Scènes

Lettre de Bruxelles no. 3


Commençons par les nouvelles les plus récentes : la remise des Django D’Or 2003, qui a eu lieu le 13 novembre.


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Erik Vermeulen © Jos L. Knaepen

Après le bassiste Philippe Aerts, c’est le pianiste Erik Vermeulen qui a reçu le prix du « Musicien confirmé. » Le saxophoniste Nicolas Kummert a remporté le prix « Nouveau talent, » ce qui ne surprendra aucunement ceux qui ont pu l’entendre au sein de Quatre ou du quartet d’Alexi Tuomarila. C’est à Jean-Marie Peterken, animateur du jazz à Liège et notamment organisateur du festival Jazz à Liège, que la SABAM a choisi de remettre son « Prix spécial » pour l’ensemble de ses contributions.

La scène a ensuite été cédée à l’Oratorio Ishango, le dernier projet du percussioniste Chris Joris, accompagné du Chœur symphonique de la Communauté française de Belgique. L’album, déjà paru en Belgique, atteindra la France en 2004.

La Belgique regorge de festivals en tous genres, mais le Free Music Festival d’Anvers se distingue par son attachement aux musiques improvisées. Le 9 août, le trio de Peter Broetzmann (ts, cl), William Parker (b) et Hamid Drake (d) a livré une prestation sublime. Les trois musiciens auront évoqué l’Afrique (métaphoriquement ou litéralement, quand Parker prend sa basse gnaoua), Count Basie par la puissance du rythme, et Ben Webster par le vibrato du saxophone, tout en évoluant dans la sphère d’un free jazz musclé et nuancé à la fois.

Au chapitre des étrangers, le pianiste Jason Moran, avec Tarus Mateen (elb) et Nasheet Waits, a montré que l’on peut intégrer toutes les facettes de la musique noire américaine (il n’a pas étudié avec Jaki Byard pour rien), du stride au hip hop, y mélanger des touches de romantisme et le saupoudrer d’idées farfelues (un enregistrement de voix féminine turque sert de partition), tout en gardant une cohérence et une individualité marquées. Le 7 novembre, il a laissé le public anversois bouche bée lors de la première prestation de son trio en Belgique.

Le saxophoniste Fabrizio Cassol est surtout connu comme leader d’AKA Moon, mais depuis plus d’un an, il s’acharne à déjouer les pièges et à découvrir les ressources de l’aulochrome, instrument inventé par François Louis. Après une première expérience dans la musique contemporaine, ainsi qu’une série de démonstrations, Cassol se tourne de plus en plus vers la musique improvisée avec son Aulochrome Seven Wheels.

Impatiemment attendu, l’album du jeune vibraphoniste luxembourgeois Pascal Schumacher. Le 15 septembre, son quartet a livré un concert dévastateur. Avec le batteur Teun Verbruggen, le bassiste Christophe Devisscher et le pianiste Jef Neve (qui ne devrait pas tarder à remporter un Django d’Or du « Nouveau Talent »), Schumacher a démontré une belle énergie, canalisée dans un jeu d’ensemble dense, nerveux et précis.

On se demande si la prochaine génération de jazzmen belges ne se détournera pas des chemins tracés par la nébuleuse liégoise (Cassol, Michel Massot, l’américain Garrett List) pour se recentrer sur un jazz plus mainstream, mais tout aussi vif et exigeant. Kummert et Neve en sont deux exemples, mais aussi Robin Verheyen, un saxophoniste de tout juste 20 ans dont le talent commence à éclater au grand jour.

Pour clore cette longue lettre, je vous invite à visiter be.jazz, qui contient les versions originales anglaises, plus détaillées, des informations ci-dessus, et bien d’autres choses encore.