Scènes

Dave Douglas dans son laboratoire


Il existe, dans la discographie de Dave Douglas, quelques projets à part, soit qu’ils n’aient fait l’objet que d’un disque, soit qu’ils se situent à une période charnière de sa carrière. Leur particularité tient au fait qu’ils ont été pour lui de véritables laboratoires lui permettant de faire mûrir des idées naissantes. Il faut s’y intéresser chronologiquement car leur apparition débouche en général sur des réalisations ultérieures. Premier projet : « Sanctuary », sorte de double quartet en réponse au Free Jazz d’Ornette Coleman et à l’Ascension de Coltrane.


JPEG - 10.3 ko
Sanctuary (Avant, 1997)

C’est un événement important : la première période de la carrière de Douglas touche à sa fin : deux ans plus tard, c’en sera fini du quintet à cordes et du Tiny Bell Trio, groupes-phares des années de jeunesse. Il est à la recherche de nouvelles voies. Charms Of The Night Sky naît un an plus tard. Mais au-delà de l’intérêt du double album paru en 1997 [1] [2]. Très original, ce disque marque une nouvelle étape. Il regroupe, outre le leader, Mark Feldman (violon), Erik Friedlander (violoncelle), Drew Gress (contrebasse), Chris Speed (saxophone, clarinette), Joe Daley (tuba), Bryan Carrott (vibraphone), Mike Sarin (batterie), Joshua Roseman (trombone) et Yuka Honda (samples). Enfin, Tom Waits prête sa voix sur une des plages.


JPEG - 8.2 ko
Witness (RCA, 2002)

On navigue entre jazz et musique contemporaine, avec des effluves électroniques. Les passages très écrits, s’appuyant sur l’instrumentation variée et les associations de timbres surprenantes, côtoient les improvisations en solo ou à plusieurs. Comparée à « Sanctuary », « Witness » semble moins ancré dans le jazz, plus ouvert. Cette aventure - également scénique - sera sans lendemain. Mais une nouvelle fois, Douglas a expérimenté des alliages, des orchestrations, l’apport de l’électronique. Comme dans toute expérience, le résultat n’est pas parfait : un certain manque d’homogénéité, quelques longueurs. Mais l’expérience « Witness », la fin de « Charms Of The Night Sky », du sextet et du quartet, va favoriser l’émergence des groupes qui font encore aujourd’hui l’actualité du trompettiste.

Pour terminer la visite du laboratoire de Dave Douglas, intéressons-nous à Freak In, sorte d’ovni publié en 2003 [3]. Une fois encore, l’instrumentation - qui évolue en fonction du propos - est pléthorique : trompette, guitare, tabla, basse, saxophone, batterie, claviers divers et variés, électronique, voix. Les influences sont tout aussi diverses, avec des côtés rocks, folk, seventies… L’électronique est omniprésente, tout en restant discrète.


JPEG - 9 ko
Freak In (Bluebird, 2003)

Freak In est aussi l’occasion d’entendre des musiciens qui ne font pas partie des habitués : Jamies Saft, Romero Lubambo, Craig Taborn. Mais la grande originalité de l’album est ailleurs : les bandes ont été retravaillées en studio par Douglas et Saft, et la maîtrise du son est proche, dans l’esprit, de ce qui se fait dans le rock ou la pop. « Freak In » a tourné quelque temps, notamment en Europe [4]. Sans suite… Mais ce groupe s’inscrit dans une histoire qui débute avec « Sanctuary », passe par « Witness » et débouche sur « Keystone », même si cette dernière formation est nettement plus aboutie. Il y a fort à parier que le laboratoire va bientôt resservir…

par Julien Gros-Burdet // Publié le 21 septembre 2008

[1Sanctuary, Avant (1997).

[2voir Les hommages de Dave Douglas], « Sanctuary » est fondamental en ceci qu’il introduit les samplers, l’électronique dans son œuvre : c’est donc une véritable rampe de lancement pour Keystone ou Blue Nile, par exemple, ou son travail autour de Randy Weston.

Mais avant d’en arriver là, Dave Douglas va prolonger la réflexion : en 2001, il publie Witness [[Witness, RCA (2002.)

[3Freak In, Bluebird (2003).

[4Le concert de mars 2003 à Banlieues Bleues a été enregistré par Anaïs Prosaïc.