Un siècle de jazz italien
Imprégnée par la créativité, l’histoire séculaire du jazz italien s’est incarnée dans des protagonistes fascinés par la notion de liberté.
Enrico Rava © Mario Borroni
Si dans la mythologie grecque le nom Italia provient d’Italos, législateur encensé pour sa justice et sa manière de gouverner, il ne désigne au Ve siècle qu’une partie de l’Italie du Sud. Particularité italienne, la floraison de dialectes y est conséquente, on en dénombre encore plus d’une trentaine actuellement qui influent toujours sur les créations artistiques. Le jazz hérite d’un patrimoine musical imposant, depuis les hymnes de Saint-Ambroise en 386 après J.C. jusqu’à la première représentation de l’Orfeo de Claudio Monteverdi en 1607 qui fera de l’Opéra un genre musical qui ne cesse de se réinventer jusqu’à nos jours. Cent cinquante villes de la péninsule possédaient un théâtre d’opéra au XVIIIe siècle et ce sont désormais une multitude de musicien·nes de jazz qui ont pris l’habitude de s’y produire en tirant parti de cette acoustique exceptionnelle.
Le jazz est né entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle au sein de la communauté afro-américaine mais il est bon de rappeler que la nation italienne n’est guère plus âgée, puisque la proclamation du royaume d’Italie est effective en 1861. Le 2 juin 1946, un référendum met fin à la monarchie à un moment où le jazz est déjà bien diffusé sur les ondes des radios et avec une popularité qui ne cesse de croître au sein de la population. Imprégnée par de multiples courants musicaux, la créativité du jazz italien s’est définitivement affirmée à l’échelle planétaire.
Les prémices du jazz en Italie
Les prémices du jazz arrivent en Italie au début du XXe siècle. En 1904, au théâtre Eden de Milan, une troupe de chanteurs et danseurs sont présentés comme les créateurs du cake-walk. Le rythme de cette danse populaire dans le Sud des États-Unis donnera naissance au ragtime. Parallèlement, l’importante immigration italienne aux États-Unis commencée dans les années 1880 connaît son apogée au tournant du XXe siècle. Les courriers envoyés aux proches restés au pays évoquent le mode de vie d’outre-Atlantique ainsi que l’émergence d’une grande diversité musicale dont un nouveau venu, le jazz.
Originaire de Sicile, Giorgio Vitale, plus connu sous le pseudonyme de « Papa » Jack Laine, est considéré par certains historiens comme le premier musicien de jazz blanc. Saxophoniste, il fonde son premier brass band en 1888 avec un répertoire qui comprend des marches et du ragtime. Il est le leader du Reliance Brass Band qui va inspirer de nombreux orchestres.
Son compatriote sicilien Giuseppe Alessandra se fait connaître sous le nom de Joe Alexander et devient vite un joueur de tuba réputé. Salaparuta était la ville natale du père du chanteur et trompettiste italo-américain Louis Prima et du père de Nick La Rocca qui débarqua aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Né à la Nouvelle-Orléans, Nick La Rocca fonde en 1916 l’Original Dixieland Jass Band avec quatre de ses amis et il compose « Tiger Rag » qui va devenir une composition légendaire. Il passera à la postérité pour avoir enregistré avec son combo le premier disque jazz de l’histoire, Livery Stable Blues.
La succession de La Rocca est assurée par un autre Italo-Américain, Tony Sbarbaro, ce qui témoigne de l’importance qu’ont eue tous ces instrumentistes d’origine italienne aux côtés de leurs collègues afro-américains. Beaucoup pensent que le violoniste Joe Venuti est né aux États-Unis, il n’en est rien. Il voit le jour à Lecco dans la région de la plaine du Pô et débarque aux États-Unis avec ses parents. Considéré comme le pionnier du violon jazz, il s’associe au guitariste Eddie Lang, pseudonyme de Salvatore Massaro dont la famille est originaire des Abruzzes.
L’arrivée du jazz après la Première Guerre mondiale.
La Première Guerre mondiale va accentuer la diffusion du jazz en Italie. L’un des premiers artistes à pratiquer le jazz en Italie fut le banjoïste Vittorio Spina qui se joint à la formation du Sergent Griffith au siège du YMCA à Rome en 1917. [1] Les années vingt voient l’éclosion de nombreux orchestres de jazz dans des villes italiennes : l’Orchestra del Trianon de Milan dirigé par Nicola Moleti qui enregistre en 1919 « At the Jazz Band Ball » issu du répertoire de l’Original Dixieland Jazz Band, le Syncopated Orchestra du batteur milanais Arturo Agazzi, l’Ambassador’s Jazz Band du saxophoniste Carlo Benzi où se produit le pianiste Gaetano Milietto Nervetti, considéré comme l’un des pionniers du jazz italien. Cesare Galli s’illustre par l’aisance avec laquelle il passe du violon au saxophone ténor tout en s’impliquant dans de nombreux groupes.
Le saxophoniste et clarinettiste Sesto Carlini se produit au Théâtre Costanzi de Rome et effectue une tournée en Égypte en 1922. À son retour en Italie, il décide de se consacrer exclusivement au jazz avec sa formation et enregistre plusieurs albums pour les labels Gramophone, Ricordi et Persic Fono Roma. Toujours en 1922, le contrebassiste et guitariste Antonio Semiglia dirige plusieurs groupes de jazz et connaît un certain succès avec son quartet dénommé Jazz Le Perroquet où se distingue le violoniste Carlo Minari.

- Louisiana Orchestra, Direction Piero Rizza - Gênes 1928 © Adriano Mazzoletti
À Gênes, on note des formations réputées, le Blue Star de Pippo Barzizza, le Louisiana Orchestra du contrebassiste Piero Rizza. À Milan le Mediolana Band avait pour habitude de jouer au cinéma Corso. Parmi ses dix membres on note qu’Adolfo Egidi pratique le hautbois en plus du saxophone alto et de la clarinette alors qu’Ettore Vogogna se consacre au violon, ce qui préfigure une esthétique musicale typiquement européenne. Le chanteur Pippo Starnazza se fera une place de choix dans l’orchestre Hot Pickers de Nanni DalDello avant de former son groupe Quintetto del Delirio. Mais il est surtout considéré comme le premier Italien à chanter en scat, ce qui lui vaudra d’être surnommé Squà-Squà, et certains de ses disques le présentent comme Pippo Starnazza & i suoi Squà Men.
la formation d’Armando Di Piramo va enregistrer une version jazz de « Gigolò », qui connaîtra un succès international sous le titre « Just a Gigolo »
À Florence un orchestre s’illustre, le Palace Jazz Band de Rodolfo Del Largo. Quant à la formation d’Armando Di Piramo, elle va enregistrer une version jazz de « Gigolò », morceau composé par le pianiste Leonello Casucci. Cet air interprété par l’acteur Luigi Romigioli et ensuite par Daniele Serra connaîtra un succès international en 1931 grâce aux reprises de Bing Crosby et de Louis Armstrong sous le titre « Just a Gigolo » avec des paroles d’Irving Caesar. Louis Prima et Thelonious Monk en feront un tube planétaire. Influencé par Django Reinhardt, le guitariste Alfio Grasso se produit souvent avec son frère Rosso Grasso et intègre le Carlini’s Reunion Band à Rome en 1932 avec le tromboniste et vocaliste Herb Flemming.
