Entretien

Monolithes

Entretien avec Louis Godart et Rémi Allain, membres du jeune groupe Monolithes.

Monolithes est un jeune groupe nantais qui fait tomber les barrières stylistiques, propose une musique fraîche et exigeante et fait déjà beaucoup parler de lui. Les scènes et festivals de la région ne s’y sont pas trompés et les voilà programmés un peu partout depuis le début de l’année. Ils s’attaquent maintenant à l’Hexagone, avec un disque sorti début juillet.

- Comment s’est formé le groupe Monolithes ?

Louis : J’avais envie de monter un projet qui aurait pour base le mélange des timbres de la guitare électrique et du vibraphone, avec une paire contrebasse/batterie pour soutenir le tout et un vrai travail sur l’espace sonore. J’avais déjà une idée assez précise des gens à qui je voulais faire appel pour ce projet, et par chance ils m’ont tous dit oui. Après une légère période de flottement au début, faute de temps de la part de chacun, on a enfin réussi à trouver le moyen de travailler vraiment le répertoire, et on a lancé la machine.


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Louis Godart. Photo Michael Parque

- Votre nom est-il en rapport avec une volonté de son « monolithique » ? Vous donnez l’impression d’être quatre musiciens dont les personnalités se fondent au service d’un son d’ensemble, un vrai son de groupe.

Louis : Le nom du groupe reste un peu mystérieux, même pour moi, et pourtant j’en suis l’auteur. C’est, de manière assez évidente, une référence au monolithe de 2001, l’Odyssée de l’espace, ça impose une présence, une ambiance, une direction et un point de mire pour l’esprit du groupe un peu mystique et fascinante. Mais je trouve votre analyse assez intéressante dans la mesure où c’est ce que l’on essaie de faire. Ça vous ennuie si je la reprends à notre compte ? (rires)

Rémi  : Pour moi, Monolithes renvoie à une BD, Le grand pouvoir du Chninkel, une réflexion sur notre incapacité à influer sur le cours de notre propre vie, sur notre société et plus généralement notre environnement ; c’est très humain et poétique, un peu sombre ; la couverture de l’album, c’est mon imaginaire du monolithe. Comme disent les musiciens de Supersilent, ce qui nous dirige, simplement, c’est jouer des sons qui nous plaisent ; la rencontre humaine et musicale nous conduit naturellement vers des jonctions esthétiques et cette matière, terre explorable/habitable, nous impose d’une certaine manière le mode de création musicale entre écriture préalable, arrangements collectifs, prise en compte des accidents improvisés pour revenir sur cette écriture. Une grosse histoire de digestion donc !


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Nathan Vandenbulcke. Photo Michael Parque

- Vos structures rythmiques sont élaborées ; elles semblent très écrites, proches de ce que l’on trouve dans le métal. Assumez-vous le fait de jouer une sorte de « math-jazz », comme on parle de math-rock, ou pensez vous que les étiquettes ont peu d’importance ?

Louis : Les étiquettes ne m’intéressent pas beaucoup. Manuel Adnot (Sidony Box, Aeris) a coutume de dire que c’est un truc de FNAC, ce avec quoi je suis assez d’accord. Je trouve qu’on passe parfois un peu trop de temps à se demander quel est le style de telle ou telle musique alors qu’il faudrait juste se demander « Est-ce que ça me fait ressentir des choses ou non ? ». Du coup, math-jazz… on nous a proposé « hard-jazz » aussi… Pourquoi pas ? Les gens font comme bon leur semble. Tant que ça ne cloisonne pas les choses… Nous, on dit plutôt « progressive jazz », mais si ça ne tenait qu’à moi on ne dirait rien du tout.

Rémi : Pour ce qui est des étiquettes, personnellement je trouve ça assez important aujourd’hui de pouvoir orienter l’imaginaire des gens pour qu’ils puissent se faire une idée, savoir un peu à quoi ressemble notre musique, du point de vue « presse et communication » ; donc, du moment que ces étiquettes ne nous dirigent pas, ça va… Il est regrettable par contre que les milieux musicaux soient aujourd’hui si cloisonnés, et c’est dû à une utilisation abusive et mal pensée des étiquettes.


