Chronique

Bernard Santacruz

Lenox Avenue

Bernard Santacruz, b

Label / Distribution : Rude Awakening

Autant qu’on vous le dise tout de suite : Lenox Avenue est un album de contrebasse solo. La précision s’impose : ce n’est pas si évident à la première écoute. Non, les sons ne sont pas trafiqués, c’est bien une contrebasse. Un peu de « re-re » certes, mais sur une seule piste, pour mettre en scène un dialogue entre archet et pizzicato. Simplement, même s’il n’y a qu’un homme et une contrebasse, il y a beaucoup de monde dans cet album, ne seraient-ce que les amis dédicataires de certains des morceaux, que l’on reconnaît - ou pas - dans les titres ou dans la musique.

Mais si l’on a l’impression qu’il y a foule, c’est plutôt parce que Bernard Santacruz est un musicien multiple. D’ascendance jazz, cela saute aux oreilles et pas seulement sur des morceaux explicites comme « Lenox Avenue », « Frank L. » ou même « White Horses », plus rock : la tenue des notes, les attaques, le primat du rythme comme respiration, et une certaine conception du pizzicato. Mais qui sont les autres Santacruz ?

Celui de « Koniec » (le « bout », la « fin », en polonais), inquiétant et double, les cordes pincées, tordues, froissées au premier plan et l’archet jouant au loin une mélodie pas rassurante. Celui de « Nanna d’Amore », tendre et chantant, avec la sentimentalité grave et modeste d’une ballade traditionnelle. Celui, complexe, de « Nadja S. », comme une scène de cinéma, avec plans moyens et dialogues, laissant toute sa place à l’attente et au vide, ou de la très courte « Fugue » où l’on croit pouvoir toucher le son, tant il est palpable et concret. L’ami qui tire le portrait d’autres amis en les réinventant sur la basse (les glissandos de « Boni »...) Et tant d’autres encore...

Le souffle du contrebassiste n’a pas été retiré au mastering et c’est heureux. Sans nous en mettre plein l’ouïe, sans catalogue de procédés, sans virtuosité gratuite, Santacruz à nu fait parler sa basse au creux de notre oreille.