À Milan, on trouve le trompettiste Astore Pittana, les frères Mojetta, tous deux trombonistes dans l’Orchestra Cetra dirigé par Pippo Barzizza, et le guitariste Vittorio Spina - un précurseur qui a commencé à jouer du jazz en 1917. Le violoniste Americo Del Ventura va animer l’orchestre d’Harry Flemming avant de former son groupe en 1934. Prodige du piano qu’il étudie assidument dès l’âge de cinq ans, Gino Filippini forme l’un des premiers combos de jazz tout en se produisant dans de nombreux orchestres. Mais n’oublions pas la contribution importante des musiciens en provenance du sud de l’Italie qui ont permis une diffusion croissante du jazz dans la péninsule. Ardent défenseur de cette nouvelle musique, le guitariste Michele Ortuso fut l’un des premiers virtuoses au banjo en Italie. Il fonde le Mike Ortuso Quartet et deviendra l’un des protagonistes de l’Orchestra Jazz Columbia à Milan et de l’Eiar Orchestra à Turin. Le saxophoniste et clarinettiste Vito Morea, lui aussi originaire des Pouilles, a apporté ses idées novatrices au sein de nombreux orchestres.
Fascisme et jazz
La prise de pouvoir de Benito Mussolini en 1922 transforme profondément les structures politiques, culturelles et sociales : le fascisme n’a d’autre but que de contrôler la totalité des activités de la société. La police écrase les activités des groupes antifascistes et la presse est censurée. La musique est impactée par cette propagande totalitaire et la dictature censure le jazz, y voyant l’expression de cultures étrangères. Seul le parti communiste italien résiste et alimente un réseau clandestin.
Les musiciens américains de renom commencent à découvrir le charme de la péninsule, Louis Armstrong se produit le 15 janvier 1935 au théâtre Chiarella de Turin et, malgré la défiance du régime, un jeune musicologue antifasciste, Massimo Mila, va faire un compte rendu dithyrambique de ce concert.
En 1937 un ministère de la culture populaire est créé et Mussolini adopte un discours ouvertement raciste dès 1938. Mais le dictateur a une épine dans le pied : l’un de ses enfants, Romano Mussolini découvre le jazz dans les années trente par des magazines et se consacre alors pleinement à cette musique qui le fascine. Il deviendra après-guerre un pianiste estimé et enregistrera en 1956 son premier album chez RCA. Il sera néanmoins souvent difficile pour le public de dissocier l’artiste de son père.
Gorni Kramer avait constitué sa propre formation de jazz dès l’âge de vingt ans en 1933 mais il est exclu de l’Organisme italien des audiences radiophoniques (EIAR), où le jazz est désormais interdit. Il n’hésite pas à défier le pouvoir dictatorial et travaille avec Natalino Otto, chanteur de swing - banni lui aussi à la radio.
Un évènement notable se produit en 1938 avec la publication du premier livre consacré au jazz, co-écrit par Ezio Levi et Gian Carlo Testoni, Introduzione alla vera musica di Jazz publié par Renato Levi. S’ils portent le même nom, les deux Levi n’ont pas de lien de parenté. Disquaire de référence à Milan, Renato avait permis au jeune Ezio de découvrir de nombreux musiciens de jazz, l’incitant ainsi à fonder avec son ami Gian Carlo Testoni le premier club de jazz milanais, le Circolo Jazz Hot. Renato s’opposa à l’interdiction formelle du régime totalitaire de continuer à importer des disques de jazz américains. Les fascistes ne tardèrent pas à le dépouiller de tous ses biens. De confession juive, il fut déporté à Auschwitz le 11 décembre 1943 et il y mourut quelques semaines plus tard, le 23 janvier 1944.
Bon nombre des premiers enregistrements en 78 tours de ce jazz naissant sont rares et donc recherchés. Leurs matrices originales furent détruites lors des bombardements durant la Seconde Guerre mondiale, la majorité des maisons de disques étant situées dans deux villes endommagées, Milan et Turin. [2]
Structuration et développement
Au pays du Bel canto, il n’est pas étonnant que les groupes vocaux attirent l’attention du public.
Le Trio Lescano, composé d’Alessandra, Giuditta et Caterina Lescano, connaît son heure de gloire de 1936 à 1943. Le trio est connu pour sa virtuosité vocale raffinée et ses harmonisations héritées du jazz.
Le Quartetto Cetra fait ses débuts en 1941 dans un show radio intitulé Riepilogando. Ce quartet introduit une dose de swing tout en harmonisant des chansons frondeuses. Il ne tardera pas à flirter avec le rock’n roll dès 1956.
Dans les années soixante, les frontières entre le jazz et les chanteuses à succès sont souvent poreuses. C’est la collaboration musicale entre Ornella Vanoni , Gerry Mulligan, Gil Evans, Herbie Hancock qui va intensifier les rapports entre le jazz et la chanson italienne.
Pianiste et compositeur de renom, Armando Trovajoli s’est fait la main en 1937 dans la formation de Rocco Grasso et en 1939 dans l’orchestre de Sesto Carlini. Dix ans après il représente l’Italie au Festival de Jazz de Paris. Son immense talent lui permettra de partager la scène avec Django Reinhardt, Stéphane Grappelli, Duke Ellington et Miles Davis.
De grands arrangeurs se font connaître : Francesco Ferrari, les multi-instrumentistes Franco Mojoli et Roberto Nicolosi - celui-ci fut le premier à diriger une série d’enregistrements dédiée au jazz italien de 1946 à 1948, dénommée Jazzisti italiani.
Parallèlement, le contrebassiste Carlo Loffredo crée à Rome, avec un groupe d’amis, un club de jazz qui organise des séances d’écoute, des jam sessions et des événements musicaux.
Durant l’été 1945 la première émission radiophonique dédiée au jazz intitulée La galleria del jazz fait son apparition sur les ondes italiennes. En pleine gloire, Louis Armstrong et son All Stars sont acclamés par le public en 1949 à Milan et le trompettiste baptise une formation romaine qui fera swinguer la ville durant de nombreuses années, le Roman New Orleans Jazz Band.
