Chronique

Chrome Hill

En route

Asbjørn Lerheim (g) ; Roger Arntzen (b) ; Atle Nymo (ts, bcl) ; Torstein Lofthus (d)

Label / Distribution : Clean Feed

À coups de sons, Chrome Hill sculpte des paysages dans la masse sonore. Les coups peuvent être violents, mais le travail, le rendu n’en sont pas moins fins. Les formes et figures qui émergent créent ambiances et paysages pour un disque qu’on pourra qualifier d’atmosphérique, sans qu’il sonne désincarné pour un sou.

En Route est le septième album du quatuor norvégien Chrome Hill (ou presque : les deux premiers furent enregistrés sous le nom de Damp).
Le groupe se réclame d’Ennio Morricone, de Paul Motian, de Bill Frisell ; on songe aussi, à l’écoute, à Angelo Badalamenti, pour cet art du trait dans ce que les sons dessinent.

Les compositions d’Asbjørn Lerheim offrent à plus d’un endroit des aspects pour le moins tourmentés, chargés d’émotions diverses. Le guitariste dit les avoir écrites au fil de différentes phases de deuil, ainsi qu’au cours de l’épreuve que constitua le diagnostic d’épilepsie sévère de sa fille. Pas de démonstration de pathos pour autant : on suggère, d’un geste, davantage qu’on étale toute la palette.

Le saxophone ténor et la clarinette basse d’Atle Nymo procèdent par projections, par éruptions, quand les interventions percussives de Torstein Lofthus relèvent le plus souvent de l’esquisse suggestive. La contrebasse de Roger Arntzen, quant à elle, évoque davantage les implacables mouvements d’un serpent constricteur.

De l’unité mais non de la monotonie. Au gré du voyage, on traverse des ambiances orientalisantes (« Walk With Me »). Plus aride, le morceau titre (« En Route »), tout en énergie, envoie des éclats de bois sortis du burin, trace sa voie à la manière d’un déblayeur lancé à toute allure. « Desolation » s’annonce vif dans son introduction, avant que les lacérations se fassent plus rares, laissant entrer la gravité.

par Aymeric Morillon // Publié le 22 mars 2026
P.-S. :