Portrait

Ferdinand Doumerc, saxophoniste pulcinellesque mais pas que…

Rencontre dans son fief toulousain avec un des musiciens les plus prolixes du Sud-Ouest.


photo : Michel Laborde 2017

Figure majeure de la scène toulousaine, voici quinze ans qu’on croise Ferdinand Doumerc de manière régulière dans des groupes quelquefois improbables mais toujours très sérieux. Il nous parle de groove, jazz, funk au gré de son parcours musical.

Impossible de ne pas évoquer les turbulents Pulcinella quand on s’intéresse à Ferdinand Doumerc. Si le quartet est sans leader, le saxophoniste n’en constitue pas moins la figure de proue. L’histoire commence d’ailleurs avec lui un jour d’automne 2003. Ferdi – excusez le diminutif : celles et ceux qui fréquentent la scène toulousaine l’appellent ainsi – habite rue Réclusane à Toulouse. Il y voisine avec un réparateur d’accordéons qu’il sollicite car, après avoir joué dans différents groupes à forte coloration électrique, il a envie de se diriger vers une forme plus acoustique et, plus volontiers encore, vers un groupe avec un accordéoniste. C’est donc par le biais de ce facteur d’accordéons que se fit la rencontre avec Florian Demonsant.

C’est également Ferdinand Doumerc qui appelle Frédéric Cavallin après l’avoir rencontré à Cahors lors d’un concert du Big Band de l’Université du Mirail. Il était tombé sous le charme des envolées poétiques du batteur et envisageait la sensibilité exacerbée de Frédéric Cavallin comme une pièce foncièrement originale. Le batteur est resté dix ans, le temps de cinq albums. Et quand il s’est envolé vers d’autres contrées musicales, c’est encore Ferdinand Doumerc qui a sollicité Pierre Pollet, rencontré bien avant dans le Big Band Jazz Odyssée. Tout comme il dégota derrière les fagots - en l’occurrence Nude, un groupe de jazz toulousain, et après un passage ultra éphémère de Lionel Milazzo - le contrebassiste Jean-Marc Serpin.


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Ferdinand Doumerc (2017) par Michel Laborde

De fait, et même s’il s’en défend, Ferdinand Doumerc constitue la figure centrale de ce groupe phare de la scène toulousaine. On le trouve autant au commencement qu’en son centre. Mais il serait réducteur de ne retenir que Pulcinella car on croise le saxophoniste dans une multitude de projets et de groupes. Au sein de l’énormissime Initiative H, un très beau big band adhérent des Grands Formats, que dirige David Haudrechy, de Stabat Akish - un sextet aux accents zappaïens mené par Maxime Delporte -, des Headbangers de Nicolas Gardel, de Mowgli, co-dirigé avec Bastien Andrieu et Pierre Pollet ou encore d’un projet autour des musiques de James Bond - pour ne citer que ceux-là.

Ferdinand Doumerc écume les quatre coins de la scène toulousaine,et au-delà. On l’entend autant sur des scènes et des festivals prestigieux – Marciac, Jazz sous les Pommiers pour ne citer que ceux-ci – que dans des bistroquets minuscules. Car pour lui, la musique est un fait social. De fait, on ne sera pas étonné qu’il ait conduit avec Florian Demonsant et Patrick Faubert un album de musiques enregistrées dans la rue en y mêlant les bruits environnants. On l’a croisé dans des crèches, des maisons de retraite, des bars. Et s’il ne réserve pas la musique aux scènes conventionnelles, c’est aussi l’occasion de satisfaire ses envies d’expériences musicales.


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Ferdinand Doumerc (2017) par Michel Laborde

Impossible avec lui de ne pas parler de groove. Le mot revient régulièrement et on le sent bercé par la funk et ses représentants les plus importants. Son jeu nerveux en témoigne, tout comme l’admiration qu’il a pour George Clinton ou Prince. Il sera biberonné également par le rock progressif de King Crimson, Pink Floyd ou Yes. Le jazz arrive finalement assez tard, par le biais du Miles Davis des années 1970 – encore du groove ! – qu’il dégote dans la discothèque familiale. Doit-on préciser que quand Miles Davis apparaît dans son univers, il rembobine alors les fils du jazz et découvre tout un univers peuplé de John Coltrane, Wayne Shorter et autres Herbie Hancock ? Cette arrivée relativement tardive se fait-elle avec l’adoption définitive du sax au détriment de la guitare ? S’il apprit tout petit le sax, adolescent il grattait la six- cordes : dans le rock progressif qu’il écoutait alors, la guitare est bien représentée tandis que le saxophone est marginal. Il revient à ce dernier, moins pour l’instrument qu’en raison du constat qu’il n’y avait pas de saxophoniste parmi ses copains et les groupes qu’ils fondaient. Drôle de démarche, mais on fera le lien – et on aura raison – avec le sens du collectif qui l’anime. D’ailleurs, dans l’entretien, il dira qu’au-delà de son parcours, il cherche à faire vibrer tout un chacun en invitant le groove, l’avant-gardisme ou encore la tradition. Et ce sans aucun élitisme. S’il convoque volontiers « l’accident harmonique », c’est pour donner du sens à la dissonance avec le souci d’éviter, coûte que coûte, un positionnement qui ferait fi du public ou, pire encore, lui signifierait « je vous emmerde ». Une philosophie à laquelle on souscrit volontiers.