S’il a appris la théorie musicale et à jouer du saxophone, Nicola Arigliano se fait un nom en chantant dans plusieurs orchestres où il côtoie les jazzmen les plus en vue de l’après-guerre. Il devient célèbre en participant en 1952 au Newport Jazz Festival. De l’autre côté de l’Atlantique, l’Italo-Américain Remo Delmo Belli apporte un son révolutionnaire en 1957 dont vont s’emparer les batteurs et les percussionnistes. Avec l’aide d’un chimiste, il met au point la première peau synthétique à partir d’un matériau appelé Mylar et révolutionne à jamais les peaux de batterie jusqu’alors faites de cuir animal. Grâce à la générosité d’une poignée de collectionneurs, le meilleur du jazz italien enregistré depuis un demi siècle est heureusement préservé et fait l’objet de rééditions par Riviera Jazz Records.
Au début des années cinquante apparaît Notiziaro Jazz, magazine ronéotypé illustré par des dessins de Roberto Capasso, mais la référence demeure Musica Jazz. Passionné par la musique afro-américaine dès la première heure, Arrigo Polillo en devient rédacteur en chef dès 1947 et directeur à partir de 1965. Il publie en 1958 Il Jazz Moderno - Musica del dopoguerra, essai qui par son analyse pertinente figure parmi les ouvrages de référence internationaux consacrés au jazz. Il se démène pour organiser des concerts en lien avec deux impresarios américains incontournables, Norman Granz et George Wein, et fait venir les stars américaines (Duke Ellington, Sydney Bechet, Dizzy Gillespie, Lionel Hampton, Chet Baker, Stan Kenton, Gerry Mulligan…).
Jazz et cinéma
Les années cinquante vont définitivement consacrer le jazz en Italie grâce au mariage réussi entre cette musique et le septième art. Le cinéma italien en pleine effervescence va aborder une multitude de styles qui passent du néo-réalisme de Roberto Rossellini et Vittorio De Sica à l’imagination fertile de Federico Fellini. Les orchestres de studio s’emploient à déchiffrer des partitions imprégnées par le bebop et le jazz californien. L’atmosphère de films devenus cultes est imprégnée par de nombreux chefs-d’œuvre musicaux. Les bandes-son produites par Piero Umiliani, Francesco De Masi, Ennio Morricone, Armando Trovajoli, Piero Piccioni, Nino Oliviero, Carlo Rustichelli, Bruno Nicolai, Riz Ortolani participent à la rénovation socio-culturelle d’un pays en pleine mutation.
Indissociable des films de Federico Fellini, Nino Rota va durablement inspirer le milieu du jazz italien par la force émotionnelle qui se dégage de ses musiques.
Jazz moderne et échanges avec les musiciens américains
En 1956 a lieu le premier Festival de jazz de Sanremo co-dirigé par Arrigo Pollilo et Pino Maffei mais l’évènement Birdland 1956, organisé successivement à Milan et Turin, fait une très grande impression et va durablement marquer les artistes italiens qui se prennent de passion pour le bebop.
Alberto Alberti tombe lui aussi sous le charme et avec son ami Antonio “Cicci” Foresti ils créent le Bologna Jazz Festival en 1958. Jamais à court d’idées, Alberto Alberti va également ouvrir à Bologne le légendaire Disclub, magasin entièrement dédié à l’importation de disques de jazz, lieu de rencontres incontournable.
L’un des premiers instrumentistes à défendre ce jazz moderne se nomme Nunzio Rotondo, trompettiste influencé par Miles Davis. Il forme le sextet du Hot Club de Rome dès 1949. Entièrement dévoué au bebop, il enregistre les premiers disques de ce style en Italie. Sa notoriété est telle que certains de ses enregistrements sont publiés sur le label Columbia aux États-Unis. Un pas décisif est franchi avec l’association de deux musiciens influencés par le cool jazz californien qui fondent le Sestetto Italiano , le saxophoniste Gianni Basso et le trompettiste Oscar Valdambrini .
Les trombonistes Mario Pezzotta et Dino Piana - qui collaborera par la suite avec Charles Mingus et Bob Brookmeyer, les saxophonistes Glauco Masetti , Attilio Donadio, le pianiste Renato Sellani, le contrebassiste Giorgio Azzolini et le batteur Gianni Cazzola vont jouer avec enthousiasme cette musique exigeante. Il suffit d’écouter « Blues for Gassman » pour saisir l’originalité de l’écriture orchestrale. Le saxophoniste baryton suédois Lars Gullin et le contrebassiste américain Jimmy Pratt se joignent à ce groupe qui jouit d’une grande estime aux États-Unis. Gianni Basso intègre ensuite trois big bands renommés, le Kenny Clarke-Francis Boland Big Band, le Maynard Ferguson Big Band, le Thad Jones Big Band, et il deviendra l’un des musiciens de studio très recherché. Oscar Valdambrini se produit souvent avec Chet Baker et avec l’orchestre de Duke Ellington en Italie. Créatif, Renato Sellani met son talent au service de Sarah Vaughan, Lee Konitz, Phil Woods et des chanteurs italiens Luigi Tenco, Lucio Battisti et Gino Paoli. Giorgio Azzolini promène sa contrebasse aux côtés de Billie Holiday, Kenny Clarke, Mal Waldron, Astor Piazzolla, Jean-Luc Ponty, preuve de son grand éclectisme.
Depuis son enfance, Gianni Cazzola est passionné par la batterie ; il va vite devenir un musicien phare de la scène italienne. Tout aussi créatif que Philly Joe Jones, son jeu ne cessera d’évoluer dans les décennies suivantes en accompagnant Helen Merrill, Sheila Jordan, Charlie Mariano ou Eddie Gomez ainsi que les jeunes pousses italiennes.
Le batteur napolitain Gegè Munari est l’accompagnateur de choix pour Annie Ross, Milt Jackson, Martial Solal, Dexter Gordon ainsi que pour la nouvelle génération de jazzmen italiens.
Le saxophoniste Eraldo Volonté, le trompettiste et chef d’orchestre Giulio Libano, le trompettiste Sergio Fanni, le pianiste et vibraphoniste Antonello Vannucchi, les guitaristes Pino Rucher, Alvaro Pieranunzi, Lino Patruno, Alberto Pizzigoni, les contrebassistes Marco Ratti , Giorgio Rosciglione, l’harmoniciste et contrebassiste Giorgio Buratti , le chanteur Lelio Luttazzi participent tous à cette refonte du jazz d’après-guerre mais peu à peu certains d’entre eux vont se démarquer du modèle américain. Le contrebassiste Marco Ratti forme un quintet de jazz réputé pour son swing, i 5 Bix. L’écrivain Gildo De Stefano retrace cette période où le langage du jazz se métamorphose dans son ouvrage Jazz moderno, 1940-1960, Cronaca di un ventennio creativo (Gammalibri Kaos).
En 1960, le pianiste Bruno Martino enregistre une de ses compositions, « Estate », qui va s’inscrire comme le premier standard italien repris ensuite par João Gilberto, Helen Merrill et une pléiade d’artistes mondiaux [3].
