Chronique

Frédéric Viale

Caméléon

Frédéric Viale (acc, melowtone).

Label / Distribution : Diapason

L’accordéon n’est pas né en France mais il y a connu une immense popularité durant la première moitié du XXe siècle. Cette représentation idéalisée doit beaucoup à la valse musette et aux bals populaires. Aujourd’hui, l’instrument ne cesse de se renouveler grâce à une imposante liste d’accordéonistes inventifs. Frédéric Viale a déjà plusieurs albums à son actif dont Toots simplement, dédicacé à l’harmoniciste belge Toots Thielemans. Ce fut d’ailleurs le premier album au monde enregistré au melowtone. Cet instrument proche de l’harmonica, fabriqué par une petite société française du sud de la France, fait de nouveau son apparition dans ce nouveau disque solo, Caméléon.

Le phrasé élégant de Frédéric Viale l’emmène dans des séquences exploratoires. « Canção da tarde » d’Hermeto Pascoal se déploie avec intensité ; plusieurs atmosphères s’y succèdent et la simplicité de la mélodie permet des modulations délicates. Les rencontres de Viale avec Nelson Veras et Marcio Bahia, batteur d’Hermeto Pascoal, ont laissé leur trace. « Sol pleureur », dédié à André Astier, accordéoniste virtuose et compositeur de renom, est divisé en deux parties dont l’une est empreinte de mélancolie alors que la seconde est irradiée par le soleil.

Seul, Frédéric Viale fait preuve d’une force créative qu’illustrent aussi bien la gravité de « Caméléon » que le swing communicatif de « Namely You », standard composé par de Paul et Mercer. Les effluves de blues ne sont pas en reste et « Gravy Waltz », écrit par Ray Brown, s’offre une seconde jeunesse. Trois compositions sont dévolues au melowtone, inventé par un ami de Frédéric Viale, Anatole Tee. L’« Extrait Symphonie No.3 » de Johannes Brahms déborde de solennité et la finesse avec laquelle les cycles respiratoires sont joués est épatante.

Caméléon démontre l’aisance avec laquelle Frédéric Viale passe d’un style à l’autre avec une vitalité exceptionnelle. C’est aussi la confirmation de ses talents de compositeur puisqu’il signe huit des dix-neuf pièces musicales.