Scènes

DAG fend l’espace

Le trio Domancich/Avenel/Goubert au Sunside à Paris (20 septembre 2006)


Sophia Domancich : piano
Jean-Jacques Avenel : contrebasse
Simon Goubert : batterie

Pour commencer, un morceau de leur Maître à tous trois, Steve Lacy, « As Usual ». Nous sommes enveloppés dans une vague de brume ponctuée de coups de tambours. On dirait une troupe de soldats fantômes errant sans fin. Un charme trouble et puissant à la fois. Ça repart, sur une impulsion de la contrebasse, avec des ponctuations rythmiques étranges. Le piano vient se joindre à la fête. Simon Goubert s’est lancé. La bataille fait rage mais les trois luttent ensemble contre les mêmes adversaires : la médiocrité, l’ennui, la répétition. Le jeu se calme avec un énorme solo de contrebasse ponctué par le piano et Goubert aux balais. Un duo fait de décalages rythmiques (la musique, art de décaler les sons) nous repose du fracas des peaux. Puis celles-ci les rejoignent, chauffant tel Vulcain à sa forge, et Goubert enchaîne sur une sorte de marche militaire.


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S. Domancich © H. Collon/Vues sur Scènes

« Rêve de singe », que Simon Goubert présente comme étant la toute première composition de Sophia Domancich. Le batteur fait glisser et crisser ses balais, évoquant la succion du flux et du reflux de la mer sur le sable. Un piano cristallin et une contrebasse profonde comme un puits dans le désert le rejoignent. L’ambiance est rêveuse, fantasmatique. La beauté est une chose rare. Elle est au rendez-vous ce soir. Simon Goubert est passé aux mailloches ce qui donne un son encore plus mystérieux à ses tambours. Le trio repart sur un tempo plus vif avec « Soliloque » (S. Domancich). Goubert se déchaîne, se calme puis repart de plus belle.

Pour la deuxième partie (il y en aura trois [1]), Simon Goubert annonce les titres, comme toujours. « Surface de réparation », signé Sophia Domancich, est une ballade. Des phrases sont lancées, retenues, reprises. La discussion est ardue et passionnante entre les trois musiciens. « Flex », de Steve Lacy, est introduit par son ancien contrebassiste, Jean-Jacques Avenel, qui donne le tempo en chantonnant. Les balais crèvent l’onde en glissant sur les tambours. Un magnifique duo piano/contrebasse s’ensuit, aérien par le premier, terrien par la seconde. Simon Goubert vient ajouter le feu de sa batterie et le tout évolue dans l’air.


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S. Goubert © H. Collon/Vues sur Scènes

« 5 mn plus tard », de Simon Goubert, débute par un solo aux baguettes très percutant, suivi par un dialogue avec le piano. Simon frappe de plus en plus fort mais Sophia ne se laisse pas faire. Avenel s’est infiltré dans le duel et y apporte toute son assise, sa solidité rythmique. Ça joue ! Un duo contrebasse (qui pose les fondations)/batterie (qui les démolit joyeusement) s’installe dans un bon esprit. Un solo de batterie pyrotechnique explose de toutes parts. Goubert en saute de joie sur son siège. Le trio conclut moins bruyamment mais toujours avec la même énergie. « Pour vous » (Goubert) calme le jeu. Le piano vient jouer « un troublant boléro », comme dit la chanson. Sophia, seule, nous emmène dans son univers, nous guide, voyageurs solitaires. Après ce solo poignant, le trio repart tout en douceur et en souplesse, et s’élève sans effort ni vertige.

Pour terminer le deuxième set, « Canoë » (Avenel) avance telle l’embarcation en question dans les courants d’une rivière joyeuse et tumultueuse. Ça swingue, c’est vif et jubilatoire. Domancich bat joyeusement la mesure avec ses pieds. Et DAG confirme ainsi sur scène l’excellente impression laissée par son album, sorti chez Cristal Records.


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J.-J. Avenel © H. Collon/Vues sur Scènes

par Guillaume Lagrée // Publié le 14 mai 2007

[1Dans le public, une quarantaine d’employés de la banque sponsor du groupe. Plusieurs ne tiendront pas le choc de la liberté, mais beaucoup resteront, enchantés.