Président de l’Union Européenne de Radio-Télévision, le journaliste Adriano Mazzoletti publie, en 1963, le coffret Quarant’anni di jazz in Italia. Ce premier volume reçoit le Prix des critiques du disque.

- Enrico Rava © Michel Laborde
Jazz libre et improvisation
Le bebop et le hard bop tout juste digérés, voici le free jazz qui fait son apparition et change une fois de plus les règles du jeu. L’improvisation libre et collective va enthousiasmer de jeunes artistes avides de renouveau. Au festival de Sanremo en 1965 le trio d’Ornette Coleman fait sensation et le saxophoniste Steve Lacy se produit avec le contrebassiste Johnny Dyani, le batteur Louis Moholo et un jeune trompettiste italien prometteur, Enrico Rava. Ce quartet s’envole pour l’Argentine où sera enregistré l’album The Forest and the Zoo, qui témoigne de la prolixité du jeu d’Enrico Rava.
La venue de Cecil Taylor à Bologne en 1967 va bouleverser le paysage du jazz italien d’alors ; son concert à Milan en 1969 crée un tumulte sans précédent dans le public. Dès 1970 Milan, Turin et Gênes ne sont plus les seules villes à proposer du jazz moderne. Bergame, Pescara, Palerme, Vérone, Nervi et Macerata sont à leur tour contaminées par l’urgence musicale.
Après avoir débuté dans le Quartetto Napoletano du pianiste Lucio Reale, Pasquale « Lino » Liguori s’installe à Milan en 1958 et devient le batteur du groupe de Giorgio Buratti . Captivé par les innovations de Milford Graves, il devient l’un des précurseurs du free-jazz italien et fondera par la suite le groupe Unità Musicale avec son fils Gaetano, pianiste.
À Rome, un groupe de musiciens s’entiche de cette nouvelle tendance musicale et se joint aux jazzmen expatriés en Italie, Gato Barbieri et Don Cherry. Le saxophoniste Mario Schiano fonde en 1966 le Gruppo Romano Free Jazz avec le contrebassiste Marcello Melis, le tromboniste Giancarlo Schiaffini et le batteur Franco Pecori.
L’éclectisme dont fait preuve Mario Schiano le voit s’impliquer dans les groupes de recherches musicales Musica Elettronica Viva et Gruppo di Improvisazione Nuova Consonanza. Il va participer dans les années quatre-vingt dix à la fondation de l’Italian Instabile Orchestra et fait des apparitions dans des films de Nanni Moretti.
Originaire de Cagliari, Marcello Melis va vite développer des recherches sur la musique folklorique sarde. Cela aboutit à un magnifique album qui fait date en Italie, The New Village on the Left en compagnie d’Enrico Rava, Roswell Rudd, Don Moye et le quartet vocal sarde Gruppo Rubanu.
Tromboniste prodigieux, Giancarlo Schiaffini passe du free jazz à la musique contemporaine avec une facilité déconcertante. Après avoir étudié à Darmstadt avec Karlheinz Stockhausen, György Ligeti et Vinko Globokar il va collaborer avec John Cage, Franco Evangelisti, Luigi Nono, Evan Parker et fonde le groupe Nuove Forme Sonore en 1970. Son jeu polyphonique enrichit de nombreuses formations de jazz dont l’ICP Orchestra et l’Italian Instabile Orchestra.
Franco Pecori va choisir de se consacrer à la littérature tout en ayant une prédilection pour sa grande passion, le cinéma.
Le pianiste Maurizio Lama s’implique dans l’aventure du free jazz en collaborant avec Steve Lacy, Gato Barbieri et Enrico Rava.
Spécialisé dans la composition orchestrale, Tommaso Vittorini coopère avec Kenny Wheeler, Roswell Rudd et fonde l’orchestre Grande Elenco Musicisti . Le contrebassiste romain Bruno Tommaso s’impose. Sans négliger les figures tutélaires du jazz que sont Dexter Gordon, Johnny Griffin, Slide Hampton avec lesquels il se produit, il s’engage dans le free jazz en se mesurant à Albert Mangelsdorff, Evan Parker, Alexander von Schlippenbach, Misha Mengelberg et bien d’autres.
Il est le premier musicien italien mentionné comme nouveau talent dans le sondage de la revue Down Beat
La densité du langage musical du pianiste Giorgio Gaslini ne néglige ni la mélodie ni l’harmonie en dépit de ses incursions dans des préceptes avant-gardistes. Il est le premier musicien italien mentionné comme nouveau talent dans le sondage de la revue Down Beat, ce qui le rend populaire aux États-Unis. Éminent orchestrateur et compositeur, il écrit la bande originale du film La notte de Michelangelo Antonioni en 1961. Il collabore avec Max Roach, enregistre deux duos, avec Eddie Gomez et avec Anthony Braxton. Associé à Jean-Luc Ponty, il sort un album politiquement engagé où cohabitent Steve Lacy, Harry Becket, Tony Oxley, Gianni Bedori, Bruno Tommaso et Paul Rutherford. Ses adaptations des compositions d’Albert Ayler et de Sun Ra pour piano solo demeurent magistrales.
Prodige du trombone décédé en pleine gloire à l’âge de trente-neuf ans, Danilo Terenzi s’est fait remarquer par ses interventions musclées au sein des grands orchestres européens dont le Mike Westbrook Orchestra et le Vienna Art Orchestra.
Pionnier de la musique électroacoustique, le compositeur Luciano Berio remporte le Prix Italia en 1966 pour son œuvre Laborintus II, composition pour voix, instruments et bande magnétique sur un texte d’Edoardo Sanguineti. La sortie de l’album du même nom en 1969, où l’on note entre autres la présence de Michel Portal, Jean-François Jenny-Clarke ou Bernard Lubat, a un retentissement sur la nouvelle génération de musiciens italiens, intéressés par cette partition qui unit intimement la musique contemporaine à des fragments de jazz.
D’autres compositeurs manifestent un intérêt croissant pour les musiques improvisées, à l’image de Giacinto Scelsi qui entretient un rapport privilégié avec les musiciens qui interprètent ses œuvres dont Joëlle Léandre, Jay Gottlieb ou Giancarlo Schiaffini. Franco Donatoni se montre également réceptif à ces nombreuses expérimentations qui témoignent d’une époque marquée par l’abolition des catégories musicales.
Les temps modernes
La création du Modern Art Trio avec Bruno Tommaso et le batteur Franco Tonani révèle un pianiste appelé à devenir un géant du jazz, Franco D’Andrea. Son toucher pianistique, heureux mélange de blues et d’avant-gardisme, témoigne d’une avancée notable dans la musique improvisée. Il forme par la suite un quartet prestigieux avec le saxophoniste Tino Tracanna, le contrebassiste Attilio Zanchi et le batteur Gianni Cazzola. Ses enregistrements en solo Dialogues With Super-Ego et Es dévoilent une facette de sa personnalité où l’introspection musicale atteint des sommets. Mais c’est l’album en trio avec Mark Helias et Barry Altschul My One And Only Love avec la composition « Nord & Sud » qui révèle son langage poétique fascinant.

