
Tom Bourgeois Quartet
Lili
Tom Bourgeois (s, bcl), Alex Koo (p), Lennart Heyndels (b), Théo Lanau (d), Vincent Courtois (cello), Veronika Harcsa (voc)
Label / Distribution : BMC Records
En 2003, lors de la sortie du disque des frères Belmondo Hymne au soleil, enregistré en grande formation, beaucoup d’amateurs de jazz ont découvert la sœur cadette de Nadia Boulanger, Lili, née en 1893. Cette compositrice française déchiffrait les partitions avant même de savoir lire, ce qui impressionna fortement Gabriel Fauré, instigateur de ses premiers cours de piano. Ce nouvel hommage rendu par le saxophoniste et clarinettiste Tom Bourgeois, dédié à la première femme à avoir reçu le prix de Rome de composition musicale en 1913, s’oriente vers un jazz de chambre non dénué d’ardeur.
Lili est un album profondément expressif ; les réarrangements inspirés des pièces de Lili Boulanger puisent dans le jazz et la musique contemporaine. Les improvisations, toutes animées par une vitalité communicative, s’appuient sur des textures harmoniques étoffées. Historiquement, il est bon de rappeler que les harmonies des premières mesures de « My Favorite Things » choisies par John Coltrane sont les mêmes que celles d’« Hymne au Soleil ». Cette composition sacrée de Lili Boulanger resplendit ici avec la voix troublante de Veronika Harcsa. L’étendue de sa tessiture vocale exprime une sensibilité extrême dans « Attente » où règne un climat crépusculaire. Ces deux compositions sont rehaussées par des textes poétiques écrits par la chanteuse hongroise. S’il est l’un des musiciens français qui portent haut les couleurs du jazz sur la planète, Vincent Courtois s’implique fortement dans ce projet inspiré par la musique classique. La singularité de ses interventions toujours cohérentes et empreintes de lyrisme transcendent le matériau sonore, « Pie Jesu » et « Thèmes d’amour en canon (6te) » se parant d’intensité.
Un an avant son décès prématuré à l’âge de vingt-quatre ans en 1918, Lili Boulanger terminait sa « Vieille prière bouddhique », inspirée par le Visuddhimagga, vocable que l’on peut traduire par Purification. Le quartet en donne une version où s’impose une synergie parfaite entre les instrumentistes. Expert des synthétiseurs modulaires, Lennart Heyndels privilégie ici sa facette acoustique, et son jeu fluide à la contrebasse se fond dans les rythmes judicieux du batteur Théo Lanau. Prodige du piano, Alex Koo développe un langage moderne et donne des ailes à Tom Bourgeois qui signe là un disque essentiel de cette année 2025.
