éteignent. Trois plateaux consécutifs, c’est trop pour un public qui n’est pas toujours en mesure d’attendre le dernier : bien souvent on travaille le lendemain et on vient de loin : Lyon, bien sûr, pour une bonne moitié, mais aussi Grenoble, Annecy, Chambéry. Or, comme ce soir, la dernière formation programmée est justement celle qu’il ne faudrait pas manquer ! Même si la pluie tambourine toute la soirée sur les K-Ways et les parapluies avec une insistance déplacée…


Line-up 1 - « Bigre ! » : Pierre Desassis, Fred Gardette, Thibaut Fontana, Mathieu Guerret, Romain Dugelay (saxes), Vincent Labarre, Thierry Seneau, Hervé Salamone, Félicien Bouchot (tp), Loïc Bachevillier, Sébastien Chetail, Jean Crozat, Sylvain Thomas (tb), Nicolas Mondon (g), Alice Perret (elp), Nicolas Frache (elb), Jean Joly (dms), Arnaud Laprêt, Jonathan Volson (perc).

Line-up 2 - « Aldo Romano & Enrico Rava » : Aldo Romano (dms), Enrico Rava (tp), Baptiste Trotignon (p), Thomas Bramerie (b).

Line-up 3 - « Eddy Louiss/Richard Galliano 4tet » : Eddy Louiss (org), Richard Galliano (acc), Jean-Michel Charbonnel (b), André Ceccarelli (dms).