- Gianluigi Trovesi © Gérard Boisnel
Une vague importante de saxophonistes s’impose, en premier lieu Gianluigi Trovesi. Originaire de la région de Bergame, il va inspirer une nouvelle génération de musiciens par l’aisance avec laquelle il fait cohabiter le jazz improvisé et la musique folklorique italienne. Son saxophone alto et ses clarinettes irradient de grands orchestres européens, le WDR Big Band , l’Orchestre International de Guimarães, le Bergen Big Band ainsi que l’Italian Instabile Orchestra dont il est l’un des membres fondateurs.
Inconditionnel de Charlie Parker et de John Coltrane, un musicien inconnu prénommé Massimo Urbani bouscule de plein fouet la scène italienne, il va rapidement devenir une icône. Après avoir fait partie du Collective Orchestra de Gaetano Liguori, il s’envole pour les États-Unis à l’invitation d’Enrico Rava et joue avec de nombreux instrumentistes new-yorkais dont Lester Bowie et Jack DeJohnette. Il enregistre en 1979 un album épatant : 360º Aeutopia avec Ron Burton, Cameron Brown et Beaver Harris. Toxicodépendant, Massimo Urbani disparaît à la suite d’une overdose d’héroïne à l’âge de trente-six ans.
Après avoir étudié avec George Russell, Ran Blake et Steve Lacy, Roberto Ottaviano recueille des éloges avec ses multiples formations, Astrolabio, Eternal Love, Sideralis.
Ancien membre du groupe Aktuala, Daniele Cavalanti s’est impliqué dans de nombreuses formations. Son album Times For Peace, enregistré en compagnie de Dewey Redman, est devenu une référence.
Pietro Tonolo s’est rapidement imposé sur la scène italienne. Membre du Gil Evans Orchestra et de l’Electric Bebop Band de Paul Motian, il continue de composer avec une prédilection pour les orchestres à cordes.
Reconnaissable à sa sonorité ample, Claudio Fasoli a joué avec toute l’avant-garde du jazz et a fondé avec Franco d’Andrea le groupe électrique Perigeo. [4]
Fondateur du Gruppo Contemporaneo avec le contrebassiste Daniele Ruffa et le batteur Giampiero Prina, le trompettiste Guido Mazzon excelle dans l’improvisation. Cousin de Pier Paolo Pasolini, il est très vite attiré par les arts visuels et rendra un hommage sensible au réalisateur de renom en publiant un livre La tromba a cilindri - La musica, io e Pasolini. Ses albums témoignent de son engagement politique de gauche Ed ora parliamo di Libertà , Solo - (Una rotella e una vitina), Ecologia, ecologia.
Figure majeure de l’avant-garde européenne, le batteur et percussionniste Andrea Centazzo est l’instigateur du Mitteleuropa Orchestra. Ses prestations avec Steve Lacy, Tom Cora ou Alvin Curran ont marqué la génération suivante du jazz italien.
Batteur extrêmement inventif, Tiziano Tononi intègre le Democratic Orchestra Milano dirigé par Dino Mariani avant de fonder le groupe Nexus avec Daniele Cavalanti. Il rejoint le Jazz Chromatic Ensemble, l’Italian Instabile Orchestra et rend des hommages appuyés aux figures tutélaires du free jazz afro-américain.
Violoncelliste et contrebassiste, Paolo Damiani affiche un curriculum vitae conséquent. Après avoir collaboré avec de nombreux musiciens européens dont Lindsay Cooper, Claude Barthélémy ou Palle Mikkelborg, il devient le seul étranger à prendre la tête de l’Orchestre National de Jazz français. Très à l’écoute de la génération émergente du jazz italien, il se consacre à la direction de l’Orchestra Nazionale Jazz Giovani Talenti.
Deux immenses musiciennes participent au renouveau des musiques improvisées. Première femme à être récompensée en 2011 du Prix David di Donatello, la pianiste Rita Marcotulli, proche de l’univers de Dewey Redman. La chanteuse Tiziana Ghiglioni remporte, en 1994, le Prix Tenco avec son album Tiziana Ghiglioni canta Luigi Tenco.
Les années de plomb
Bon nombre de musiciens se convertissent tout au long des années soixante-dix au jazz-rock en vogue. Les révoltes étudiantes, l’amplification des luttes ouvrières et l’occupation des usines prolongent les effets de 1968 durant la décennie à venir. Au-delà d’un simple conflit générationnel, l’apparition massive d’un nouveau style de vie et d’un large débat d’idées impacte à la fois les familles et les institutions en place. La musique n’échappe pas à cette vague de renouveau. La première moitié des années soixante-dix est dominée par le « terrorisme noir » néofasciste. Les attentats, les violences perpétrées et la répression policière vont provoquer une poussée de l’antifascisme, alors que les Brigades Rouges choisissent une option plus radicale avec la lutte armée. Cette protestation sociale va se poursuivre longuement et fera de ce mouvement participatif de masse, celui qui a le plus duré en Europe. Les concerts sont quelquefois tumultueux et marqués par des affrontements entre le public et les forces de l’ordre. Frank Zappa en fera les frais le 14 juillet 1982, il devra interrompre sa prestation après une trentaine de minutes à Palerme, cité d’où sa famille avait émigré en 1907 pour rejoindre l’Amérique du Nord.
Bon nombre de formations musicales converties au jazz électrique bénéficient d’une popularité grandissante, en particulier les Piémontais de Dedalus influencés par Soft Machine et Arti & Mestieri, sans oublier Area qui enregistra deux albums retentissants avec Steve Lacy. Originaire de Gênes, le groupe Picchio dal Pozzo s’inscrit dans la lignée de l’école de Canterbury alors que de Milan surgit Stormy Six assimilé au mouvement Rock in opposition et réputé pour sa collaboration avec Henry Cow. Une chose est certaine, toute cette mouvance très créative va insuffler une énergie salutaire au jazz italien. Avec le déferlement du jazz-rock initié par Miles Davis et l’arrivée d’une multitude de groupes rock, la clientèle traditionnelle qui fréquente les boutiques de disques se renouvelle complètement. La nouvelle génération ne se cantonne plus à écouter un seul style musical et les ventes de 33 tours explosent.
Une nouvelle génération s’installe
Le renouveau déterminant du jazz transalpin s’incarne alors par des artistes qui ont toutes et tous un parcours exemplaire.
