Chronique

Hadouk Trio

Shamanimal

Didier Malherbe : sax, flûtes, doudouk, ocarinas, clarinette alto ; Loy Ehrlich : hajouj, kora, awicha, n’goni, claviers ; Steve Shehan : djembé, congas, derbouka, hadgini, sanza, balais, cymbales…

Label / Distribution : Celluloïd

Au commencement Hadouk était un duo, auteur d’un disque éponyme en 1995 : à ma gauche Loy Ehrlich, globe-trotter multi-instrumentiste ayant tourné avec Touré Kunda et Wasis Diop ; à ma droite Didier Malherbe le souffleur, membre historique du groupe Gong. Survient alors le troisième larron, Steve Shehan le frappeur de peaux qui complète le groupe en lui amenant une dimension percussive.

Donc, deux, puis trois lascars, parcourent les contrées musicales comme les continents. Par chance, il leur arrive de poser leur sac en studio ou sur scène. Pour notre plus grand bonheur. Ils ouvrent alors leurs bagages et en sortent des instruments de tous pays, de toutes sonorités, matière première d’un son et d’une inspiration mondialiste et exotique. Le nom du groupe parle de lui-même : Hadouk, fusion entre doudouk, étrange instrument arménien à anche double, et hajouj, luth basse à trois cordes de la confrérie des Gnawas du Maroc.

Parcourir la liste des instruments évoque la cuisine lointaine de pays mystérieux, révélatrice de saveurs nouvelles et pleine de mots inconnus dont la seule invocation à voix haute nous emmène par-delà les frontières : pékou, awicha, n’goni côtoient la kora, le doudouk et le hajouj déjà cités, ainsi que le hadgini, percussion hybride, improbable enfant d’argile du udu nigérien et du ghatam indien.

Les sonorités des différents instruments se complètent brillamment au sein de compositions riches et colorées : on retiendra particulièrement le mariage idéal de la kora et du hadgini dans Gopi, le clin d’œil africain niché au creux de la Salsa Movar, l’ocarina rieur introduisant le thème cartoonesque de Peau de banane… A ces morceaux rythmés répondent d’autres plages, nappes musicales nonchalantes prenant le temps de s’installer et de conquérir l’oreille de l’auditeur : La Course des nuages magnifiée par le saxophone soprano, Vegetal Groove, Shamanimal

Un voyage immobile, deux hémisphères entre les oreilles, des fragrances auditives inconnues. Bienvenue au pays de Hadouk.