Chronique

Craig Taborn, Nels Cline, Marcus Gilmore

Trio of Bloom

Craig Taborn (p, synth), Nels Cline (g), Marcus Gilmore (d)

Label / Distribution : Pyroclastic Records

Fruit d’une rencontre souhaitée par le poète et producteur David Breskin (il a collaboré avec John Zorn, Mary Halvorson, Kris Davis, etc.), ce trio rassemble trois voix assumées de la modernité américaine, transgénérationnelles et trans-esthétiques. Avec un parcours plutôt orienté vers le rock, de Wilco à Thurston Moore pour Nels Cline, une carrière qui compte à son actif une participation aux côtés de Steve Coleman, Ambrose Akinmusire ou Vijay Iyer pour Marcus Gilmore et les nombreuses collaborations tous azimuts qu’on ne présente plus ici pour le pianiste et claviériste Craig Taborn, la formation ne pouvait aboutir qu’à une de ces configurations musclées dans laquelle chacun s’en donne à cœur joie.

Plaçant l’enregistrement sous la figure tutélaire du trio Power Tools et son unique disque Strange Meetings (Antilles New Directions, 1987) qui réunissait Bill Frisell, Melvin Gibbs et Ronald Shannon Jackson, les trois musiciens proposent, en effet, une suite de compositions qui, selon les ambiances posées, donnent lieu à des interactions nombreuses où le groove règne en maître, donnant à chacun l’occasion de s’exprimer avec beaucoup d’imagination sans pour autant verser dans d’interminables et inutiles solos.

Le choix de textures synthétiques, grâce aux claviers de Taborn qui tient également des basses rampantes, la mise en place d’agencements hypnotiques à base de cellules longuement répétées, emportent l’auditeur dans un flux ensorcelant qui pourra rappeler (particulièrement sur le titre Bloomers) le meilleur du Miles électrique.

Toutefois, si l’alternance de titres qui semblent être des extraits choisis d’une improvisation collective et de morceaux plus écrits (comme le Eye Shadow Eye de Nels Cline ou Diana de Wayne Shorter) pouvait être louable, il manque sans doute une ligne clairement définie et une forme de concision qui auraient mieux servi les qualités indéniables de ce disque, sans doute malencontreusement mais fougueusement foutraque.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 22 février 2026
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