On peut citer quelques noms notables, comme les pianistes Antonello Salis, Enrico Pieranunzi, Stefano Battaglia, Giovanni Mirabassi, Antonio Faraò, Stefano Bollani, les chanteuses Petra Magoni, Maria Pia De Vito, les saxophonistes Francesco Bearzatti, Stefano Di Battista, Rosario Giuliani, les clarinettistes Gabriele Mirabassi, Mauro Negri, les trombonistes Gianluca Petrella, les contrebassistes et bassistes Riccardo Del Fra, Mauro Gargano, Furio Di Castri, Rosario Bonaccorso, des batteurs aux styles très affirmés s’impose Roberto Gatto, Michele Rabbia, le percussionniste Carlo Rizzo spécialiste du tamburello, les guitaristes Battista Lena, Francesco Diodati… qui viennent confirmer la popularité sans précédent du jazz italien sur la planète. Les apparitions remarquées de ces artistes dans des festivals mondiaux ont eu des retombées incontestables au sein du secteur culturel italien.
Disparu à l’âge de cinquante-trois ans, Augusto Mancinelli demeure l’un des rares guitaristes à s’être fait remarquer internationalement, ce qui contraste avec le nombre considérable de trompettistes qui se taillent la part du lion dans ce pays imprégné de la tradition de l’opéra.
Après avoir collaboré avec Carla Bley sur le chef-d’œuvre Escalator Over The Hill en 1971, Enrico Rava enregistre des albums agnifiques durant des décennies, en particulier chez ECM. Il est rejoint par un virtuose sarde, Paolo Fresu. Celui-ci se fait connaître mondialement par sa présence dans le quartet du batteur Aldo Romano, le plus français des Italiens. Promoteur des musiques improvisées en Italie du sud avec le Talos Jazz Festival à Ruvo di Puglia et à Noci, Pino Minafra remet au goût du jour la tradition des orchestres de rue. Flavio Boltro et Giovanni Falzone complètent cette lignée de trompettistes remarquables.
Inclassable, le guitariste et ethnomusicologue Paolo Angeli crée une musique où le jazz se fond dans un monde onirique bercé de complaintes sardes.
Figure emblématique de la musique populaire italienne avec son style unique qui mêle la chanson à texte et un swing empreint de nostalgie, Paolo Conte a fortement contribué à populariser le jazz sur les ondes de radio aux heures de grande écoute avec des textes écrits dans les années soixante-dix par le clarinettiste Giovanni Sanjust.
S’il a bénéficié lui aussi d’une grande popularité dans la péninsule, Pino Daniele n’a jamais cessé de confronter ses musiques issues de la tradition napolitaine au blues et au jazz comme en témoignent ses collaborations notoires avec Wayne Shorter, Pat Metheny et Chick Corea (dont les grands-parents étaient d’origines calabraises et siciliennes). Les musiques ethniques issues du bassin méditerranéen fusionnent subtilement avec le jazz dans le groupe Shamal fondé par le violoniste et oudiste Enzo Rao, collaborateur du saxophoniste Gianni Gebbia.
Aujourd’hui et demain
À ce jour le jazz italien est entré dans une nouvelle ère.
L’efficacité du programme Erasmus, l’enseignement généralisé du jazz, la collaboration entre les festivals planétaires et le développement croissant des réseaux sociaux ont eu un impact positif sur les jeunes artistes qui surprennent par leur maturité musicale et leurs projets innovants. Il est nécessaire de citer les noms de valeurs sûres qui feront le jazz de demain. Une liste impressionnante de pianistes s’impose d’emblée : Manuel Magrini, Maurizio Minardi, Stefano Travaglini, Simone Quatrana, Alessandro Lanzoni, Filippo Deorsola, Alessandro Sgobbio, Federico Nuti, Nicola Sergio, Enrico Zanisi, Fabio Giachino, Filippo Rinaldo, Simone Locarni, Emanuele Filippi, Vittorio Solimene, Vincenzo Bosco, Thomas Umbaca, Giulio Scaramella, Cesare Panizzi.
D’autres catégories d’instrumentistes régénèrent le jazz contemporain, les guitaristes Claudio Quartarone, Enzo Rocco, Francesco Zampini, Antonio D’Agata, Andrea Bazzicalupo, Francesco Mascio, Simone Basile, Luca Falomi, Fabio Zeppetella, Francesco Diodati, Stefano Calderano, Francesco Sensi, Emanuele Guadagno, Nicolò Francesco Faraglia.
Le violoniste Luca Pissavini, les saxophonistes Simone Alessandrini, Gianni Denitto, Piero Delle Monache, Lorenzo Bisogno, Piero Bittolo Bon, Gianluca Zanello, Damian Dalla Torre, Francesco Massaro, Luca Ceribelli, Beppe Scardino, Francesco Panconesi, Giovanni Cutello, Francesco Bigoni, Raffaele Fiengo, Cosimo Fiaschi, les clarinettistes Federico Calcagno, Matteo Pastorino, Francesco Chiapperini.
Les trompettistes Cosimo Boni, Antonio Scannapieco, Antonello Sorrentino, Luca Aquino, Jacopo Fagioli, Marco Mariani, Mario Mariotti, Tommaso Iacoviello, Mirko Cisilino, Daniele Raimondi, Andrea Sabatino, Matteo Cutello, Francesco Lento, les trombonistes Matteo Paggi, Federico Pierantoni, Filippo Vignato.
Les vibraphonistes Nazareno Caputo, Pasquale Mirra, Andrea Mellace, Michele Sannelli, le claviériste Luca Sguera, les contrebassistes et bassistes Ferdinando Romano, Marco Centasso, Jacopo Ferrazza, Matteo Bortone, Massimo Biolcati, Luca Curcio, Michelangelo Scandroglio, Simone Serafini, Stefano Zambon, Alessandro Mazzieri, Enrico Palmieri, les batteurs Andrea Ruggeri, Antonio Fusco, Lorenzo Brilli, Andrea Beninati, Mattia Galeotti, Luca Di Battista, Giovanni Paolo Liguori, Max Trabucco, Saverio Cacopardi, Ermanno Baron, Stefano Grasso, Antonio Marmora, Giovanni Iacovella.
Un grand orchestre voit le jour à Parme et s’inscrit aujourd’hui comme un véritable vivier de musiciens du XXIe siècle, le Chironomic Orchestra dirigé par Roberto Bonati et qui s’inspire des Conductions de Butch Morris.
Mais ce renouveau générationnel n’aurait absolument aucun sens si l’on ne constatait pas l’émergence croissante et salutaire d’une lignée de musiciennes qui développent toutes des univers artistiques originaux. Le jazz italien s’incarne désormais avec ces femmes audacieuses. Les chanteuses Camilla Battaglia, Valentina Fin, Beatrice Arrigoni, Simona De Rosa, Giulia Cianca, Ginevra Stracci, Simona Trentacoste, Chiara Minaldi, Olivia Sellerio, Giulia Galliani, Monica Nica Agosti, Andrea Giordano, Clizia Miglianti.
