Scènes

Alex Tassel Electro Sextet

de l’électricité dans l’air.


Concert donné à Rennes le jeudi 7 novembre 2002 à la Maison des Jeunes et de la Culture de Bréquigny, dans le cadre du festival « Jazz à l’Ouest » 2002, organisé par la MJC.

Alexandre Tassel (flg), Laurent de Wilde (elp), Daniel Romeo (elb), Stéphane Huchard (d), Guillaume Naturel (ts, fl), DJ Cam (platines).

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Alex Tassel par Stéphane Barthod

Depuis Eric Le Lann en 1989 à Rennes et Miles Davis en 1990 à Saint Brieuc, je n’avais plus été à un concert d’un trompettiste branché sur le secteur. C’est dire si ce concert d’Alex Tassel représentait pour moi la grande aventure ! Depuis, j’ai appris que le sieur Tassel est breton, cousin d’Eric Le Lann. Bref, un bon gars bien de chez nous.

Pour commencer, un morceau tiré de Bitches Brew enchaîné avec un morceau d’ In a silent way. Peu étonnant, car ce concert est un hommage à Miles Davis. D’où des sonorités qui répondent à mes souvenirs de Miles et de Le Lann, le grand cousin breton d’Alexandre, il y a plus de dix ans déjà. Daniel Romeo avec sa petite taille, son petit bonnet rouge, ses petites lunettes cerclées a l’air d’un Schtroumpf bassiste. Avec Huchard, il forme la rythmique la plus funky, la plus groovy que j’ai entendu depuis Sonny Thompson et Michael Bland avec Prince sur la scène de Paris Bercy le 1er septembre 1993. Ca date et de toute façon Sonny T et Michael B me faisaient mal au ventre tellement ils pulsaient. On n’en est pas là mais ça vous donne une idée, ami lecteur. Le DJ ponctue la musique de façon intelligente. Il n’est pas présent par effet de mode. Le bassiste a un son plus grand, plus gros que lui, c’est vraiment impressionnant. Il a beaucoup écouté Jaco Pastorius, bonne référence pour un bassiste. Guillaume Naturel prend un solo shorterien en diable sur Shhh. On est vraiment dans l’ambiance davisienne du tournant de 1969-70. Ca peut faire découvrir cette musique à certains jeunes auditeurs.

S’ensuit Edward K de Laurent de Wilde qui je suppose est un hommage à Edward Kennedy Ellington dit « The Duke ». John Lewis avait lui écrit un Maestro E.K mais dans un autre style. Ici, il s’agit d’une sorte de course poursuite entre rythmique et cuivres ponctuée par le DJ.

Une petite ballade pour calmer le jeu. Les cuivres introduisent puis s’effacent. Le son du bugle de Tassel est très pur, très éthéré. Puis vient un duo basse/flute traversière, gravité contre légèreté, ponctué par les saccades du Fender Rhodes.

Une autre ballade s’annonce, par le duo bugle/clavier. Le groove est tellement bon que j’ai l’impression d’être le Surfer d’Argent alors que je suis assis sur mon fauteuil. Tassel joue du bugle avec la pédale wah wah. J’ai l’impression quil est reparti dans du Miles des 70’s mais cette fois-çi je ne retrouve pas le titre.

Rappel

Alexandre Tassel revient seul sur scène. Il travaille beaucoup sa sonorité avec des effets d’écho, de réverbération. C’est Jean-Pierre, la fameuse berceuse de Miles Davis. Les autres musiciens reviennent progressivement. De Wilde, cigarette aux lèvres, se prend pour Stevie Wonder et joue un solo de guitare aux claviers. Naturel prend la suite au saxophone ténor accompagné du DJ. Quelques jeunes gens dansent devant la scène. Spectacle rare dans un concert de Jazz.

J’ai beaucoup aimé cette musique sur l’instant du concert. Après réflexion, je me suis demandé si le dernier cri de la modernité en jazz consistait à jouer ce que faisait Miles Davis il y a plus de trente ans ? Et puis, après tout, Alexandre Tassel est né en 1975. Il n’a connu cette musique que par les disques. Il se fait plaisir et en procure à son public en la jouant aujourd’hui. Il finira bien par trouver sa voie personnelle. Comme les peintres toscans de la Renaissance, les jazzmen d’aujourd’hui ne doivent ils pas s’imprégner des œuvres de leurs aînés avant que de créer la leur ?