Chronique

Isabelle Leymarie

La musique populaire et le jazz cubains

Label / Distribution : Editions du Jasmin

En 1997, les Editions Outre Mesure publiaient le livre d’Isabelle Leymarie Cuban Fire - Musiques populaires d’expression cubaine. Près de trente ans ont passé et la musicologue, qui a enseigné dans diverses universités américaines dont Yale, vient de consacrer son dernier ouvrage, La Musique populaire et le jazz cubains, uniquement aux musiques nées ou exportées sur le sol cubain. À cet égard, Cuba demeure toujours actuellement un vivier conséquent de musicien·nes, il suffit de parcourir les quatre coins de l’île pour en être convaincu.

Isabelle Leymarie passe en revue les instruments typiques, à commencer par les innombrables percussions qui vont des timbales au chekeré. Avant cela, elle aborde les diversités musicales sacrées et profanes qui établissent les liens indissociables entre rites et danse. Le Son garde depuis un siècle sa forte identité populaire et sa renommée est devenue internationale. Le jazz, quant à lui, fait ses débuts sur l’île à la même époque : le morceau « El Manisero », dont l’enregistrement dévoile le premier solo de trompette de genre latin jamais enregistré, sera repris par Louis Armstrong et Duke Ellington. On découvre les prémices de la fusion entre cette musique native des États-Unis et la diversité des rythmes cubains.

Leymarie propose ici un voyage historique conçu de manière encyclopédique. Les chapitres sont construits chronologiquement par décennies successives, chacune contant l’essor de genres musicaux qui allaient prospérer ou, pour certains, disparaître. On constate que l’inventaire des musiques populaires cubaines diffusées autour du monde s’étend progressivement à de nouveaux pays.

L’ouvrage témoigne de l’influence importante qu’ont toujours eue les artistes locaux de renom hors de Cuba. Le jazz est détaillé depuis son essor, dû en partie au tourisme nord-américain qui ne cesse de croître avant la révolution castriste, jusqu’aux formations contemporaines. On note que les jam-sessions se sont la plupart du temps développées dans des hôtels et que le Latin Jazz a commencé a attirer l’attention des États-Unis et de l’Europe tardivement, dans les années 1970.

Isabelle Leymarie rappelle les succès planétaires obtenus par le groupe Irakere au même titre que le phénomène Buena Vista Social Club. Mais c’est son érudition qui prime, la recherche du moindre détail sur la constitution d’une formation locale, le parcours obscur d’un artiste aujourd’hui oublié, tout cela aboutit à la somme d’un labeur méticuleux et considérable.