Les pianistes Sade Mangiaracina, Francesca Tandoi, Maria Cefalà , les saxophonistes Giulia Barba, Sophia Tomelleri, la clarinettiste Zoe Pia, les flûtistes Serena Marchi, Alessandra Rombolá, la guitariste Silvia Cignoli, la violoniste AnaÏs Drago, les contrebassistes Federica Michisanti, Rosa Brunello, Margherita Carbonell, Caterina Palazzi et les batteuses Francesca Remigi, Evita Polidoro.
Nul doute que le futur se conjuguera avec des exploratrices du son comme Adele Altro qui ouvre une voie inédite avec le groupe She’s Analog. Source d’inspiration inépuisable, l’électronique fait désormais amplement partie du paysage sonore ce qui préfigure des projets originaux.
L’évolution stylistique du jazz italien demeure en constante évolution avec une certitude : d’autres pages seront à écrire.
Quelques festivals de la péninsule
Trois amis, Alberto Alberti, Carlo Pagnotta et Gino Gigante créent un festival itinérant dans la région de Pérouse en 1973, Umbria Jazz aujourd’hui mondialement connu.
Fondée par Franco Caroni en 1977 Siena Jazz est devenue une référence européenne en matière d’enseignement supérieur dédié au jazz.
Bolzano est la ville du festival Südtirol Jazzfestival Alto Adige qui a une programmation très européenne et plutôt d’avant-garde, en privilégiant les lieux insolites pour ces concerts.
Novara Jazz se déroule en début d’été dans la petite ville au milieu des rizières et propose une programmation ouverte et moderne.
Le festival Bergamo Jazz fait la part belle aux groupes américains.
Le festival Jazz&Wine of Peace se tient dans le vignoble italo-slovène de la région de Gorizia et Cormons. Itinérant, il présente des concerts dans des lieux différents et surprenants, des deux côtés de la frontière.
Trentino In Jazz un festival novateur dans les Vallées del Noce propose de grands noms du jazz dans des petits villages alpins.
La maison de disque WeInsist ! propose une série de concerts sous forme de festival à la Casa delle Arti à Cernusco, en plus des résidences, travaux et production discographique.
La capitale romaine n’est pas en reste, depuis 1998 Una striscia di terra feconda met l’accent sur des projets innovants.
Labels, disquaires et maisons de disques
Des producteurs de disques lancent des labels indépendants qui bouleversent le paysage musical.
Aldo Sinesio lance Horo Records dès 1972, Giancarlo Gaslini crée Dischi Della Quercia, Gianni Sassi, Sergio Albergoni et Tony Tasinato s’associent pour lancer Cramps Records, Andrea Centazzo et Carla Lugli fondent ICTUS Records. Cette révolution inédite va motiver une constellation de petits labels qui auront une courte existence, Gala Records, CMC, Cecma, Pentaflower, Bull Records, Edi-Pan.
Mais deux maisons de disques vont avoir un impact mondial sans précédent. Red Records fondée en 1976 par Sergio Veschi et Alberto Alberti édite des artistes américains reconnus ainsi que les valeurs montantes italiennes. Affiliées, les étiquettes Black Saint et Soul Note sont l’œuvre de Giacomo Pellicciotti. En 1975 le label Black Saint est créé pour diffuser des artistes issus du free jazz et de l’Association for the Advancement of Creative Musicians. L’année suivante Soul Note voit le jour et, tout en conservant une ligne progressiste, le catalogue s’ouvre à des musicien·nes plus accessibles à un large public. Les sessions d’enregistrements de Red Records et de Black Saint/Soul Note ont un point commun : elles se déroulent à Milan dans le fameux studio fondé en 1974 par le saxophoniste Giancarlo Barigozzi.
Des disquaires indépendants se font rapidement une renommée à l’image de Franco Bertaccini qui fonde son magasin Rock&Folk en 1977 à Turin et tient encore tête aujourd’hui à la grande distribution dans la capitale piémontaise.
Symbole de populisme et d’un contrôle des médias sans précédent au tournant du XXe siècle, l’ère berlusconienne va porter un coup dur aux forces culturelles d’un pays qui entre de plain-pied dans les talk-shows et l’univers de la téléréalité. La télévision devient l’instrument qui fait passer le message du pouvoir en place, la politique est alors vidée de toute substance idéologique. Mais comme souvent ce sont les périodes de crise qui réactivent l’imagination et la créativité, les musicien·nes vont alors redoubler de projets et participer à la genèse de langages inédits.
Régénéré, le jazz transalpin franchit le cap du XXIe siècle avec l’arrivée d’une profusion de labels discographiques.
L’étiquette Splasc(h) Records fondée par Peppo Spagnoli dans la province de Varèse devient une référence incontournable pour les jeunes musicien·nes. [5] D’autres labels disséminés sur le territoire italien participent à l’éclosion de nouveaux talents, Egea Records reconnaissable à son graphisme original est fondée à Pérouse par Antonio Miscenà. Paolo Piangiarelli fonde Philology Jazz Records à Macerata en 1987. Témoin de l’activité jazzistique en Vénétie et animée par Claudio Donà,
Caligola Records voit le jour en 1994 à Mestre. Via Veneto Jazz est née en 1993 à Rome de la rencontre du producteur Biagio Pagano avec un groupe d’artistes. Irma Records nait à Bologne sous les auspices d’Umbi Damiani et Massimo Benini.
Blue Serge est créée à Milan par Sergio Cossu. Depuis 1998 les productions musicales du label Artesuono situé à Cavalicco dans la province d’Udine bénéficient de l’expérience notable de l’ingénieur du son Stefano Amerio.
L’étiquette romaine CAM Jazz (Creazioni Artistiche Musicali) collabore avec les studios Bauer à Ludwigsburg. Née en 2000, en plus de sa propre production discographique, elle réédite et distribue les labels historiques que sont Black Saint, Soul Note et Dischi Della Quercia.
Gérée par le saxophoniste Gianni Mimmo, Amirani Records fait son apparition à Pavie. Fondée dans la ville de Lecce, Dodicilune se spécialise successivement dans plusieurs lignes éditoriales, Koiné, Fonosfere, Controvento, Confini, Wysiwyg.
À l’orée du XXIe siècle, Mario Caccia fonde Abeat Records qui a son siège à Solbiate Olona en province de Varèse. Depuis 2004, Parco della Musica Records, le label de la Fondazione Musica per Roma enregistre de nombreux projets musicaux avec certains des plus importants solistes et ensembles italiens.
Native de Rastignano, province de Bologne, Tǔk Music est fondée par Paolo Fresu en 2010. La même année, à Rome, les ingénieurs du son Giorgio Lovecchio et Davide Belcastro lancent l’étiquette Tosky Records. Basée à Terracina, Rudi Records révèle de nombreux musicien·nes de la péninsule depuis 2011.
