Scènes

Oan Kim, un peu plus lent que les battements du cœur

Oan Kim and the Dirty Jazz étaient au New Morning.


© Brigitte Bouillot

C’était salle comble en ce jeudi 2 février au New Morning à Paris.
Oan Kim et son groupe de musiciens, Benoît Perraudeau (guitare), Dany Lavital (claviers), Paul Herry-Pasmanian (basse), Simon Lemonnier (batterie) donnaient un concert, programmé à l’occasion de la sortie de l’album Oan Kim & The Dirty Jazz, le 28 Janvier dernier, sous le jeune label Artwork Records.

Oan Kim au New Morning © Simon Kim

Oan Kim, compositeur, saxophoniste et chanteur, livre un premier opus inscrit dans un riche parcours artistique et musical : diplômé de l’ENS des Beaux-Arts en photo et du CNSM de Paris, pratiquant aussi le piano, le violon, les claviers et la guitare, Oan Kim explore depuis toujours les musiques entre classique, jazz et musique contemporaine en passant par le pop-rock indé.
Remarqué et maintes fois récompensé en France et à l’étranger comme compositeur de musiques de films, mais aussi comme photographe et artiste vidéaste, il convoque, dans sa musique, un jazz habité par des références merveilleusement azimutées.
Dès l’ouverture du concert, une sorte de tension s’installe par un tempo, comme très retenu et dont on recherche aussitôt, sans vraiment la saisir, la pulsation. Puis on cède, tout au long du concert, au balancement d’une musique mouvante, parfois suppliante et chargée d’émotions et dont se dégage une certaine mélancolie, au charme irrésistible.

Le rythme enveloppant de ces étonnantes compositions s’inscrit dans une écriture jazz qui prend vite toute sa liberté, au-delà de ses propres frontières.
Oan Kim joue, change de saxo, chante d’une voix dont la tessiture évoque la mélancolie de Portishead, Anthony and the Johnsons voire Chet Baker. Entre deux envolées d’un saxophone parfois vertigineux qui répond à la guitare, non moins habitée, il livre des moments musicaux entre ballade folk et standard de jazz, ponctués de parenthèses audacieuses et totalement expérimentales entre modal et spiritual.

Les titres des albums sont autant de promesses d’émotions que la convocation d’un souvenir, l’évocation presque cinématographique d’un intime, révélés à travers l’écriture musicale d’un artiste à l’insatiable créativité.
Le secret de ce concert résidait peut-être dans notre capacité d’écoute au-delà du moment musical joué par des musiciens ; savoir écouter, dans toute sa dimension, la musique d’un artiste d’image et de son ; entendre avec ses yeux et voir avec ses oreilles dès les premiers… « Whispers », premier titre de l’album.