EYM Trio
Casablanca
Elie Dufour (p), Yann Phayphet (b), Marc Michel (d).
Label / Distribution : Kollision Records
Comment prononcer le nom de ce trio : « Eym » ou « E.Y.M. », sachant que ces trois lettres sont les initiales des prénoms des musiciens du trio ? Élie Dufour au piano, Yann Phayphet à la contrebasse et Marc Michel à la batterie. Avis aux spécialistes…
Mais l’essentiel est, on l’aura bien compris, dans le contenu tout autant que dans le contenant de cet album dont toute la musique a été écrite par le pianiste et traduit les nombreuses influences qui lui sont très chères : musiques bulgares, tziganes et orientales, et bien d’autres encore, tout ceci dans un esprit de grande ouverture que d’aucuns n’hésiteraient pas à qualifier d’utopie. Avec en outre une particularité concernant le piano, puisqu’Élie Dufour a mis à profit la période du confinement liée à la Covid pour faire créer une pédale mécanique et acoustique dans le but de rendre silencieuse la partie centrale de son piano et accéder ainsi à des modes de jeu inédits et donner à son piano la capacité de sonner comme un nouvel instrument, proche des instruments à cordes pincées. On sait la profusion de trios piano / contrebasse / batterie dans l’univers du jazz : cette démarche est aussi à comprendre comme le désir de faire entendre une voix différente.
Au-delà de cette caractéristique technique qui mérite d’être soulignée, il reste que Casablanca se présente comme un carnet de voyages luxuriant, porté par un jazz accordant une attention toute particulière à sa dimension mélodique, une invitation à même de faire voler en éclats toutes les frontières qui nous rappelle une fois encore que l’ouverture à l’autre, la curiosité et le brassage des cultures sont sans doute les dernières richesses qu’il faut apprendre à exploiter.
Signalons aussi que le disque bénéficie de belles illustrations du dessinateur Simon Lamouret que les musiciens ont eu la chance de rencontrer. À une époque où la musique enregistrée a bien du mal à se vendre, quand sa gratuité n’est pas considérée comme un droit, on ne peut que se réjouir du soin apporté à l’objet disque, dût-il s’appliquer à un digipack simple. Plaisir de l’œil, plaisir de l’oreille, plaisir du cœur. Que demander de plus ?

