Martial Solal/Dave Douglas

Rue de Seine

Martial Solal : p ; Dave Douglas : tp.

Distribution / Label : CamJazz/Harmonia Mundi

Une belle affiche ne garantit pas un beau spectacle.
La preuve en est de cet album.

Six compositions suivies de quatre standards. Deux albums en un. Aucun des deux ne permet la fusion entre les deux musiciens. Chacun a, certes, son heure de gloire - comme Dave Douglas dans son « Blues to Steve Lacy » avec un solo poignant -, mais les morceaux ne s’enchaînent pas, ne fusionnent pas. Comme si les musiciens étaient deux planètes, chacune parcourant son orbite propre sans jamais rencontrer l’autre, à l’image des amoureux des Cosmicomics d’Italo Calvino.

Martial Solal a déjà enregistré en duo avec un trompettiste. C’était Eric Le Lann, pour l’album Black and White, enregistré au festival Jazz à Vannes en 1999 et réédité en 2006. Le Lann joue dans le Big Band de Martial Solal depuis 1981. C’est dire si ces musiciens se connaissent, s’entendent, s’apprécient. Pour Rue de Seine, Solal et Douglas se sont découverts à distance, chacun écoutant l’oeuvre de l’autre. Ils n’ont pas répété ensemble suffisamment avant d’enregistrer et cela s’entend.

Certes Martial Solal ne cesse de gagner en sensibilité, en économie du jeu. Son accompagnement du « For Suzannah » de Dave Douglas devrait faire taire plus d’un détracteur. Il suffit cependant de comparer cette version-ci de « Body and Soul » avec celle enregistrée avec Le Lann pour saisir toute la différence entre une rencontre arrangée par une maison de disques et une conversation entre deux amis de longue date.

Guillaume Lagrée