Chronique

Jean-Michel Oullion

Led Zeppelin - Même les dragons ont une fin

Douze années qui auront marqué l’histoire du rock. Lorsqu’en 1968, Jimmy Page (guitare), Robert Plant (chant), John Paul Jones (basse, claviers) et John Bonham (batterie) décident de rebaptiser les New Yardbirds [1] en Led Zeppelin, peut-être ignoraient-ils qu’ils ouvraient un long chapitre musical, tourmenté par le comportement des musiciens qui suscitera souvent l’affolement hors scène. L’histoire prendra fin en 1980 avec la mort prématurée, à 32 ans, de John Bonham, batteur de tous les excès qu’on surnommait Bonzo. Malgré quelques tentatives de résurrection et jusqu’à l’ultime concert à l’O2 Arena de Londres en décembre 2007, c’en est fini de l’aventure. Si Jimmy Page a souvent paru tenté par un retour de Led Zeppelin, Robert Plant n’a jamais caché que ses autres projets lui tenaient plus à cœur. Quant à John Paul Jones, beaucoup plus discret dans ses activités post-zeppeliniennes, il s’est volontiers prêté au petit jeu des retrouvailles, mais sans jamais en être le moteur.

C’est l’histoire de ce quatuor pas comme les autres que nous conte Jean-Michel Oullion dans ce Led Zeppelin – Même les dragons ont une fin (Les Carnets de l’Info) qui se décompose en trois parties : une biographie du groupe, sobrement relatée de manière chronologique, une discographie commentée aussi bien de Led Zeppelin que de ses membres après la dissolution du groupe, et enfin quelques pages sur la constellation Led Zeppelin, autrement dit les principales personnalités qui ont gravité autour du groupe au long de son histoire. Oullion tient aussi un blog qu’on peut considérer comme le complément logique de l’ouvrage.

Même les dragons ont une fin n’apprendra rien de nouveau aux exégètes de Led Zeppelin, qui connaissent par cœur l’histoire de leur groupe fétiche et ont entre les mains tous ses disques, y compris les bootlegs (dont certains ont fini par faire l’objet d’une publication officielle). Son principal mérite est de constituer un résumé honnête et bien documenté de la période où le groupe invente littéralement ce qu’on appellera sommairement le hard rock, caractérisé par une puissance inédite et un recours à la saturation du son qui n’avaient pas cours jusque-là. Mais Led Zeppelin ne saurait se limiter à une définition aussi rapide : du point de vue formel, le groupe a su recourir quand il le souhaitait à des formules plus acoustiques, parfois imprégnées de folk. Des décennies plus tard, un « Stairway To Heaven » (extrait du quatrième album – le meilleur ?) reste la synthèse absolue de son identité artistique. Tout commence en douceur - guitare acoustique, flûtes ; la voix de Robert Plant est caressante mais, peu à peu, le rythme s’accélère pour déboucher, dans la troisième partie, sur un fracas électrique qui laisse le chant s’évader vers le cri et la guitare de Page délivrer un chorus magistral.

Tout au plus pourra-t-on regretter que le livre soit construit sans axe d’analyse clairement défini. On voit défiler les douze années de l’existence du groupe, on comprend l’importance des uns et des autres dans sa musique, on connaît un peu mieux la nature des relations entre Page et Plant mais au final, on n’est pas certain de savoir pourquoi, trente ans après son arrêt brutal, Led Zeppelin continue de hanter les esprits de bien des musiciens. On aurait aimé savoir en quoi, selon l’auteur, Led Zeppelin fut si novateur, en quoi sa musique était aussi le fruit du contexte artistique de l’époque (sans le mouvement du rock progressif par exemple, il est probable que « Stairway To Heaven » ou « Kashmir » n’auraient pas vu le jour). Il se dit peu de choses sur l’héritage contemporain de Led Zeppelin, les traces qu’il a pu laisser dans la musique actuelle. Et ce n’est pas la drôle de conclusion de la première partie qui nous éclairera : l’auteur essaie de deviner ce que serait devenue la musique si Bonham n’avait pas disparu, à l’aune des disques des survivants. Ainsi Led Zeppelin aurait mis plus de world music dans son rock ? Simples supputations…

Et puis, avouons-le, ce portrait de groupe ne suscite pas vraiment la sympathie à l’égard des musiciens. Les seuls moments où l’on semble s’approcher d’eux sont souvent extra-musicaux et, pour tout dire, assez peu flatteurs. Peut-être n’y a-t-il d’ailleurs pas lieu s’en étonner. Néanmoins, les plus jeunes d’entre nous, ceux qui n’ont pas vécu cette page de l’histoire, trouveront ici un guide vers les disques à écouter. La discographie de Led Zeppelin n’est pourtant pas si abondante (neuf albums studio dont un posthume, auxquels on peut ajouter quelques enregistrements live) qu’on doive être sélectif pour comprendre le phénomène…

par Denis Desassis // Publié le 16 janvier 2012
P.-S. :


Pour ce qui concerne le jazz, l’histoire de Led Zeppelin croise quelques musiciens qui ont osé franchir le pas et célébrer sa musique en la transformant souvent de manière radicale, mais sans jamais la défigurer.
Ainsi, quand il était directeur de l’ONJ, Franck Tortiller a réalisé un hommage au groupe Close To Heaven en 2006. Et tout récemment, nous nous faisions l’écho de The Ocean, du groupe suédois LED, dont le leader Peter Danemo, revendique sa passion pour Led Zeppelin.

[1Ainsi dénommés parce que Jimmy Page, alors seul dépositaire du nom des Yardbirds dont il faisait partie jusque-là, avait souhaité affirmer clairement la spécificité du nouveau groupe qu’il créait.