Portrait

Scott Clark, la communauté avant tout

Le batteur américain continue de se lancer de nouveaux défis.


Scott Clark @ Kai Eason

Le cocréateur du label Out Of Your Heads s’efforce également de mettre en lumière la scène musicale de Richmond en Virginie.

Après une enfance baroudeuse – son père est militaire –, le batteur américain Scott Clark atterrit en Virginie, d’où sa famille est originaire. Un instructeur lui fait écouter Buddy Rich et c’est le déclic. « À l’époque, je n’avais que des notions de batterie, avoue Clark. Alors, découvrir Buddy Rich était extraordinaire. » À l’origine, Clark se destine à la profession d’enseignant, mais au bout d’un an d’études, il s’aperçoit qu’il n’a pas l’étoffe de ce métier. Il poursuit néanmoins ses études à la Virginia Commonwealth University qui propose un cursus de jazz et dont le corps enseignant lui convient parfaitement. « Les professeurs vous encourageaient et leur rôle a été capital pour que je trouve ma propre voix, dit le batteur. Doug Richards et Howard Curtis, qui est un excellent batteur, m’ont permis d’élargir mes horizons. Howard, en particulier, nous faisait écouter des tas de disques, y compris des albums du Hal Russell NRG Ensemble ou de Roy Brooks. »

Durant ses études universitaires, il commence à peindre. « Nous avons un excellent musée à Richmond qui est gratuit et j’y allais tous les jours, explique-t-il. Je ne m’embarrassais pas du bagage technique. » Il s’intéresse également à la poésie. Tous ses centres d’intérêt se retrouvent sur son quatrième album Dawn & Dusk, sorti chez Out Of Your Heads Records, le label qu’il a co-fondé avec le contrebassiste Adam Hopkins et sur lequel il avait déjà sorti un album solo (This Darkness), qui faisait suite à deux enregistrements chez Clean Feed.

Dawn & Dusk @ Kai Eason

Ce projet en sextet est une manière de se lancer un nouveau défi en composant pour la voix. « J’avais depuis longtemps envie de travailler avec la voix, mais je ne savais vraiment pas comment écrire pour cet instrument », avoue-t-il. Est venue à son secours la chanteuse Laura Ann Singh, avec laquelle il joue également dans un duo qui interprète la musique du guitariste et compositeur brésilien Dorival Caymmi. « Elle m’a vraiment ouvert les yeux en me montrant des choses auxquelles je n’aurais jamais pensé comme le choix des mots. En effet, certains conviennent mieux à certaines notes ou à un certain registre », ajoute-t-il. Dawn & Dusk est une longue suite qui défile langoureusement. L’atmosphère sombre reflète la monotonie qui s’est installée durant la pandémie de Covid-19. Son approche cherche à se jouer des attentes de l’auditeur, à exploiter les contrastes tout en utilisant une large palette de styles.

La création d’un label s’inscrit au départ dans une démarche visant, entre autres, à promouvoir la scène musicale de sa ville. Comme le lui avait dit son ancien professeur, Howard Curtis : « Soit tu vas où il existe une scène, soit tu crées ta propre scène. » Sa rencontre avec Adam Hopkins en est un des résultats. À une époque, il côtoie nombre de musiciens en tournée. « J’organisais des concerts pour les artistes de passage car Richmond est sur la [autoroute] 95, dit-il. Si vous êtes en tournée sur la côte est et que vous voulez vous rendre de Washington en Caroline du Nord, vous êtes obligés de passer par Richmond. » Hopkins fait partie de ces musiciens. Ils garderont le contact jusqu’à ce que le contrebassiste décide de déménager à Richmond.

Laura Ann Singh et Scott Clark @ Kai Eason

Présenter des concerts fait vraiment partie de son ADN. En compagnie d’Hopkins, il programme actuellement une série mensuelle dans une galerie d’art, Art Space, afin de donner leur chance à de jeunes musiciens ou à des artistes qui n’ont pas l’occasion de se produire trop souvent. Une autre série vient de démarrer en collaboration avec l’Université de Richmond. Ainsi, en novembre dernier, il a joué en trio avec Hopkins et la flûtiste Nicole Mitchell, venue en voisine – elle enseigne désormais à University of Virginia.

Quant à ses prochains projets discographiques, Scott Clark entrevoit un enregistrement de son duo avec Singh, qui est déjà dans la boîte, et un album en leader dont l’accouchement pourrait s’avérer difficile. « Je l’ai déjà rêvé à plusieurs reprises, dit-il. Je l’ai déjà vu et entendu. Il me faut désormais trouver le processus, le temps et l’espace nécessaires pour coucher la musique sur le papier. »