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Rémi Allain. Photo Michael Parque

- Nombreux sont les jeunes groupes aujourd’hui qui optent pour ce type d’écriture. Ne craignez vous pas que cela bride les possibilités d’improvisation et de renouvellement par rapport à des formes plus libres, plus ouvertes, et que les limites en soient vite atteintes ?

Louis : C’est une question qu’on se pose un peu, mais à ce sujet, j’ai deux choses importantes à dire. Premièrement, on se débrouille pour que l’interplay soit présent en permanence dans la musique, même dans les parties les plus écrites. Du coup, même l’écrit peut être sujet à improvisation ou modification. Il arrive fréquemment qu’une chose écrite de telle manière se transforme, à l’occasion d’une nuance inattendue ou d’un geste imprévu, et plus on joue, plus c’est fréquent. Un des échos les plus fréquents sur nos concerts, c’est qu’on rigole, qu’on s’amuse, on se regarde tout le temps et on a vraiment beaucoup de plaisir à jouer et à faire vivre notre musique. On essaie d’avoir ça à l’esprit pour garder une part de fraîcheur, de spontanéité, même dans l’écrit qui est « inamovible » (mais ne l’est jamais vraiment).

Deuxièmement, on assume ce qu’on fait. Le jour où les formes assez « droites » nous ennuieront, on fera autre chose. On a d’ailleurs commencé avec un morceau, complètement différent de ce qu’on a fait jusqu’ici. Mais par nos cultures et parcours musicaux respectifs, l’écriture est quelque chose qu’on apprécie vraiment, autant que l’improvisation. Ces deux façons de faire se nourrissent l’une l’autre.

Rémi : Par rapport à l’improvisation, je pense que la plupart des musiques naissent d’un dialogue entre écriture et improvisation ; le raffinement d’une forme demande de travailler intensément les deux pratiques.


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Julien Ouvrard. Photo Michael Parque

- Monolithes fait déjà beaucoup parler de lui. Votre première scène, c’était en première partie de Birds of Paradise au Pannonica, et Franck Vaillant a dit : « Si j’avais un label, je les signerais tout de suite ». Vous avez joué aux Rendez-vous de l’Erdre cet été, ainsi qu’aux Soleils Bleus avec Guillaume Perret comme invité, et vous avez remporté le Tremplin Jazz 44. Comment allez-vous faire pour gérer cet engouement et faire évoluer sereinement votre projet artistique loin de toute frénésie ?

Louis : Pour l’instant, je considère qu’il n’y a rien à gérer de ce point de vue. On a la chance d’être soutenus assez tôt dans la vie du groupe par des gens qui comptent dans le réseau jazz des Pays de Loire, et on en a conscience. On bosse, on fait les choses bien pour être dignes des ouvertures qui nous sont proposées, tout en gardant la tête froide et en restant sincères et égaux à nous-mêmes. Je pense que l’appartenance à la scène jazz permet justement de ne pas avoir à gérer un « engouement frénétique », comme tu dis. Les gens me semblent globalement bien intentionnés et respectueux des projets, des musiciens, des intentions, et pas du tout dans une démarche de consommation et de recherche absolue du buzz qui s’essoufflera aussitôt la bonne idée exprimée.

Rémi : Question scène/popularité, on a la chance d’avoir de belles occasions de faire entendre cette musique ; on va donc faire le maximum pour leur montrer le meilleur Monolithes possible, ça nous donne envie de travailler d’autant plus…

- Qu’en est-il de l’album ?

Louis : Un EP (longue durée puisqu’il dure 45 min…) autoproduit, intitulé Monolithes, est sorti le 2 juillet au festival Soleils Bleus à Saint-Herblain, où a justement eu lieu la création avec Guillaume Perret dont tu parlais, après deux jours de résidence en sa compagnie.

Rémi  : L’EP est super !!!


Monolithes : Louis Godart (g) ; Julien Ouvrard (dm) ; Nathan Vandenbulcke (vib) ; Rémi Allain (b)

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