Tribune

Paul Motian, par Daniel Yvinec


C’est une chance de croiser dans son existence un jeune homme de 77 ans vif comme l’éclair qui vous enseigne la musique par l’évidence.

Enregistrer avec Paul Motian a été une expérience impalpable et à bien des égards inexplicable. Sans casque, ni répétition au Studio Sear Sound, NYC, on comprend dès les premières notes qu’avec une paire d’oreilles comme celles-là rien ne peut vous arriver au cours d’un voyage où la musique décide à votre place, où la confiance va bien au-delà des échanges humains.

Finalement, de Motian je ne connais pas grand-chose - un homme espiègle, facétieux, en éveil et nimbé de mystère. De l’homme avec qui j’ai partagé quelques heures de musique, j’ai le sentiment étrange de connaître tous les recoins sans pourtant les avoir explorés, la musique le révèle en pleine lumière tandis qu’il dissimule son regard perçant derrière d’opaques lunettes noires.

Dans le grand monde de l’internet en « liberté » on lit : « Coloriste et créateur d’ambiance plus que rythmicien, le style de Paul Motian bouleverse les conventions de la batterie »

Lorsqu’on a la joie de « jouer » avec lui, on ressent au contraire une force rythmique omniprésente. Créer de l’espace, honorer le silence, c ’est mieux encore comprendre le rythme. Motian est de ces grands maîtres qui n’ont en rien besoin de formuler ce qu’ils proposent ; il fabrique sans contrainte des guirlandes de poésie dont il habille celui qui écoute, mais aussi celui qui parcourt avec lui un terrain de jeu que son effarante imagination rend toujours un peu plus passionnant.


Paul Motian © Hélène Collon/Objectif Jazz


par Daniel Yvinec // Publié le 7 janvier 2012
P.-S. :

La chronique de l’albium Songs from the Last Century (Daniel Yvinec, Guillaume de Chassy, Paul Motian, Marc Murphy) sur Citizen Jazz