Umberto Marcato crée Gala Records à Padoue alors qu’Incipit Records est lancée à Saluzzo. Située a Maglie en province de Lecce, GleAM Records voit le jour en 2017 grâce à la passion du pianiste et producteur Angelo Mastronardi.
Le label indépendant Hora Records est géré depuis 2021 par Metrotime, une coopérative de musiciens actifs dans le domaine de l’édition musicale à Thiene. Dernier né, le label Okum est créé en 2023 par deux audiophiles, Manuel Volpe et Simone Pozzi, à Turin, dans un cadre idyllique près de la rivière Dora.
Fondée par Maria Borghi et le clarinettiste Giancarlo « Nino » Locatelli, la maison WeInsist ! Records a son siège à Cernusco sul Naviglio. [6]
Lire et écrire sur le jazz italien
De nombreuses revues émergent à l’aube du XXIe siècle.
Gian Carlo Testoni fonde le premier magazine spécialisé dénommé Musica e Jazz en 1945 et qui deviendra par la suite Musica Jazz, revue mensuelle de référence toujours en activité aujourd’hui. La revue subit un restyling en 1981 et intègre un disque 33 tours à ses parutions mensuelles. Avec l’avènement du disque compact le directeur Pino Candini décide, en 1991, d’y intégrer ce nouveau format, le succès est garanti et continue de perdurer actuellement.
Connu pour ses conférences émérites consacrées au jazz, le musicologue et écrivain Marcello Piras publie en 1998 chez Editori Riuniti un CD-rom Il jazz. I dischi, i musicisti, gli stili qui anticipe les musiques improvisées du siècle à venir.
Le mensuel Giornale della Musica est publié en version papier de 1985 jusqu’en février 2015 ? date à laquelle apparaît la version numérique ; toutes les musiques y sont représentées dont le jazz par la plume d’Enrico Bettinello. Jazz fait son apparition en 1994 et le bimestriel Jazzit qui devient une référence internationale voit le jour en 1999, du numéro 1 au numéro 115 en édition papier et ensuite en numérique. Jazz Magazine se fait connaître au début des années 2000 suivi de Jazz by the Sea en décembre 2006 et Jazz Off qui initie sa publication en mars 2009.
L’un des principaux groupes de médias en Italie, le Gruppo Editoriale L’Espresso SPA édite le quotidien national La Repubblica et l’hebdomadaire L’Espresso qui tous deux incluent avec succès des disques de jazz dans leurs publications. Critique musical renommé, Gino Castaldo collabore à La Repubblica où il dirige l’hebdomadaire Musica avec Ernesto Assante.
Co-fondateur de l’association Europe Jazz Network en 1987 et directeur de 2000 à 2011 de Musica Jazz, Filippo Bianchi écrit un ouvrage de référence en 2008, Il secolo del jazz édité chez Bacchilega.
Devenu un incontournable, le webzine Jazzitalia s’est imposé dans le paysage actuel du jazz italien.
L’ouvrage History of European Jazz (Equinox Publishing), sous la direction de l’historien du jazz Francesco Martinelli est publié en 2018. Cet ouvrage constitue le premier aperçu complet de l’histoire du jazz en Europe, depuis ses débuts jusqu’à l’an 2000. Il compte 750 pages, 250 images, 40 articles (dont 34 consacrés à des pays spécifiques) et 45 contributeurs, offrant un panorama sans précédent du jazz en Europe.

- Camilla Battaglia © DR
Le Jazz en images, fixes ou animées
Une multitude de films et de documentaires déferle dans ce premier quart du XXIe siècle.
Premier film en son direct réalisé par Gianni Amico, Appunti per un film sul Jazz met en lumière de jeunes musiciens - Jean-François Jenny Clarke et Aldo Romano, qui accompagnent Don Cherry lors du septième festival de Bologne en 1965.
Cinéaste passionné par le jazz, Jonny Costantino filme les éditions 2023 et 2024 du Torino Jazz Festival dirigé par Stefano Zenni. Dédié au saxophoniste Peter Brötzmann et enrichi d’interviews, son film Just Play and Never Stop exprime la vitalité des musiques improvisées contemporaines.
Prolifique, le journaliste Flavio Caprera écrit La storia del jazz in 101 dischi édité chez Gruppo Mondadori en 2009 et pour l’Universale Economica Feltrinelli, il publie le Dizionario del jazz italiano en 2014.
Après avoir écrit Sincopato tricolore. C’era una volta il jazz italiano 1900-1960 édité par Effequ Libri en 2010 et Il jazz e l’Italia, cento musicisti si raccontano. 1923-2023, Guido Michelone, connu pour son travail sur les liens entre musique et cinéma, publie en 2024 chez Arcana son dernier ouvrage Il Jazz e i Mestieri, interviste per chi lavora per la Musica. Il y donne la parole à des personnages incontournables qui gravitent dans le milieu du jazz dont Corrado Beldì qui avec Riccardo Cigolotti a fondé Novarajazz en 2004 et Vincenzo Staiano qui depuis 1981 a fait du festival calabrais Rumori Mediterranei à Roccella Jonica une référence reconnue mondialement.
Deux photographes milanais bénéficient d’une reconnaissance planétaire, Giuseppe Pino qui se consacre en grande partie aux portraits de musicien·nes et Roberto Masotti, souvent associé au label allemand ECM pour lequel il réalise près de deux cent pochettes.
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- Anaïs Drago © Damiano Andreotti
S’il faut résumer l’impact qu’a eu le jazz en Italie, il faut auparavant saisir l’héritage laissé par Claudio Monteverdi, Gioacchino Rossini, Giuseppe Verdi et Giacomo Puccini au sein de la population. Si les œuvres de ces compositeurs étaient au départ réservées à une élite, elles ont rapidement touché les différentes classes sociales qui se les sont appropriées avec ferveur. Les musiques improvisées qu’elles soient issues du swing des années vingt ou du free jazz de la fin du XXe siècle ont eu un retentissement similaire : elles se sont fondues dans la société contemporaine sans que des barrières ne s’érigent. Ce sont les Italien·nes qui ont fait de cette entité que l’on appelle jazz leur musique. L’exemple type de cette appropriation collective se concrétise lorsque le jeu lyrique procuré par Enrico Rava est partout décrit comme étant du Bel Canto.
Mais en contrepartie de toute cette belle histoire, y aurait-il eu des répercussions latines chez des jazzmen d’outre-Atlantique ? Sans aucun doute et cela ne date pas d’aujourd’hui : il suffit de tendre l’oreille sur l’hommage rendu au flûtiste Severino Gazzelloni par Eric Dolphy dans son chef d’œuvre enregistré en 1964 Out to Lunch !. Il y a bien là une parcelle de l’Italie.
