Scènes

Charles Lloyd Trio « Sangam »


Il y a quelque chose de paradoxal dans ce trio nommé Sangam (« confluent », en hindi). La musique n’est pas particulièrement brillante, pas très aventureuse non plus, sans être vraiment facile d’écoute. Charles Lloyd creuse le sillon d’un free-jazz en légère apesanteur où passent les ombres d’Albert Ayler et Steve Lacy. Le son aux anches est souvent mat, court en harmoniques comme un vin est court en bouche ; le jeu ne cherche pas la virtuosité. A l’inverse, Zakir Hussain est, aux tablas et percussions diverses, d’une prolixité parfois un peu démonstrative mais éblouissante (ah, la walking bass jouée au kanjira !). Eric Harland, dont le drumming vigoureux se distingue par la propension à marquer tous les temps à la grosse caisse - pratique peu courante dans les milieux jazz ! -, passe au piano de façon convaincante sans être un maître de l’instrument. Et pourtant… ça tourne !


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Charles Lloyd © F. Journo

Les morceaux, issus de l’album du trio, s’émaillent de citations parfois trop courtes pour qu’on y remette un titre. On croit reconnaître un court instant « Laura », un thème de Coltrane, un autre de Sonny Rollins… Et les Beatles avec une longue reprise de « Tomorrow Never Knows ». Un texte en anglais, traduit de la Bhagavad Gita. L’évidente complicité liant les trois instrumentistes instaure sur scène une atmosphère sereine qui finit par gagner le spectateur. Ni duel, ni démonstration de force : le dialogue des percussions et de la batterie est une conversation joyeuse, le duo de scats, indien pour Hussain et hip-hop pour Harland, est jubilatoire. Lloyd semble être lui-même ce fameux « confluent », lieu où se mêlent les eaux de deux fleuves. Le public, très nombreux, a salué debout la performance.